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blog de Mouelle II ::: A la source de l'écume de l'âme
Tuesday 11 July 2006, a 18:09
Questionnements sur la Renaissance spirituelle africaine : lecture critique d’éléments anthroposociologiques Nègres à travers quelques auteurs des deux derniers siècles.
 

Je livre ici de larges extraits de ma contribution au Troisième Colloque International Kamit organisé à Paris du 7 au 9 juillet 2006 en Hommage à Cheikh Anta Diop, père de l'historiographie africaine moderne.

                                        Extraits ...                     

Dans l'avant-propos de la première édition de son éblouissant ouvrage L'Unité Culturelle de l'Afrique Noire (Présence Africaine, Paris, 1959) Cheikh Anta Diop persistait et signait, après la publication de Nations Nègres et Culture (Présence Africaine, Paris, 1954), qu'une démarche critique tournée vers l'étude diachronique du passé se pose comme la seule arme anthropologique capable de lutter efficacement contre les divisions au sein des jeunes Etats multi-nationaux africains.  Trois facteurs englobants vont illustrer ce propos :

1- le facteur ethnocentrique 

2 - le facteur idéologique 

3- le facteur géostratégique (contré par larésistance culturelle nègre)

 

De ces trois facteurs, seul le premier peut entièrement être imputé à la responsabilité entière des Etats africains de la période post-coloniale, pour n'avoir pas su faire émerger de nouveaux facteurs de fusion des enjeux et aspirations micronationaux au sein des perspectives macroétatiques. Au contraire, la tribu, que nous appelons ici "micronation" a supplanté l'Etat par la volonté de ses ressortissants faiseurs de décision au sein des administrations et de l'exécutif. Son rôle est ainsi devenu de se faire l'instance d'inpulsion et d'arbitrage des décisions applicables à l'ensemble des pleuples du pays, lesquels,frustrés de ne jamais s'y reconnaître vont nourrir l'envie de résister et de freiner toute politique ainsi mise en oeuvre, bonne ou mauvaise.

Les deux autres facteurs (idéologique et géostratégique), par ordre de gradation, d'inféodation et/ou de filiation sont du ressort de la néocolonisation, et sans pour autant que les responsabilités des Africains y soient complètement exclues, du ressort de la nouvelle mue de l'éternelle philosophie génératrice de dépendances nommée cette fois : la mondialisation.

Souvent, ces trois facteurs s'emmêlent sans qu'aucune possibilité soit donnée à l'analyste sociologiste de les démêler.

Nous illustrerons notre propos par des clins d'œil aux ouvrages écrits par quelques auteurs des deux derniers siècles, qui, soucieux de comprendre où va le peuple d'Afrique, ont énoncé quelques pistes de réflexion, lesquelles  restent toutes d'une fervente actualité.

 

1 - L'ethnocentrisme comme facteur de continuité de la division des Africains

 

Nous posons Cheikh Anta Diop comme celui qui, le premier, a attiré l'attention sur les risques endogènes et /ou les dangers réels que courront les jeunes Etats de la nouvelle Afrique post-indépendances.

En écrivant : « Seule une véritable connaissance du passé peut entretenir dans la conscience le sentiment d'une continuité historique, indispensable à la consolidation d'un état multi-national », le savant met concrètement le doigt là où l'édifice de la nouvelle Afrique post-indépendance aura le plus de mal à valoriser ses acquis, si acquis coloniaux il y a, et/ou à construire des piliers capables de la maintenir debout tout en lui permettant d'imaginer le futur avec sérénité.

Il s'agit des incohérences fusionnelles nées de la coexistence (et non pas de la cohabitation) de plusieurs micronations (dévalorisées par le terme ethnie) au sein d'un ensemble politique et géographique supposé moderne et construit autour d'une certaine idée de droit fort, centralisé (répressif). Personne (ni au préalable ni a posteriori) n'aura pensé à établir (pour tous en urgence) puis à sédimenter le sentiment d'une appartenance à une histoire commune et à une communauté de destin.

