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blog de Mouelle II ::: A la source de l'écume de l'âme
Tuesday 13 June 2006, a 20:22
Questionnements sur la renaissance spirtituelle africaine
 

   Ce texte est un extrait d'une conférence donnée à l'Ecole des Mines à Paris le 7 mai 2006 à l'occasion de la Journée Aimé Césaire initiée par l'Association Internationale Cheikh Anta Diop                                                                       

 

Questionnements sur la renaissance spirtituelle africaine

                                                                       

Par Thierry MOUELLE II

 

A force de le retrouver sur toutes les lèvres averties ou non averties, c‘est presque passé dans l’usuel chez certaines personnes que de se poser la question de savoir « quelle spiritualité pour quelle Afrique ? »

 

Cela se voudrait plus sérieux encore si ces personnes sont elles-mêmes d’extraction de la grande famille africaine.

 

Comme si les relations de l’Africain contemporain avec le divin sont désormais passées de la psychose (provoquée par diverses guerres de civilisation qui l’ont jusqu’ici pris en tenailles) à un état de normalisation qui autorise de réfléchir aujourd’hui sereinement sur le sujet, en jouant les équilibristes entre un monde passé, plus ou moins idéalisé mais réel, et le présent héritier d’un temps qui pèse encore de tout son poids dans la mémoire douloureuse des « damnés de la terre », nous les récemment convertis à l’occidentalisme qui se veut omnipotent.

 

Comme si, inévitablement, la question de la spiritualité africaine est de celles-là dont l’esquive coûterait son avenir même du Monde Noir.

Et si c’était le cas ?

La question ne serait alors pas nouvelle. Et ce n’est pas parce qu’elle porte son âge qu’il nous paraîtra aisé d’expliquer clairement l’état critique dans lequel se trouve la spiritualité noire aujourd’hui.

En son temps, et dans son ouvrage intitulé « Les âmes du peuple noir », le Docteur William Edward Burghardt Du Bois observait déjà, dans un contexte étasunien, que le fait de considérer le Noir comme un animal religieux a permis aux maîtres esclavagistes de mêler le religieux au spirituel et de faire prospérer chez les esclaves un christianisme capable à la fois d’exprimer leur morale et leur vie intérieur. 

« L’Africain déplacé vit dans un monde animé de dieux et de démons, d’elfes et de sorcières. L’esclavage pour lui représenta le triomphe des puissances ténébreuses », et ses révoltes, son désir de vengeance vont en conséquence se nourrir de tout ce qu’il semble ne pas avoir laissé derrière lui dans le tumulte des océans : exorcisme, sorcellerie, cultes ancestraux les plus récents, Obi, Orisha, Jengu ; mieux qu’un chapelet de cultes, et dans un contexte plus large, l’Africain parvient à adapter la Religion du maître à un spiritualisme d’essence purement ancestral, comme la Santeria à Cuba. [ J'ai, dans plusieurs chapitres, mis en exergue les rapports entre la Santeria, le Candomblé brésilien et la diaspora noire dans mon roman Le Pharaon Inattendu, ed Menaibuc, 2004]  

  En attendant le jour où, [Cahier d’un Retour au Pays Natal, poème d'Aimé Césaire, Présence Africaine, 1947]« au bout du matin, comme un crépitement de friture d'abord, puis comme un tison que l'on plonge dans l'eau avec la fumée des brindilles qui s'envole », les chaînes seront brisées, les gorges déployées au chant de la liberté, l’espoir rené des souvenirs génétiques d’une terre lointaine où veillent les âmes des ancêtres et où sous peu ils verront le vent de l’amour porter les parfums de semences des dieux vieux de milliers d’années.

 Et puis, après une très longue nuit, « au bout du petit matin », l’espoir se concrétisa : la liberté vint. Mais la liberté retrouvée pour ces « enfants-marchandises [ Le Pharaon Inattendu, ouvrage de l'auteur] » ne signifiait nullement un retour aux sources ancestrales, une renaissance immédiate avec pour but de s’enraciner de nouveau dans le socle des valeurs qui leur étaient propres, pour la simple raison que le temps avait passé et qu’une remodélation du panthéon ancestral rendait l’exercice complexe.

 

Il a fallu attendre les années 1920, la deuxième guerre occidentale (39-45), et plus tard sa fin, pour que les échanges entre américains noirs enfin autorisés à sortir de leurs ghettos, entre africains, antillais et africains-américains, sur les champs de batailles, rendent possible l’émergence des mouvements tels la Negro Renaissance, la Négritude, la Tigritude, tous ancêtres émérites de l’afrocentricité, l’afroréalisme, l’afrocentrisme, etc.

