Pour avoir été
En cinq millénaires de pratique de mots
Le rare à être monté sur l’échafaud
Le silence porté en bandoulière
Pour recevoir le sacre invectivé
Des langues qu’on pend
Pour être trop pendues
Ils m’ont rendu hommage ce matin
Pendu au bout d’une plume sèche
La feuille noircie de goudron comique
La tête fière du sage qui s’apprécie
A défaut d’être aimé des siens
Qui en le voisin venant voient toujours
Le sage qu’il ne peut qu’être en lieu nouveau
Son verbe si vieux ailleurs est là innocent
Ils m’ont rendu hommage
Car j’aime enfin me taire en mourant
Les vaches, les lions, les hyènes, les aigles
Le collège était là
Qui hochait le chef
Les commissures retroussées
Le port droit
Episcopat de la préciosité
La pipe fumant
Prêt à transformer en inventaire à la Prévert
Où est-il donc passé
Cet émérite oiseau de veille
Qui tant veillait sur le toit du monde
Que son œil entrait partout en force
Forçant les seuils les plus tenus
Tenant les positions les plus raides
Raidissant les cheveux les plus lissés
Lissant les espoirs les plus chaotiques
Où est-il passé, mon ami
Où est-il donc allé
S’il n’est pas mort ?
Ah, dieux
Il est mort !
Le philosophe est mort
Il est mort
La ville porte à peine son deuil
Fluide qu’elle s’empresse de lui trouver
Un héritier juste avec le Prince
Gracieux avec le commerçant
Complaisant avec l’armurier
Ses mots orphelins tremblent d’effroi
Sur les trottoirs où défilent les émeutiers
Qui bavent sous les pages d’encenseurs
De l’ordre du spectacle de nus télévisuels
Le philosophe est mort
Il est mort
Vive sa mort
Désormais voici le Prince qui s’épanche
Planche sur ses propres orties
Bariolées de mauvaise pisse
D’herbe et de poudre d’automeurtrissure
Il verbalise les chapitres à peine insoumis
Exile les insoumis
Affame les réservés
Seul sur le pupitre
Il jubile de ses gouttes bornées
Rémunère l’applaudimètre infâme
Le spectacle est pathétique
La médaille nauséeuse
Le philosophe est vraiment mort
Oui, vraiment mort !
Ah, mon ami
Ne me disais-tu pas
Que les temps à venir éclairciront
Les sombres voilures étalées
Sur ce pays souvent de sagesse
Ne me disais-tu pas
Que jamais les philosophes ne meurent
Parce que du temps leur raison décoiffe l’arrogance
Je suis à peine arrivé que la peur d’être
Ecume la patience de mon âme
Le temps s’est paré de nuages
Et l’air de longs filets de gaz
Le pavé résonne de cadence
De la mort en treillis qui avance
Vers l’étranger qui est le mal
L'étranger qui est sale de ses mains à son âme
Je suis cet étranger qui sale sur ta tombe
Seul frémis en silence
Portant sur mes lèvres épaissies
Par subtil décret permanent
La sentence qu’il n’y a point
De délégation vers le salut
Es-tu Sartre
Es-tu Camus
des mots précieux pour sublimer l’angoisse d’être.
L'éventualité qu'un livre soit bien écrit de nos jours relève presque d'une exception, tant la logique dont se nourrissent les éditeurs l'a peu à peu transformé en un champ infesté de dominos difficiles à remettre en ordre, accompagnant rageusement nos idoles (Ernest Miller Hemingway, Jean-Paul Sartre, André Gide, Albert Camus, Guy De Maupassant, Richard Wright ...) dans le double-fond des cryptes du dépassé.
L'éloge au sexe et le culte du sang sont à la littérature occidentale devenus la pancarte bipolaire d'une condition humaine réduite à sa plus simple expression : le sensationnel. Les mots (des écrivains) ont été vidés de leur sens par l'exigence de l'ordre marchand, transformant le meilleur de nos jus de cerveau en une industrieuse artisanerie de phraséologies de quais de gares. Ils ne portent plus le sensuel parfum d'un premier rendez-vous galant et délicat avec la découverte d'un auteur : les mots arrachés à la langue des immortels sont devenus l'exposition du signifié dans une vitrine de concussion nauséeuse où le puriste est contraint au suicide avec, sur sa poitrine, l'épitaphe: "ce siècle veut du sang, il exige de discourir sur le sexe violent".
