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blog de Mouelle II ::: A la source de l'écume de l'âme
Wednesday 30 May 2007, a 00:16
Lecture anthropologique du rôle et de la place de la femme africaine dans la société, de l'antiquité à nos jours. Symboles et Sens.

 

                                   Par  Thierry Mouelle II

 

Conférence donnée à Epinay Sur Seine (banlieue de Paris, France) le 26 mars 2007 à linvitation de l'association de la jeunesse africaine de la diaspora. (Larges extraits)

 

Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi tout d'abord, en ce jour que vous avez choisi pour instituer une réflexion intime sur l'essence de nos jours et marquer ainsi les esprits sur la place de la Femme africaine au sein de son espace de vie, permettez-moi de vous adresser mon salut fraternel et les salutations des ancêtres dont j'appelle l'esprit bon et pur à concourir à la clarté de mes propos. Que mes écarts de langage soient miens, que ma possible éloquence leur soit due.

 

Merci à vous d'être venus nombreux pour fusionner nos réflexions en vue de tenter d'y voir un peu plus clair quant à nos valeurs et perspectives, surtout lorsque pris dans l'ivresse du temps nous ne faisons pas si souvent le point pour savoir où nous en sommes avec nous-mêmes, avec nos enfants, avec nos femmes, nos soeurs et mères, dans un espace de vie où tout mérite chaque jour d'être reprécisé.

 

Ce préliminaire énoncé, je puis dire que lorsque je fus approché pour essayer de réfléchir sur le rôle de la femme africaine dans la marche de la cité, je me suis avant tout demandé de quelle cité il sagissait, de quelle Afrique il était ou il va être question, mais surtout de quelle femme de cette Afrique nous serons amenés à parler.

 

Cette distance par rapport au thème préalable m'a permis de garder en mémoire qu'un sujet comme celui-là peut être une porte ouverte à tout, y compris à la déperdition de la pertinence des arguments convoqués pour parler de la femme, de l'Afrique et de la Cité. C'est pour cette raison que j'ai dû proposer à mes partenaires de cette journée mémorable de recentrer le propos et de retenir comme vase de réflexion le thème : "le rôle et la place de la femme africaine dans la marche de la société, de l'antiquité à nos jours". Ce que mes interlocutrices ont amplement accepté.

 

Ainsi libellée, notre réflexion pourrait alors garder toute sa prétention de miroir sur sa propre linéarité dans le temps. Les puristes diraient quelle se voudrait diachronique, permettrant en l'occurrence de préciser rapidement qu'il sagit de la Femme africaine Noire, donc celle qui vécut, vit, vient, et/ou a ses origines autour et au sud du Sahara, ses diasporas transcontinentales comprises.

 

Nous traiterons donc, dans un premier temps du rôle de la femme dans les sociétés de l'Afrique ancienne. Notre corpus retiendra la société kemetico-nubienne, celle qu'on identifie aujourdhui, des suites d'un glissement itératif de sens, comme la société égypto-nubienne, pour nous fixer dans les temps les plus anciens ; la société congolo-angolaise, dans sa vue purement royale de l'époque du Kongo, pour nous fixer dans les temps précoloniaux. (Nous ferons un clin d'oeil à la société d'Abomey et celle Yoruba, oralement)

 

Nous traiterons ensuite du rôle de la femme africaine dans les sociétés de l'Afrique moderne. Nous entendrons par moderne, l'époque qui englobe les différentes Saisons Coloniales et postcoloniales. Notre corpus retiendra les sociétés sawa du Cameroun pour nous fixer dans les temps postcoloniaux. Nous traiterons de la femme dans la sphère moderne du fonctionnement des administrations soumises au paradigme de l'effort de construction d'une société, paradigme hérité de la colonisation ; nous traiterons de la femme noire de l'errance (autrement dit celle des diasporas et plus principalement celle de la diaspora francophone localisable en France métropolitaine). Si nous avons du temps, nous ébaucherons une comparaison sociologique de la part de visibilité prestigieuse entre la femme noire en France et sa consoeur vivant en Angleterre. A dessein, Paris et Londres suffiront comme exemples d'espaces illustrant les différents champs qualitatifs d'expression de la femme noire à la croisée des valeurs acutelles et/ou du vaste passé, sans exhaustivité.

