Les Sandales de Lumière
Et ma main s'étendit
Sur le visage de poussière
Sur le miel de boue
Pour redire la beauté recourbée
Par-delà la lente érection de l'interdit
Et ma main s'avança
Comme la tienne en ce matin de 1974
Sur la piste étroite
Où dorment les voix des miens
Des tiens
Des nôtres
Et mes silences perdus
Effacés dans le phare du Verbe
Qui dit Ouaset comme il dit éwalè
Ou que las d'être aveugle
Ton œil mon œil se rouvrit à l'embrassade
Des nôtres ressuscités
D'entre les pierres et les vies sculptées
Au cœur de la matière d'éternité
Et mon cœur Fente de sueur
Et autrefois de peur
Miroir aux reflets des âmes tournantes
Que maintenant je sais écouter
En silence
Dans l'assise des silences vengeurs
S'enlace de fierté et de sourire
Face aux lents relents de haine et de mépris
Tus ce jour même sous les parfums de sueurs des miens
Sculptés dans la pierre éternelle
Eternisés dans la chair du temps immuable
Déifiés dans la sève de la Création humaniste
En et par l'amour du Très Haut
Amon Râ
Ai-je dit ma voix ?
L'ai-je dite sur les crêtes de pierre
Et les pyramides tracées sur mon visage nègre, kemet
Pour qu'elle remue
La Parole
Le Chant
Le Rythme
Qui sculptent un nom : Anta
Dans la pierre de tête
Et des âmes ?
L'ai-je dite? Oui? Non?
Alors je t'appelle
Je t'appelle, Scribe
Je te dis ton nom : Anta, Anta Diop
Toi, Kheri-heb, lecteur des livres sacrés,
Grand Prêtre d'Amon
Bak du Noun
Serviteur de la matière abyssale
Hurle en moi, sceptre sacré de mes pères
Dépose sur ma langue le medu ankh Dis-toi au-dedans de moi, toujours
Que mon pas petit écrase ces bruits réducteurs
De mon élan vers la pureté de l'être
Laisse venir à moi la dictée sacrée de la sève-vérité
Et mon regard sur l'être fécond
Explosera en de myriades de forces
Aptes à briser les cornes
De mes pluriels jours de Douleurs
Car vois-tu, mon corps s'élancera vers le ciel
Pour dominer comme Tekenu
La platitude de la terre
Afin que ma gorge hurle Ausar à l'éternel
Oui Ausar à l'éternel. |