Anta Diop sait déjà que cette bombe à retardement finira par achever le décompte de sa minuterie et exploser. Car les Etats post-coloniaux africains, à défaut de se donner des instruments de la construction d'une vaste Nation efficiente, humaniste et économiquement viable, même à l'échelle d'abord des frontières élargies aux régions comme certains le penseront et le proposeront à l'assemblée constitutive de l'OUA à Addis-Abeba, Ethiopie, en 1963, (contre le rêve unitaire de Kwamé Nkrumah à l'échelle continental, lire à ce sujet Africa Must Unite) ne pourront survivre que si leurs intellectuels apprennent l'Histoire. La vraie histoire africaine déroulée de manière linéaire, ininterrompue, depuis 6 000 ans.

Le savant crée là, pour la première fois en Afrique de son temps, une trilogie opérative « Intellectuel-Histoire-Construction de l'Etat ».

Il sait que viendra très tôt le règne de ce qu'il appelle « les différences non essentielles» mais qui ne peuvent être « relatives entre les peuples » d'Afrique ou les Etats, que si l'insulte coloniale « indigène » ne trouve pas un synonyme local dès le départ du colon, que si l'ethnie ne devient pas le baromètre des actions et actes des nouveaux hommes au pouvoir, que si, les intellectuels, ces hommes d'influence, plus nocifs par nécessité que constructeurs par devoir, apprennent l'Histoire, diffusent et vulgarisent les principes unificateurs de la nation entre toutes les composantes humaines du pays. Car l'histoire est à la conscience ce que la boussole est au navigateur. Il faut l'apprendre non pas pour  « s'y complaire mais pour y puiser des leçons ou s'en écarter en connaissance de cause si cela est nécessaire » prévient-il.

Au crédit de ce que C.A.D appelle « les différences non essentielles », il y a le tribalisme ou ethnocentrisme.  

La guerre civile du Biafra en est la première parfaite illustration, elle qui a causé plus d'un million de morts entre 1967 et 1970.

Au-delà des raisons sous-jacentes et des interférences étrangères, notamment françaises, pour contrôler le pétrole du golfe de Biafra, il va s'agir de rêves de paix et d'unité brisés pour le peuple nigérian qui, par les Igbo souhaitant s'affranchir de la tutelle fédérale en créant un Etat uni-national (tribal), est contraint de voir d'un jour sombre l'avenir du pays.

Cheikh Anta Diop a si bien raison de demander aux intellectuels africains d'étudier l'histoire, que Odumegwu Emeka Ojukwu le « héros » de la sécession biafraise en fait son affaire. Malheureusement il n'a, apparemment pas, appris la bonne Histoire: celle de son peuple. 

Né en 1933, ce fils d'un riche commerçant est licencié d'histoire contemporaine à Oxford et diplômé de l'école militaire d'Eaton Hall.

Dans son recueil de nouvelles (12 au total) Girls at War And Other Stories (Heinemann Educ. avril 2001), l'écrivain, dramaturge et poète nigérian Chinua Achebe livre une série de réflexions incisives sur cette guerre du Biafra et ses effets sur la vie quotidienne des gens qui la vivent.

D'un réalisme saisissant, et au-delà de la douleur, du macabre des images froides qu'offre une guerre comme celle-là où tout est permis, viol, émasculation, et selon la propagande biafraise, empoisonnement massif des populations par des farines infectées, l'auteur connu de Things Fall Appart (Le monde s'effondre) parvient à nous faire partager quelques éléments et traits sociologiques surhumains où le Igbo, transcendant ses peines, parvient à rire de tout,  et même de la mort.

 

Un autre auteur, cette fois anthropologue, va amplement se pencher sur l'absurde que constitue l'exacerbation du sentiment tribal dans les nouveaux Etats africains.