 

I- Prémisses de modernité dans la société kémético-nubienne de la période pharaonique.

 

Mesdames, Messieurs,

Au stade actuel des recherches réalisées sur le vaste passé africain, ce qui a été rendu public et qui concerne la société kémético-nubienne de la période pharaonique nous laisse voir une société structurée, héritière d'une succession de vues et d'éthique où il n'existe aucune rupture valorielle, aucune rupture de considération, entre l'homme et la femme, mais plutôt exalte-t-elle la réaffirmation d'un contexte chaque fois répété de la délivrance de l'humanité de ses propres travers en rendant possible l'apparition de la puissance et de la beauté féminines dans la civilisation humaine.

Alors qu'une société civilisée de nos jours affirme avant tout sa puissance par les valeurs phallocratiques du mâle dominant (valeur symbole du pénis en érection), la société kémético-nubienne de la période pharaonique met plutôt en scène des personnages mythiques sortis du respect qu'elle voue aux femmes.

Ainsi, la première considération faite au ciel est féminine : la déesse Nout. Tout comme la Création : symbolisée par la déesse Iusaas.

Mais les anciens africains ont également su tirer sens de la complexité de l'être féminin (qui n'a rien d'exceptionnel aux côtés de celle du mâle, soit dit) : on trouve cette complexité en Mafdet, déesse des scorpions et des serpents. Kek et Kauket sont ainsi les déités de la nuit, de l'obscurité et des choses incompréhensibles. Arrêtons-nous un instant sur ces symboles de première importance du point de vue de la cosmogonie d'hier à aujourd'hui : le serpent, le scorpion et la nuit.

 Par-delà son image effrayante le serpent n'est pas qu'une créature de mort, il est également un Dieu créateur, protecteur, symbole de l'humanité dans son aspect évolutif, du fait qu'on est conçu, on vit et on meurt. Dans plusieurs sociétés africaines depuis l'époque pharaonique à nos jours, il porte en lui la vie passée et à venir, représente ceux qui ne sont plus là et qui veillent scrupuleusemet sur les leurs. Dans ses crocs venimeux, il ne porte pas que la mort, il porte la contre-mort, par ceci que son venin est également un contre-poison, un antidote. Ses muscles sont le rempart "constrictif" qui broie tous les ennemis de la nation. Son ventre digère jusqu'à l'expulsion dans les eaux du fleuve, les restes de l'ennemi. Sa présence est rassurance dans la concession. Le serpent ne tue alors que pour préserver le cycle éternel de la Renaissance. Ouadjet, l'une des deux déesses tutélaires de l'Egypte pharaonique est un serpent : le cobra royal. Il participe au nom de titulature du Pharaon, en l'occurrence son nom de Nebty "les deux maîtresses" ou la double puissance, nom qui place le roi sous la double protection de Nekhbet, la déesse Vautour (symbole de la Haute Egypte) et Ouadjet (sic), la déesse Cobra (Basse Egypte).

 

Si telle est la place du serpent dans la société africaine qu'en est-il du scorpion?

Il était un insecte très redouté des anciens Egyptiens. Bien qu'il n'attaque pas, il pique celui qui le touche par inadvertance, et sa piqûre peut être mortelle; amulettes et formules magiques étaient utilisées pour se protéger contre sa piqûre ou la guérir. Dès la fin de la période prédynastique on commence à vulgariser des représentations de scorpions et la période thinite a fourni quelques amulettes en forme de scorpions. Une fois divinisé, le scorpion devient le symbole de la déesse Serket, Selqit ou Selket, celle-même que les Grecs on appelé Selkis; cependant, dans les représentations hiéroglyphiques des tombes, sa queue armée du redoutable dard est supprimée, afin qu'elle ne puisse pas piquer le défunt dans son Voyage vers le pays qui aime le silence : l'au-delà. A la fin de la période préhistorique, il inspire le nom d'un roi de Haute Egypte, Khepri (scorpion). Serket ou Selkis est l'une des quatre déesses qui gardent les vases canopes dans lesquels sont contenus les viscères du défunt. Signalons, pour ne pas nous y éterniser, que dans le mythe d'Ousir (Osiris) c'est Serket qui est chargée de prendre soin de l'enfant Hor (Horus) caché dans les marais par sa mère Aset (Isis) pour échapper à Soutekh (Seth), le dieu du mal. Le mythe biblique de l'enfant Moïse sauvé des eaux du Nil s'inspire principalement de cette partie du mythe kémétique.

