Confidences d'un citoyen de nulle part devant un collège d'hommes libres
Et si mon rapport à la vie manquait tant dambition qu'il se résumait finalement en cette phrase somme toute banale, mais que je porte depuis toujours comme projet dexistence : un jour je voterai ? Ici, là-bas, peut-être. Portant comme un flambeau qui illumine ma nuit d'incertitude sociale l'enveloppe qui berce mon choix, ma décision, ma sélection, mon autorisation pour illustrer définitivement mon appartenance à la colonne des citoyens, ces hommes libres en leurs droits et actions, bâtisseurs du sens historique, garants du bien-être et de la cohésion au sein de la nation.
Et si mon rapport à la vie manquait tant d'élan qu'il s'est contenté d'échouer là où ailleurs les impulsions républicaines ont posé leur pied d'appui pour se lancer vers d'autres conquêtes où les idées en fusion de sens et de contresens se nourrissent d'utopies et d'espoir d'un mieux être pour tous par tous ?
Je les ai vu éconduire les rois ; domestiquer l'arrogance des reines. Je les ai vu ramener l'égoïsme des tenanciers du profit dans le socle commun d'une chaîne de solidarité active, passive, de génération en génération.
Je les ai vu se déchirer, pétris par les sombres voilures d'une haine qui, un temps, a fortement limité leur imagination constructive. Pourtant un soir, ou peut-être était-ce un matin, je les ai vu, claudiquant, l'oeil gris, sec dans sa froideur des steppes enneigées, la peau en hardes, dire : « plus jamais ça ! » . Unis dans et devant l'adversité, ils sont revenus à l'humanité et ont buriné le marbre de la division chaque fois que le peuple, la nation, a pris du sable en son âme.
Aujourd'hui, chaque matin, je les vois toucher en souvenir la cicatrice de celles de leurs plaies qui ne guérissent pas, ou peut-être est-ce la plaie de celles de leurs cicatrices qui ne cessent de saigner ?
Mais, dis-moi, démocratie : ta vie est-elle vraiment, comme le disent tes inconditionnels, le socle commun minimum de la modernité ?
Eh bien, éclaire-toi encore plus vivement, car moi, j'ignore toujours ce que sont tes lumières. Je lève mon pas au petit matin pour arpenter les traces de ton passage, ici, et ne vois de plus en plus que des maldormants cartonnés sous les réverbères au port altier et suffisant, des malodorants coincés dans leurs pets d'odeur Macdo, des malregardants regardés par les malmarchants qu'escroquent les malpayants, sont-ce les malpayeurs? Ces derniers, sombres oiseaux de caca aux cous blancs et proprets, dégraissent à feu doux les malpayés en les chatouillant au plumeau pour qu'ils rient devant les caméras, ils se sont constitués une chaîne de solidarité souterraine avec quelques malpercevants (tu sais, ces illuminés qu'on appelle affectueusement les politiques) qui, d'évidence, ne voient, ne sentent, en chaque réclamation sociale, que la vile conspiration d'une horde de malnés, d'envieux, enviant, qui espèrent une prompte mainmise sur les deniers des héritiers idéologiques des féodaux guillotinés avec raison dès 1789.
Cruelle utopie d'un possible rapt des mondialisés sur les mondialisateurs.
C'est pour cela, démocratie, chère amie ambiguë, que te regardant secouer ton manteau à phrases, te regardant parée de grelots à salive endormante, c'est grand-père qui me revient toujours à l'esprit. Lui qui me disait (remarquez que sa Seigneurie était déjà morte à ma naissance): « mon enfant, j'aime la vie. Et en la vivant, j'aime ceux qui me la rendent douce et un tantinet honnête. J'ai de la peine à prendre dans mes bras ceux qui me la compliquent ». (Son livre silencieux, comme tous les acteurs majeurs qui meurent sans dire mot des actes et sous actes de leurs temps, m'était destiné, et je le lis mieux en l'écrivant moi-même, lointain témoin des ombres qui conspirèrent au nom du même nom que lui et moi portons, moi plus encore, car debout et transpirant ; lui : allongé à l'horizontal, éteint des fumées de ces temps de pitié sur l'avenir de l'humain. Au nom des mêmes peines endurées. Au nom de tous les oublis oubliés d'être remis sur l'estrade de la Revendication du bien-être mort avec les derniers Samori et les ultimes Sankara, les Soumagourou et les Manga Bell, et les Ndumb'a Mpacko, les Muel'a Ibon, et... à la fin l'Afrique, sans fric, piquée dans son âme de seule foule de l'Histoire qui refuse rageusement de faire vraiment foule).
Où je veux en venir, irrévérencieux que je suis ?
A ceci, amie Démocratie, à ceci : rassure-toi de ne pas laisser trop de tes enfants sur le bord du chemin vers le puits aux eaux de paix et de félicité, car alors tu serais devenue l'alliée objective de la dictature, tu sais, ce frère androgyne banni de la famille humaniste et qui ne vit que de persécutions, de mensonges, d'assassinats multiformes (politiques, sociaux, économiques), de viols de conscience et de la morale. Lui qui n'hésitera pas à rendre publique (en l'amplifiant) cette terrible comparaison qui se murmure déjà : « La différence entre la dictature et la démocratie pourrait aussi être qu'en démocratie chacun a le doit de descendre dans la rue réclamer fortement son pain, ce qui est interdit en dictature ; et là sarrête la différence car, autant en dictature qu'en démocratie, personne n'a la garantie de recevoir le pain attendu. »
Malgré tout je t'aime, toi. Car Ici, dire 1968 a un sens historique.
Pour moi, venir au jour la même année refuse toujours de m'aliéner la quiétude des pavés débarrassés des dictateurs, ces monstres dont l'instinct de vie restera toujours d'affamer la liberté.
Un jour je voterai. Un jour. Pour bâtir les fondations ultimes de l'Histoire. La vraie qui sait se regarder, s'aimer ou se dédire. Enfin. En toute souveraineté.
Journaliste, poète, écrivain, informaticien, banquier et Consultant en Business International, Mouelle II fait partie de ces hommes pluridisciplinaires dont le génie ne cesse de surprendre. Il voyage aussi bien sur les sujets politiques que sur le sport, la culture, l'économie mondiale et consacre depuis une dizaine d'années l'essentiel de ses recherches sur l'Égypte ancienne. Son premier roman, Le Pharaon Inattendu, publié fin 2004 aux Ed. Menaibuc, a eu un accueil des plus chaleureux de la part de la critique spécialisée et du public demandeur d'une littérature scénarisant les racines Noires de l'Égypte pharaonique. Œuvre dense et profondément spirituelle, Le Pharaon Inattendu continue de susciter un engouement aussi fiévreux auprès des lecteurs qu'à son premier matin. Des médias internationaux comme RFI, Africa N°1, Jeune Afrique, ITélévision, 3A Télésud, Canal2, des sites Internet de nombreux pays suivis par la presse locale lui ont consacré de longues pages d'analyses et de commentaires encensés. Nul doute que le meilleur reste à venir...
En attendant sa prochaine publication annoncée pour les toutes prochaines semaines, nous vous invitons à prendre connaissance des contributions de Mouelle II à l'entendement de son Temps à travers ses poèmes et articles scientifiques contenus dans ce blog. Entre deux lectures, détendez-vous en visionnant des clips vidéo d'une excellente qualité thématique. Au programme: Bob Marley, Michael Jakson, Richard Bona, Sting, Etienne Mbappe, Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Grâce Decca, Paul Simon and the Graceland crew au Zimbabwe...
Bonne visite.
(c) Le cercle des amis de l'écrivain