 

Le Prince Bétotè Dika Akwa Nya Bonambéla, à la suite de Cheikh Anta Diop sur lequel il s'appuie entièrement, dans son ouvrage Les Problèmes de l'Anthropologie et de l'Histoire Africaines (Les Editions Clé, Yaoundé, 1982) expose clairement l'arbre généalogique illustré et commenté de l'Afrique Noire. Cet arbre, soumis à bonne lecture, rend totalement impossible toute discrimination intrasociale dans les nouveaux Etats, car un même foyer humain est à la base de toutes les branches sociolinguistiques africaines, de toutes les ramifications micronationales de nos temps.

L'exemple des ngala-dwala, communément appelé les duala au Cameroun, enrichit sa thèse.

Ils sont en réalité les composantes de la « sous-ethnie raciale » Bomdedi (descendants de mbédi) qui est à l'origine des micronations duala stricto sensu, abo, pongo, bojongo... aujourd'hui réunies au sein d'un ensemble sociopolitique et géographie : le peuple sawa.

Plus loin dans sa démonstration, l'égyptologue camerounais démontre une impossibilité litigieuse entre l'ouest du Cameroun et le littoral, car la Tradition assure que la famille princière de Bangangté, parexemple, est issue de la tribu Bakem qui est sœur des duala et des abo-nord, et qui a évolué en direction de l'ouest du pays où elle aura rencontré successivement les Banka (ndobo-bamiléké) et les Bamoun pour générer la micro-nation Bangangté.

Le même schéma se présente avec les Ewondo dont les travaux de Dika font remonter l'ancêtre totémique à Mbédi qu'on appelle localement Mbédé.

En continuant, nous pourront, avec lui, remonter jusqu'aux Luba de la Dynastie Luba du Congo, descendants de Mbédi par son fils Mulunda ; ou encore les Mbangala du Kenya qui ont le même ancêtre que Mbedi, l'ancêtre des Duala.

Il en va de même avec les Bassa qu'on trouve autant au Libéria, au Nigéria (actuellement appelé les Biafra), au Congo (ici appelé Bassa-La-mpassou) qu'au Cameroun (Bassa-mpo).

En démontrant par ce schéma l'unité culturelle, linguistique et humaine de l'Afrique moderne, Dika dessine en fait la carte géographique même de l'ancienne Egypte : Kemet.

L'histoire des migrations sur laquelle Dika table une partie de ses démonstrations illustre plus nettement comment, et à partir de quand, le peuple qu'il prend en référence (les ngala-duala du Cameroun, du Gabon, du Congo, de la Guinée, du Nigéria, du Zaïre, du Kenya, de la Zambie, Ruanda-Urundi, Tanzanie, Uganda…) quitte la vallée du Nil.

Ce sont les descendants de la Dynastie pharaonique Gara ou Kara ou encore Zaghara (en langue arabe) et plus précisément celle des Maghara ou encre Garamantes, localisés le long de la mer rouge et dans l'arrière-pays de la Lybie, et qui fondent l'empire du même nom au VI è siècle avant notre ère. Ils seront appelés Wangara sur tout le territoire qui va des rives du Nil jusqu'au Sénégal (entre le 7è au 11è siècles).

Une telle connaissance historique rend totalement inopérante les théories de la haine ethnocentrique telle que développée par les maquisards libériens. Je rappelle que La guerre civile au Liberia (1989- 2003), en faisant l'économie des blessés et mutilés à jamais, a coûté la vie à près de 150 000 personnes, des civils pour la plupart, et a provoqué un effondrement total de l'État.

Un étudiant québécois, David Forest, dans un mémoire de maîtrise en Relations Internationales, a montré les  causes et les motivations de cette guerre. L'une des causes : l'avidité des individus qui s'entourent d'un noyau dur ethnique généralement formé dans des corps d'armes.