Pour ce qui est de la nuit que nous avons également évoquée, autrement dit l'obscurité dans les sociétés initiatiques, elle symbolise, dans la société africaine ancienne, le moment ésotérique le plus important car il met l'être humain, au sens même du mot « ésotérique », en lecture de lui-même ; il le met face à son miroir intérieur. La nuit est conscience, elle est appel de soi vers soi-même, pour répondre à l'équilibre de son être et dire son dedans avec plus de clarté que jamais le jour, par sa lumière éblouissante, donc perturbante, ne pourrait assez le faire.

 

Le symbole de la nuit faite femme est ici un moment fort de la connaissance de l'univers soustrait au premier entendement. En partant de la femme, la société africaine de l'époque pharaonique entreprend une introspection en elle-même et aboutit au décryptage du sens réel de l'être. Qui sommes-nous? D'où venons-nous? Où allons-nous? Comme pour dire que la femme est l'homo sapiens sapiens par excellence : elle est l'Homme arrivé à son stade de maturation le plus accompli, qui lit et dit l'univers avec simplicité et force afin de marquer sa propre complexité. La femme, à travers les différentes configurations symboliques qui accompagnent et disent la société, connote la puissance même du Peraâ (pharaon). Les éléments les plus stables dans leur diversité interne sont symbole de féminité. Il en est ainsi de l'avertissement visuel que le Pharaon porte sur son atef royal, sa couronne: la déesse Ouadjet, le cobra sur sa posture de tête dressée (en grec uraeus= érection). Cette déesse achève de donner sa place la plus affermie au féminin ,et partant du féminin, à la femme dans la société politique, spirituelle et religieuse de l'Afrique ancienne. Sur cette partie, nous pouvons donc conclure que la femme africaine porte la quintessence philosophique même de la civilisation kémético-nubienne : c'est elle qui dit, et c'est à travers elle que se dit, comment se représenter le monde, l'interpréter, le vivre. Noun elle-même, le fleuve primordial d'où tout vient, qui est la base de toute la cosmogonie kémétique n'est-elle pas une déesse? Il en est de même de la Douat, le lieu qui aime et anime le silence éternel ( l'au-delà) est : féminine. L'univers lui-même, si l'on le regarde comme se le représentaient les anciens kamits, est une femme voûtée et sous le ventre de laquelle l'ensemble des êtres et des choses vivent et se meuvent. Nous venons (dans le sens de sortir, d'émaner, de naître) de la femme, et à la fin de notre périple sous le soleil, nous partons vers la femme, nous enseignent les ancêtres.

 

Par symbole interposé, et même souvent au-delà du symbole, la femme joue également le rôle de défenseuse de valeurs et de l'ordre établis.

 

La première fois que l'autorité du Dieu Râ fut contestée par les hommes, c'est encore une femme (deux fois dieu) : la déesse Hathor (La-demeure-du-dieu-Hor) qui monte en première ligne et rétablit l'ordre. Elle pourchasse les insurgés dans le désert et les élimine tous. Une petite explication me paraît indispensable à ce niveau, quand on sait que la déesse Hathor a pour principale activité la musique et la danse. Par pure logique, elle ne peut donc avoir tué les ennemis du royaume que par et avec l'art. C'est tout ce qu'elle a reçu de la vie comme atout !

 

Comment est-ce possible ? Comment peut-elle avoir tué les ennemis de Râ en n'employant que l'art de la chanson et de la danse? Pourrait-on se demander. 