Pourtant, mon collègue Eric Van Hamme, sans discourir sur le sexe violent, sans faire étalage d'une possible maîtrise des lieux obscurs de la sublime cité du vice, a fait belle oeuvre. Sans sueur.
Le roman qu'il vient de commettre aux éditions Menaibuc, porte bien son titre : La Croisée des Chemins. Sa thématique, portée par deux voies qui mêlent aisément les préoccupations d'une littérature au style classique et les angoisses de l'homme du vingt-et-unième siècle, pose une question simple : comment être heureux? Comment se dire Homme dans un espace de vie où être c’est exposer « ce qu’on fait » ? Ce qu’on s’accole alors au verbe être comme si sans ce qu’on fait, on n’est plus. Qu’est-ce que l’identité ? Qu’est-ce au fond, dans tous les cas, sans un contrat de travail qu’on brandit toujours avec subtilité en travaillant chacune des phrases étalées à la face de l’interlocuteur ?
L'ivresse de se réaliser professionnellement mérite-t-elle qu'on en oublie sur soi-même? Cet autre soi-même qui n'a rien à voir avec le rendement statistique et les courbes chiffrées? Qui est-on au fond? Où va-t-on? Deux questions litotiques qui surgissent au hasard d'une mission que le héros vanhammien, Marc, un consultant, effectue dans une ville de la France rurale (la Corrèze) et qui lui donnent enfin l'occasion de se demander s'il reste capable d'opérer sa propre lecture intérieure, son changement d'homme de haine et de colère vers quelque autre chose de lui-même.
Il se demande ce qu'il lui resterait si ce soir il tirait un trait sur toute son existence? L'argent? Mais l'argent est-il tout? Est-il le sens, le but de la vie?
Eric Van Hamme a le mérite, pour un premier roman, de mettre le doigt là où l'homme moderne a mal : son incapacité à un dialogue avec lui-même pour se connaître en vue de s'améliorer. Happé par les ressorts les plus élaborés qui lui cèdent à la marchandise et aux services la primeur des considérations, il dérive lentement vers son propre effacement, embrassant la haine de soi et des autres comme ultime bouée de sauvetage.
Voilà comment, au prétexte de suivre et de nous narrer les tribulations d’un expert des temps informatiques avec lui-même, Eric Van Hamme repose la question du devenir de l’homomodernicus.
Il vient à la suite des grandes plumes, (André Malraux, Pablo Neruda) qui ont su comment mettre l'Homme au centre de la littérature, rendant au temps et à ses exigences matérielles le peu de place qui leur est dû: la vacuité.
L'homme est la mesure de la modernité et devrait redevenir le fléau à partir duquel s'observe le sens du bonheur, semble nous dire le tout nouvel écrivain. Un régal.
Thierry Mouelle II
Poète et écrivain.
Journaliste, poète, écrivain, informaticien et banquier et Consultant en Business International, Mouelle II est de ces auteurs pluridisciplinaires dont le génie ne cesse de surprendre. Il voyage aussi bien sur les sujets politiques que sur le sport, la culture, l'économie mondiale et consacre depuis une dizaine d'années l'essentiel de ses recherches sur l'Égypte ancienne. Son premier roman, Le Pharaon Inattendu, publié fin 2004 aux Ed. Menaibuc, a eu un accueil des plus chaleureux de la part de la critique spécialisée et du public demandeur d'une littérature scénarisant les racines Noires de l'Égypte pharaonique. Œuvre dense et profondément spirituelle, Le Pharaon Inattendu continue de susciter un engouement aussi fiévreux auprès des lecteurs qu'à son premier matin. Des médias internationaux comme RFI, Africa N°1, Jeune Afrique, ITélévision, 3A Télésud, Canal2, des sites Internet de nombreux pays suivis par la presse locale lui ont consacré de longues pages d'analyses et de commentaires encensés. Nul doute que le meilleur reste à venir...
En attendant sa prochaine publication annoncée pour les toutes prochaines semaines, nous vous invitons à prendre connaissance des contributions de Mouelle II à l'entendement de son Temps à travers ses poèmes et articles scientifiques contenus dans ce blog. Entre deux lectures, détendez-vous en visionnant des clips vidéo d'une excellente qualité thématique. Au programme: Bob Marley, Michael Jakson, Richard Bona, Sting, Etienne Mbappe, Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Grâce Decca, Paul Simon and the Graceland crew au Zimbabwe...
Bonne visite.
(c) Le cercle des amis de l'écrivain