Les motivations relèvent,elles, d'une volonté de puissance développée au sein de l'ethnie comme suprastructure étatique. Citant une source, il déclare :

«   Ce n'est pas un hasard si les Etats [africains] défaillants par excellence des années 1990 ont été dirigés par des militaires ». Le noyau sécuritaire tribal qui assure et développe l'impunité et la barbarie. On se souviendra des images des personnes humaines désintégrées et traînées dans les rues, on se souviendra des colliers d'oreilles coupées, des sexes, surtout des têtes empalées le long des pieux…

 

C'est le même phénomène ethnocentrique qui fut utilisé pour provoquer le génocide rwandais. Des êtres humains nommant d'autres "les cafards"…

Les annales modernes des barbaries humaines retiennent le génocide Rwandais comme le génocide le plus rapide de l'histoire. De 500 000 à 800 000 Rwandais, en majorité tutsis, ont été tués pendant cent jours, du 7 avril au 4 juillet 1994.

« Ceux qui parmi les Hutus se sont montrés solidaires des Tutsis, confie un observateur, ont été tués comme traîtres à la cause Hutu ».  

Ce massacre inégalé en terre africaine a fondé son alibi de haine ethniste sur une période de presque quarante ans.

« L'ONU a mis 7 mois pour mettre en place en 1994, la première Commission d'Enquête en vue de recueillir les premiers témoignages tardifs pour le TPR (Tribunal Pénal International censé juger les crimes contre l'Humanité et crimes de guerre commis au Rwanda d'avril à juillet 1994), s'insurge l'association PLUS JAMAIS ÇA, qui entretient la mémoire des morts.

« Des dossiers d'enquête ont été dérobés, des preuves ont disparu, des suspects ont été libérés faute de libertés laissées à Kigali, aux quelques magistrats instructeurs encore en poste après la tragédie. Près de 130.000 présumés coupables de tous âges, croupissaient début 1999 dans les prisons insalubres du Rwanda, souvent sans aucun chef d'inculpation. 22 d'entre eux parmi les cadres du génocide ont été condamnés à mort et fusillés fin avril 1998 en "place publique", pour l'exemple. Les médias n'y étaient pas autorisés. D'autres condamnations ont été prononcées depuis, par exemple pour les deux derniers mois de 1999, 4 peines de mort et 44 peines de prison à perpétuité. 11 acquittements sont à verser pour la même période au crédit d'une sérénité renaissante de la justice rwandaise.

Si l'ethnisme, la peur et la haine ont été les moteurs des massacres, il apparaît vital d'en démonter les mécanismes génocidaires, de dénoncer l'organisation froide et préméditée de la "solution finale", et sa planification hiérarchisée...

Une recherche au terme relatif de laquelle, des responsabilités diluées loin des charniers, mais pas très loin des bonnes consciences, devront aussi s'exhaler.

Mais le temps passe, déplore l'association : « depuis 1994, le négationnisme fait son chemin sous diverses bannières, et la banalisation du génocide est en route jusque dans les dictionnaires et autres encyclopédies populaires. Comble de cynisme, les sites du génocide sont en péril et le climat chaud et humide du Rwanda accélère la décomposition des ossements. Voilà que les moyens manquent pour la préservation des preuves irréfutables de la folie de l'homme... »

Certains, écrit  Habibou Bangré d'Afrik.com, «estiment que ces événements, dont le petit pays d'Afrique centrale peine encore à se remettre, seraient le fruit d'une haine ancestrale entre Hutus et Tutsis ».