 

Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, nous sommes devant une philosophie qui met en valeur non pas la création destructrice comme référent sociétal, mais l'accommodement fait à la création du beau utilitaire dans lequel à l'esthétique est donnée autant de puissance qui ne pourrait avoir d'équivalent de nos jours que la bombe atomique. (J'exagère à peine). Car, de mon point de vue, les ennemis de Râ, le Dieu des dieux, symbole puissant de l'unité et du rayonnement du pays et, partant, de l'univers, ne peuvent pas se concevoir comme une petite troupe qu'on pourrait anéantir avec quelques flèches. Il s'agit d'une véritable masse insurgée au nombre considérable et que Hathor, l'Horus féminin dédié à l'expression du beau, renvoie habilement dans les abîmes du néant. L'art, ici symbolisé par le chant et la danse, parvient aux mêmes résultats que les victoires des armées de Ramessou, le fils de Soutekhy (Ramsès II) : la défection des insurgés. L'ennemi est donc défait, mais principalement dans son âme et dans ses sens. Hathor nous enseigne que la grâce et la beauté sont aussi utiles et efficaces en temps d'adversité que les armes les plus dévastatrices.

 

L'art, porté par le symbole de la femme sublimée, combat donc mieux le mal dans la société des hommes que les armes conventionnelles. Voir à ce sujet Le livre de la vache du ciel de Charles Maystre, publié en 1941 et qui reprend l'ensemble de l'épopée d'Hathor en hiéroglyphes et que nous rapporte l'excellent livre du Pr Théophile Obenga : La Philosophie Africaine de la période pharaonique.

 

Du point de vue initiatique, ésotérique, et selon les anciens kamits, ceci est vérité : la puissance du Verbe et la sublimation du corps comme substrat du Sacré, particule des dieux, vallent mille millions de mort évidés de leur sang. C'est dans les esprits que s'opère et doit s'opérer le combat pour le changement vers la paix et l'amour dans la cité des humains ; c'est par l'imagination active et humaniste que doit passer le meilleur des victoires sur le mal humain. Comme tout est symbole dans la société pharaonique, nous garderons donc en mémoire que la victoire de l'art sur le mal de la cité est préférable à la violence d'autant plus que la société kémético-nubienne a pour vertu cardinale la Maât, le principe Vérité-Justice. La Maât qui est encore une fois symbolisée par une femme portant une plume d'oie sur sa tête, symbole de la légèreté de la vertu, mais également de sa fragilité. Là aussi, nos ancêtres nous apprennent que justice et équité sont femmes,donc délicates à choyer, à entretenir (au sens d'en prendre soin) en permanence.

 

Il en est des dieux comme des êtres humains. Il n'est donc plus besoin pour nous de nous étaler en longueur sur la place de la femme dans la société nilo-égyptienne, quand pour le démontrer nous aurons convoqué quelques autres déesses pour dire combien l'homme noir ancien vénérait la femme au point de lui consacrer plus de symboles sacrés dans son panthéon religieux qu'il ne l'a fait pour lui-même, ses testostérones bien en place. Citons au passage Aset, plus connue sous son appelation grecque : Isis. Déesse mère, mère de tous les dieux, épouse de Râ le magnifique. Sa place est telle et si incontestable qu'elle est reine de chaque nome (lchacune des quatre-deux provinces de Kemet, l'Egypte ancienne).

 

La liste exhaustive de ses attributs indique qu'elle est appelée Ament à Thèbes, Menhet, à Héliopolis, Renpet, à Memphis, Sept, à Abydos, Hetet, à Behutet, Hurt, à Nekhen, Thenenet, à Hermonthis, Ant, à Dendera, Sesheta, à Hermopolis, Heqet, à Hibiu, Uatchit, à Hipponus, Mersekhen, à Herakleopolis, Renpet, à Crocodilopolis, Neb-tept, à Arsinoe, That, ou Tchetut, à Aphroditopolis, et Shetat, à Bubastis. Parmi ses divers titres évoquons la divine, l'unique, la plus grande des dieux et déesses, la reine de tous les dieux, Râ fait femme, Horus fait femme, l'oeil de Râ, la couronne de Râ-Heru.[1]

 

Citons aussi Anuké, la déesse de la guerre ; Anuket, la déesse du Nil ; Astarte, la déesse guerrière ; Bastet la belle déesse chatte ; Bat, la déesse vache ; Hathor que nous avons déjà évoqué, la déesse du chant et de la danse ; Heqet, la déesse grenouille ; Heret-Kau, la déesse qui investit les esprits, Beset, la déesse de labondance, Ipy ou Opet, la déesse mère dOsiris, Iusass citée plus haut et qui est déesse de la Création.