Les tutsi seraient des envahisseurs venus de l'est pour ravir les terres hutues, orchestrent la force coloniale belge, « désireuse de garder une population docile sous sa coupe, même après l'Indépendance. Selon cette théorie, donc, le génocide a bien été planifié. Mais en premier lieu par les Belges, qui ont fait des Hutus des machines à haïr et tuer », et la journaliste d'aboutir à la conclusion que les tutsi et les hutu ne sont pourtant qu'une même et unique entité « ethnique » qui l'ignore ! Ou n'est plus apte à l'accepter…

Et c'est ici qu'intervient l'idéologie

 

2 - le facteur idéologique 

 

En introduction à son excellent ouvrage Civilisation Ou Barbarie paru chez Présence Africaine en 1981, Cheikh Anta Diop énonce quelques prolégomènes majeurs indispensables à la démarche qui devrait désormais animer l'intellectuel négroafricain. Il pose l'Egyptologie ramenée à sa base socioculturelle africaine comme point de repère d'une nouvelle expérience scientifique capable de dégager les prémisses d'une nouvelle philosophie de l'homme et de l'Histoire, pour le mieux-être et la paix.  

Nous venons de montrer comment à partir de ses travaux et de ceux de Bétotè Dika Akwa une bonne connaissance de l'histoire des peuples d'Afrique peut empêcher le règne du chaos et l'exégèse des marchands de mort.  

L'ignorance et la manipulation couplées à d'autres facteurs géostratégiques hérités de la colonisation et relevant de la néocolonisation ont conduit au drame du Rwanda.

 

L'encyclopédie en ligne  WIKIPEDIA. ORG narre les faits :

« Pendant trois mois, la Radio Télévision des Mille Collines encourage et guide jour après jour, heure par heure le génocide, citant nommément les Tutsi non encore tués à tel ou tel endroit ».

Réduit au statut de cafard sur les ondes de la radio haineuse, le tutsi ou le hutu « modéré » le vivent dans les faits : on peut écraser des cafards sans conséquence. Coupables simplement d'exister. Ils sont en effet massacrés, à l'échelle industrielle.

« Les massacres atteindront des sommets dans l'horreur. L'ampleur du massacre (en trois mois, 1 million de personnes sont tuées selon le FPR, 500 à 800 000 selon l'ONU), sa cruauté (on éventre les femmes enceintes, la violence sexuelle est générale, des tueries ont lieu au sein de familles mixtes, on s'efforce de faire souffrir les victimes...) et l'implication générale de la population en font un des événements les plus atroces du XXe siècle.

Les Tutsi ne pourront trouver refuge nulle part. Les églises par exemple ne seront d'aucune protection et seront au contraire le théâtre de massacres de masse quand les Tutsi s'y sont réfugiés. Le génocide constitue en outre un désastre économique avec les destructions de biens (notamment les troupeaux) et les pillages. »[...]

 

Et pour cause, observe Cheikh Anta Diop : «Au cours de l'histoire, lorsque deux groupes humains se disputent un espace vital, économique, la plus petite différence ethnique peut prendre un relief particulier, servant de prétexte pour un clivage social et politique : différence d'apparence physique, de langue, de religion, de mœurs et de coutumes » (C.A.D, Civilisation ou Barbarie, p 159).

 

Entre en ligne de compte le phénotype : l'apparence physique. Elle aide à stigmatiser la haine  autant que les castes, les croyances, ce qui n'aurait jamais pu exister dans un « Etat véritablement socialiste », ayant intégré une haute philosophie morale.

Pendant toute la période du génocide, la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR) tente d'obtenir un cesser le feu entre le FPR et les FAR et un arrêt des massacres. Quinze jours après le début du génocide, l'ONU, très inquiète du fait de l'assassinat de dix casques bleus belges, réduit fortement les effectifs de la MINUAR. Sous l'influence déterminante des États-Unis qui ne veulent absolument pas être interpellés par l'opinion internationale et devoir intervenir (le fiasco somalien est encore récent), l'ONU tarde à qualifier de « génocide » les massacres. Mais à partir de mai 1994, devant la gravité de la situation, elle met sur pied la MINUAR 2 qui se révèle dans l'impossibilité d'intervenir immédiatement. Devant ce retard, la France obtient des Nations unies d'organiser le 22 juin 1994 l'opération Turquoise, jusqu'au 22 août 1994, date prévue de déploiement de la MINUAR 2. Elle obtient ensuite de créer, dans le sud-ouest du Rwanda, une « zone humanitaire sûre » (ZHS), le 4 juillet 1994, après quelques accrochages avec le FPR.