 

Isis prit l'aspect et les attributs de plusieurs autres déesses comme Selkis, Hathor déjà amplement évoquée, Neith et Nout, pour les fondre en une seule et unique divinité : elle-même.

 

Autant de place faite au symbole féminin ou mieux, à la femme, ne surprend donc pas quand, quittant ces hautes sphères des dieux, nous arrivons dans le monde des réalités sensibles pour constater également que la Femme africaine y joue un rôle social, politique et économique de premier ordre.

 

Dans la société kémético-nubienne, la femme est médecin (sounou, swnw). La plus illustre dentre elles, en ces temps reculés, est la reine Hatchepsout. Ses talents de médecin en chef étaient réputés dans le monde entier au point que les patients les plus illustres venaient de Syrie et d'Hélène, les deux puissances rivales de son époque pour bénéficier de sa science du corps et de l'esprit.

 

Vous me permettrez de préciser que la science médicale pharaonique guérissait à la fois le corps et l'esprit, le visible et l'invisible, car pour nos ancêtres, il n'y avait pas de science, donc de connaissance encore moins de savoir sans une once de magie.  La magie elle-même éant ce que nous appelons "science" de nos jours.

 

Elle traite du coeur, des dents, de la peau. Le papyrus Ebers (108 pages) est exhautif sur la nature et la qualité de la médecine pharaonique.

 

Mais revenons à Hatchepsout pour signaler qu'elle est également architecte. C'est sa Majesté royale elle-même qui supervise les travaux du Temple qu'elle bâtit et qui lui est consacré, taillé dans la roche. Ce temple est encore visible dans la Vallée des rois à Thèbes. Il est remarquable par sa magnificence.

 

Nous aurions dû commencer par elle. Car bien avant la précitée, une autre femme de la société civile kemetico-nubienne a marqué les esprits son nom : Sesha.

 

Epouse dévouée d'Imhotep, le grand savant, et premier codificateur de tous les systèmes géométriques que connaîtront et mettront en application les différents rois bâtisseurs de pyramides, Sesha est mathématicienne.

 

On lui accorde d'avoir calculé tous les possibles et estimations de grandeur de nombre de réalisations dont les finitions sont attribuées à son époux, Imhotep.

 

La femme égyptienne est reine. Elle est donc premier magistrat. Elle rend justice au nom de la déesse Maât. Première prêtresse. Contrairement à ce qu'en a dit Hérodote qui, pour n'avoir trouvé aucune femme officiant ouvertement comme prêtresse a conclu que les femmes sont exemptées de prêtrise. Je rappelle qu'Hérodote a visité l'Egypte à une période où elle est conquise, occupée et dominée par le roi perse Cyrus (580-529 av notre ère), fils de Cambyse. Y a-t-il là une cause à effet ? La prêtrise est-elle à cette époque précise interdite aux femmes du fait de la domination des valeurs étrangères phallocratiques ? Quand bien même nous pourrions accorder foi à "l'enquête" d'Hérodote qui affirme n'avoir vu aucune femme dans les temples ou ailleurs, certainement, exerçant les fonctions de prêtresse une autre lecture de ces faits reste possible. Car tradionnellement, et cela n'a pas changé de nos jours, la femme africaine est prêtresse, chef de culte, chef de tous les prêtres y compris le Grand Prêtre, chef du clergé. La Reine n'est-elle pas la Responsable du contenu et de la forme des cultes? Elle est initiée aux différents grades jusqu'au grade le plus élevé du clergé. Si la prêtrise qui est l'alpha et l'oméga de la fonction sociale était interdite aux femmes, nul doute que la fonction pharaonne lui serait également interdite. Je soutiens qu'il ne peut y avoir de déesses là où aucune femme ne peut être prêtresse du fait de son sexe. Car les déesses ne sont pas plus symbole sacré de la femme que la femme prêtresse qui leur rend grâce et dévotion.

 

La femme égyptienne (de la période kémético-nubienne) est donc visible au sens social du terme. Elle joue les premiers rôles au sens politique. Elle n'a aucune place à conquérir, du moins l'histoire ne nous l'enseigne pas. Aucune considération ne lui est d'office refusée parce qu'elle est née femme. En revanche, le long du temps, elle s'est faite la gardienne de la tradition, car c'est elle qui transmet le savoir traditionnel, reçu des mains des scribes.

 

Elle est lettrée. Entreprenante. Surtout, elle est vertueuse. Dans aucun papyrus jusqu'ici disponible, à ma connaissance, l'on n'a signalé une femme native de cette région kémético-nubienne qui fasse commerce de son corps pour vivre.

 

A côté de la femme élite de la société pharaonique, la condition de celle qui se plie aux travaux domestiques et à ceux des champs au quotidien ne dépend en rien du bon vouloir de son conjoint. Elle na pas de maître en guise d'époux, elle est l'égale de l'homme en droit et en devoir face à l'Etat. Bien mieux, c'est elle qui garde le secret de l'alchimie des rêves et des amours.

 

Qu'en sera-t-il dans les temps qui suivront la décadence de l'ère pharaonique proprement nègre ? Les travaux récemment rendus publics, en dehors de ceux de Th. Obenga notamment et de Mubabinge Bilolo, font état de la dégradation du tissu social et notamment du statut de la femme au cours des périodes d'occupation ou de règnes syrien, grec, et romain. Plus principalement le corpus philosophique de la nation fait dégringoler la femme du piédestal au sommet duquel la Tradition l'avait hissée.

Bien que l'essentiel des icones de la femme déifiée restent intactes dans les temples et lieux publics, il est très facile de retrouver des femmes faisant commerce de leur corps dans les maisons du plaisir à travers les principales villes du pays, du nord au sud. On peut les retrouver empalées au même titre que les hommes devant les palais des princes étrangers au pouvoir lorsqu'elles ont été impliquées dans des rixes ou des basses oeuvres croisant les intérêts des plus forts.

 

La femme symbole du sacré perd définitivement de sa superbe.

 

En nous inspirant de ces images sombres de la femme sous l'occupation, jetons à présent un coup d'oeil sur la période qui suit la chute définitive de l'ère pharaonique.

 

II- la Femme africaine de l'époque des royaumes postpharaoniques.

 

A la suite des travaux de Louise-Marie Maes Diop ayant traité de l'état démographique de l'Afrique avant la conquête coloniale, et partant de sa géographie physique et économique, considérant les travaux de Cheikh Anta Diop et de Théophile Obenga sur la continuité de l'histoire africaine à travers les temps, considérant les mêmes souches de populations unies dans la diversité microspatiale, considérant enfin l'unité culturelle de l'Afrique noire, nous sommes en cet instant, en mesure d'affirmer que la femme africaine de la période post pharaonique na pas connu, à défaut d'une perversion due aux influences extérieures, une altération considérable de sa place au sein de la société. Au contraire elle aura eu le temps de reconquérir le statut d'être sacré qui lui était obstrué à la fin des temps précédents.  

Elle conduit l'économie nationale, par le fait que c'est elle qui va industrialiser la mécanicité des champs de culture de première nécessité, elle tient un rôle, le même depuis toujours dans l'échelle des compétences et des valeurs spirituelles, militaires, politiques, didactiques.

 

La femme africaine de  la période postpharaonique reste une actrice de la destinée collective. Elle reste la référence des temps de trouble et rend impossibles les lignes de fracture entre les diverses couches sociales, car elle demeure la gardienne des valeurs endogènes.

 

En revanche, dès la fin du 15 è siècle, dans la partie Ouest de l'Afrique, avec l'émergence des royaumes islamiques, le statut de la femme, du fait d'une interférence entre les valeurs proprement africaines et celles islamo-arabiques, commence à s'effriter.

 

Cohabitent deux femmes africaines. Celle d'une Afrique qui n'a pas encore totalement été investie par le culte dévalorisant de l'interprétation théocratique de ce qu'est ou doit être la femme telle qu'elle serait voulue par le Livre Saint des musulmans, le Coran, et celle qui reste protégée, vénérée par les principes cardinaux de ses ancêtres où elle demeure le centre de la civilisation, maîtresse des destins, Donneuse de vie, éducatrice.