Malgré la progression rapide du FPR vers la capitale Kigali, qui est prise le 4 juillet 1994, le génocide coûtera la vie à près d'un million de Tutsi et Hutu modérés. Les miliciens Hutu et les FAR battent en retraite au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo), entraînant avec eux environ deux millions de réfugiés Hutu qui redoutent les représailles du FPR. Le 19 juillet 1994, un gouvernement fondé sur les derniers accords d'Arusha, mais dominé par le FPR, prend les rênes du Rwanda. Le président de la République et le Premier ministre sont des Hutu modérés. Celui qui a conduit le FPR à la victoire, le général-major Paul Kagame, vice-président et ministre de la défense, devient l'homme fort du Rwanda. [...]

Le Journaliste d'investigation Charles Onana, dans un ouvrage intitulé  « Les Secrets du Génocide Rwandais, enquêtes sur les mystères d'un Président » (Duboiris, 2002), à la lumière des premières conclusions de l'enquête du TPR, indexe nommément l'actuel président Paul Kagamé comme « le suspect numéro un de cette folie meurtrière qui a ébranlé le Rwanda en 1994. C'est ce que montrent, dit-il, les premières révélations de l'enquête du juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière. »[...]


 

3- le facteur géostratégique (contré par la résistance culturelle nègre)

 

 « L'Africain qui nous a compris est celui-là qui, après la lecture de nos ouvrages, aura senti naître en lui un autre homme, animé d'une conscience historique, un vrai créateur, un Prométhée porteur d'une nouvelle civilisation et parfaitement conscient de ce que la terre entière doit à son génie ancestral dans tous les domaines de la science, de la culture et de la religion ». Cheikh Anta DIOP.

Pour ceux donc qui ont lu C.A.D, nul besoin d'expliquer que l'Afrique depuis plusieurs siècles est un enjeu stratégique. Dans les chancelleries occidentales, l'esprit est clair sur le sujet, disent ceux qui y ont leurs entrées : il faut aimer l'Afrique. Mais surtout sans les Africains. C'est la mamelle nourricière du monde.  Qui contrôle ce continent contrôle l'avenir. Son propre avenir et celui du monde. C'est pour cela que depuis la guerre froide, sa fin et le début de l'unilatéralisme de Bill Clinton et de la Dynastie Bush, les Etats-Unis d'Amérique, héritiers et gagnants sur tapis vert de la guerre froide, ont intégré que l'Europe seule ne peut plus gérer le dominion africain. Il faut qu'ils y pénètrent et de façon affirmée, cette fois. Pas comme dans les années 1975 sur la « ligne de front » où les Etats africains luttaient contre l'Apartheid, que les Etats-Unis soutenaient y compris (avec) lsraël.[...]

 

Dès lors et désormais, le Département d'Etat et la chancellerie américains contrôlent la quasi-totalité des structures de pensée et d'action des pays africains de toutes expressions linguistiques. Une nouvelle période de guerre froide aurait pu s'enclencher en terre africaine depuis la nouvelle orientation de la politique étrangère américaine, si elle n'avait pas à mettre ainsi en belligérance ses alliés de l'OTAN. [...]

 

Une si longue route de peines depuis des siècles... pour le contrôle des richesses du sol, du sous-sol, du mental et du spirituel africains.

 

En son temps, et dans son ouvrage intitulé Les âmes du peuple noir, le Docteur William Edward Burghardt Du Bois observait déjà, dans un contexte étasunien, que le fait de considérer le Noir comme un animal religieux a permis aux maîtres esclavagistes de mêler le religieux au spirituel et de faire prospérer chez les esclaves un christianisme capable à la fois d'exprimer leur morale et leur vie intérieure. 