Cette cohabitation est en elle -même un sujet qui mérite ample étude. Nous ne pouvons qu'indiquer ici de manière sommaire qu'elle ne fut pas à l'avantage de la femme proprement nègre au sens culturel du terme.

 

Il en sera de même à l'arrivée du christianisme. Le Livre Saint des chrétiens la transforme en une émanation de la côte d'un homme endormi, en l'occurrence Adam : elle a cessé dêtre, dans cet universalisme sémitico-chrétien conquérant,  l'être divin construit avec précaution dans l'imaginaire et le vécu des anciens africains. La femme de chez nous devient ouvertement blâmable. Elle est battue, humiliée, répudiée. La femme baisse la tête quand elle sadresse à l'homme, que pourtant elle porte neuf mois dans son ventre. La femme devient objet de plaisir : elle fait commerce de son corps pour vivre, car son indépendance tient désormais aussi de ces travers, pour n'être plus en paix dans un foyer.....

Toute bonne relation entre les membres d'une société dépend de la nature et de la qualité du contrat social qu'ils se sont octroyés. Parallèle à ce contrat doit être érigé un corps spirituel et moral en rapport avec la cosmogonie du peuple, c'est lui qui porte le corpus de traditions qui balisent l'ensemble des options de progrès, d'avenir. 

Est un "bon" peuple, celui qui accorde priorité à la place que doivent occuper les maillons faibles de sa chaîne sociale au sein de son échelle d'intérêt. Que vaut un handicapé? Quel regard porter sur la femme? Quelle est sa place? Quelle place pour l'adolescent, l'adolescente? Comment les éduquer? Selon quelles valeurs? C'est dans ces chaînons de la vie en commun que s'opèrent les valeurs de cohésion par la solidarité. Aucune femme ne vaut moins qu'un homme. De même, un handicapé n'ayant pas choisi de l'être, il ne devrait souffrir d'aucune discrimination au sein de la chaîne de vie et d'évolution humaines.

......................fin de l'extrait.....................................................

 

[1] Plusieurs noms de ces villes sont des correspondances grecques des villes kémétiques rebaptisées durant la période ptolémaïque.



Presentation
Journaliste, poète, écrivain, informaticien et banquier et Consultant en Business International, Mouelle II est de ces auteurs pluridisciplinaires dont le génie ne cesse de surprendre. Il voyage aussi bien sur les sujets politiques que sur le sport, la culture, l'économie mondiale et consacre depuis une dizaine d'années l'essentiel de ses recherches sur l'Égypte ancienne. Son premier roman, Le Pharaon Inattendu, publié fin 2004 aux Ed. Menaibuc, a eu un accueil des plus chaleureux de la part de la critique spécialisée et du public demandeur d'une littérature scénarisant les racines Noires de l'Égypte pharaonique. Œuvre dense et profondément spirituelle, Le Pharaon Inattendu continue de susciter un engouement aussi fiévreux auprès des lecteurs qu'à  son premier matin. Des médias internationaux comme RFI, Africa N°1, Jeune Afrique, ITélévision, 3A Télésud, Canal2, des sites Internet de nombreux pays suivis par la presse locale lui ont consacré de longues pages d'analyses et de commentaires encensés. Nul doute que le meilleur reste à  venir...
En attendant sa prochaine publication annoncée pour les toutes prochaines semaines, nous vous invitons à  prendre connaissance des contributions de Mouelle II à  l'entendement de son Temps à  travers ses poèmes et articles scientifiques contenus dans ce blog. Entre deux lectures, détendez-vous en visionnant des clips vidéo d'une excellente qualité thématique. Au programme: Bob Marley, Michael Jakson, Richard Bona, Sting, Etienne Mbappe, Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Grâce Decca, Paul Simon and the Graceland crew au Zimbabwe...
Bonne visite.
(c) Le cercle des amis de l'écrivain

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Les Confidences du soleil Une femme ensoleillée (15/08/2007 09:04)

Bonjour cher Pharaon...

Ils m’ont rendu hommage Mouelle II (24/05/2007 00:09)

Merci mon très cher ...

Ils m’ont rendu hommage Bona Sawa (23/05/2007 11:26)

On apprecie la verve...

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