Du Bois affirme : « L'Africain déplacé vit dans un monde animé de dieux et de démons, d'elfes et de sorcières. L'esclavage pour lui représenta le triomphe des puissances ténébreuses ». Ses révoltes, son désir de vengeance vont en conséquence se nourrir de tout ce qu'il semble ne pas avoir laissé derrière lui dans le tumulte des océans : exorcisme, sorcellerie, cultes ancestraux les plus affirmés, traînant les dieux aussi redoutables qu'actifs comme Obi, Orisha, Babalu, Jengu, injectés dans la vie quotidienne pour l'adoucir d'un peu de projection ou d'illusion d'existence et/ou de puissance.

Mieux qu'un chapelet de cultes, et dans un contexte plus large au sein de la totalité du Nouveau Monde, l'Africain parvient à adapter la Religion du maître à un spiritualisme d'essence purement ancestral, comme la Santeria à Cuba ou le Candomblé dans les favelas brésiliennes, en attendant le jour où, [Cahier d'un Retour au Pays Natal]« au bout du matin, comme un crépitement de friture d'abord, puis comme un tison que l'on plonge dans l'eau avec la fumée des brindilles qui s'envole », les chaînes seront brisées, les gorges déployées au chant de la liberté, l'espoir rené des souvenirs génétiques d'une terre lointaine où veillent les âmes des ancêtres et où sous peu ils verront le vent de l'amour porter les parfums de semences des dieux vieux de milliers d'années.

Après une très longue nuit de sang et de sueur, de râles et de hoquets, « au bout du petit matin », l'espoir se concrétisa : la liberté vint.

Mais la liberté retrouvée pour ces « enfants-marchandises » ne signifiait nullement un retour aux sources ancestrales, une renaissance immédiate avec pour but de s'enraciner de nouveau dans le socle des valeurs qui leur étaient propre : le temps avait passé et une remodélation du panthéon ancestral rendait l'exercice complexe.  

Il a fallu attendre les années 1920, la deuxième guerre occidentale (39-45), et plus tard sa fin, pour que les échanges entre américains noirs enfin autorisés à sortir de leurs ghettos se veuillent riches et orientées vers la mère Afrique, mother africa,  idéalisée, et rendue Véritable Terre promise après la première tentative du mouvement back to Africa du 19 ème siècle [mon roman, Le Pharaon Inattendu, développe sur plusieurs chapitres les relations désastreuses entre africains et africains-américains qui ont résulté du retour des seconds sur leur terre de départ] . Des échanges, ils sont passés à une fusion d'intérêts.

Sur le sol européen, à Londres d'abord, puis à Paris, les africains, les antillais, et négroaméricains à la faveur d'une pause sur les champs de batailles, rendent possible l'émergence des mouvements tels la Negro Renaissance, la Négritude, la Tigritude, tous ancêtres émérites de l'afrocentricité, l'afroréalisme, l'afrocentrisme, etc.

Ces mouvements chantent la spécificité nègre. Ils disent de manière kaléidoscopique la richesse de la cosmogonie africaine transportée dans les cales de bateaux négriers, déversée sous les palétuviers des îles ou dans la chair des chaînes liberticides, par elle les poètes africains deviennent des élus du sens qui jettent au visage de l'Amérique blanche ou des colons européens la rage muette des laissés-pour-compte, c'est cette richesse spirituelle africaine qui inspirent les dramaturges comme Laurence Hansberry donnant à voir de véritables réquisitoire pour l'humanité à rendre aux Noirs, notamment dans sa pièce la calebasse ou celle antonyme : les blancs.

Certains scénarisent l'autre Afrique qu'asphyxie la pseudo modernité en lui opposant celle des valeurs traditionnelle, le nigérian Chinua Achebe, Things Fall Appart,  (Le monde s'effondre) etc. L'Afrique des temps modernes est dite de manière quantitative, par ses propres enfants, à des tons et sens souvent opposés, mais irrémédiablement induits.[...]

 

Tout ce travail de réaffirmation de l'exception Nègre n'a pu trouver sa véritable filiation au sens Noir à travers les temps que dans la production multidisciplinaire de Cheikh Anta Diop. 

 

Et toute la richesse de cette production diopienne tomberait sous le sens si les Africains du continent et de la Diaspora ne se posent pas à eux-mêmes, d'ici deux décennies, de nouveaux et urgents postulats de liberté et d'affirmation de soi par un développement humain intégrant tous les paramètres de la science et de la technique régulés de manière endogène.  

A défaut, elle est perdue. 

 

MOUELLE II,

Journaliste-Ecrivain  

Paris le 8 juillet 2006



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Comments
#1
Sam written on Friday 14 July 2006, At 12:29
Doit-on comprendre que Thierry Mouelle II est une sorte de petit savant quise balade de science humaine en science humaine comme une sirène de mer en mer? Je vous ai lu, écoué, vu comme journaliste. Je vous sais analyste de crédit au quotidien. Vous voici entre autre socio anthropologue. Dites-moi, comment vous faites, je veux vraiment le savoir. Car ceque je viens de lire est aussi pointu en référence et en analyse que n'importe quel scientifique de talent serait amené à produire. En attendant vos réponse: BRAVO!
#2
Mouelle II written on Wednesday 01 November 2006, At 17:32
L'intérêt que je porte aux sciences humaines se résume à mon désir de comprendre par quel bout il nous faudrait commencer pour appréhender notre avenir. L'intérêt déologique ne suffisant plus, il nous revient de poser les pieds partout où une lumière peut nous être apportée dans la voix de notre étude de nous mêmes et du monde.
Merci pour le mot gentil de votre part. Toutes mes excuses pour le retard que j'ai accué à vous répondre.
#3
E.YIMGA written on Saturday 15 July 2006, At 02:21
Vous êtes à la littérature ce que Richard BONA est au Jazz
#4
Mouelle II written on Wednesday 01 November 2006, At 17:37
Qu'est-il donc au jazz? Non, je blague. Merci du compliment.
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Journaliste, poète, écrivain, informaticien, banquier et Consultant en Business International, Mouelle II fait partie de ces hommes pluridisciplinaires dont le génie ne cesse de surprendre. Il voyage aussi bien sur les sujets politiques que sur le sport, la culture, l'économie mondiale et consacre depuis une dizaine d'années l'essentiel de ses recherches sur l'Égypte ancienne. Son premier roman, Le Pharaon Inattendu, publié fin 2004 aux Ed. Menaibuc, a eu un accueil des plus chaleureux de la part de la critique spécialisée et du public demandeur d'une littérature scénarisant les racines Noires de l'Égypte pharaonique. Œuvre dense et profondément spirituelle, Le Pharaon Inattendu continue de susciter un engouement aussi fiévreux auprès des lecteurs qu'à  son premier matin. Des médias internationaux comme RFI, Africa N°1, Jeune Afrique, ITélévision, 3A Télésud, Canal2, des sites Internet de nombreux pays suivis par la presse locale lui ont consacré de longues pages d'analyses et de commentaires encensés. Nul doute que le meilleur reste à  venir...
En attendant sa prochaine publication annoncée pour les toutes prochaines semaines, nous vous invitons à  prendre connaissance des contributions de Mouelle II à  l'entendement de son Temps à  travers ses poèmes et articles scientifiques contenus dans ce blog. Entre deux lectures, détendez-vous en visionnant des clips vidéo d'une excellente qualité thématique. Au programme: Bob Marley, Michael Jakson, Richard Bona, Sting, Etienne Mbappe, Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Grâce Decca, Paul Simon and the Graceland crew au Zimbabwe...
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