 

Du constat du Dr Du Bois relevant notre vulnérabilité due à la nature de notre rapport au spirituel, au mystérieux, au divin, il en découle un autre plus récent encore : la terre où les dieux apparurent pour la toute première fois dans l’histoire de l’humanité, et où d’Imhotep à Akhenaton l’homme s’est expliqué l’univers, l’a interprété, est aujourd’hui une terre de désolation et de déshérence, où l’obscurantisme spirituel le dispute à une misère morale et matérielle d’une violence inouïe.

 Y règnent : la haine, le désespoir et le doute.

Pour autant, lorsque Aimé Césaire, traite les Antillais en 1947 d’« anetons de l'espérance et punaise de moinillon »[Cahier d’un retour au pays natal], termes rappelant des insectes et qui renvoient à leur confiance naïve ou paresseuse face aux fausses promesses des hommes politiques, et peut-être des autorités religieuses. En les accusant de porter malheur à leur peuple, en les traitant de mauvais grigris, de lépreux aux chairs en décomposition qui acceptent le mensonge et ne protestent pas lorsque la vérité est bâillonnée, le poète amorce une dénonciation des plaies qui minent non seulement les Antilles, mais également l’Afrique, cette Afrique mère qui se bataille déjà pour son indépendance.

 

Césaire permet de dresser une parallèle entre le contexte insulaire et caribéen qui est le sien et les premiers mouvements de libération des peuples d’Afrique. Il veut tant rendre l’espoir à ses compatriotes aliénés par une colonisation qui les prive de tout avenir en les coupant de leur passé, que son cri de révolte est entendu jusqu’en Afrique. Quelques biographes, certainement de bonnes intentions, créditent ce cri d’avoir eu un écho enrichi dans les tempes de quelques bonnes âmes africaines, telles Senghor.

Il semble bien que cela reste à prouver au-delà des textes du Président Poète, où, s’il apparaît le moindre conflit soucieux de changer les choses en Afrique coloniale, il s’agit plus du conflit du poète président opposé à lui-même au sein de sa parole poétique et son action politique.

 

Comme Césaire, Senghor veut la célébration d'une Afrique primordiale et harmonieuse. Mais contrairement au premier, Senghor préfère cette Afrique primordiale où le roi est poète et le poète roi. Le beau langage le supplantant à l’action. L’élitisme à la cuvée sociale, la forme au fond, ne l’oublions pas, il s’agit d’une Afrique où « le roi est poète et le poète roi ». Il est pour lui question d’une négritude de la sympathie, et de participation sensible au cosmos.

 

D’évidence, cela paraît étrange qu’au moment où les Noirs du monde entier, caribéens et négroaméricains, se tournent vers l’Afrique Mère pour y puiser le supplément d’âme qui leur servent de glaive contre l’oppression et de bouclier contre l’adversité, l’Afrique elle-même reste dans une attitude d’apathie spirituelle chronique. Elle semble avoir cessé de s’écouter.

 

En ces années là comme de nos jours, grande est la publicité (au sens de l’effort de vulgarisation) faite aux apparats des us et coutumes corrupteurs des chapelles de pensées qui aiment l’Afrique sans les Africains.

 

L’Afrique officielle, dite désormais cartésienne, rationnelle, se lève Jésus, déjeune Bouddha, goutte Allah, s’endort anti-Afrique,

Consciente que l’amalgame est séculaire entre le religieux et le spirituel, et que l’un dans l’autre personne dans cette nouvelle Afrique n’est apte à tout sacrifier pour démêler la vraie graine de l’ivraie.

 

Que le discours dominant soit pour l’heure à la mondialisation, comme jadis l’on parla de bonne gouvernance, et avant de démocratisation, du nouvel ordre mondial, de pluralisme politique etc, ne résonne que pour ceux qui attendent que les clés du bien-être demeurent celles qu’offre le diktat de l’ordre marchand du présent siècle.

 

Qui serait assez futé pour comprendre que ces notions plus ou moins humaines, mais davantage inhumaines en leur application aveugle et sans contexte, ne sont rien d’autres que de cruels gadgets de distraction à la solde des tribunes et des médias ?

 

Que l’essentiel est ailleurs ? A-t-on osé simplement définir l’ailleurs en question ? Et c’est là que notre réflexion sur la spiritualité africaine, ou si vous voulez sur la Nécessité d’une Renaissance spirituelle africaine, se voudrait pratique.

 

Toute société humaine se fabrique des instruments de compréhension du monde, de l’univers. De la justesse de ces instruments dépend la bonne lecture et la compréhension de cette lecture suppose qu’on maîtrise le langage utilisé.

 

Si la question que nous nous sommes posée se prétend de celles dont l’esquive coûterait son avenir à l’Afrique, donc qu’elle intègre tous les paramètres de l’Afrique d’aujourd’hui, qu’elle se pose parce qu’elle souhaite une Afrique et des Africains prospères et équilibrés comme aux temps de Kemet et de nos glorieux ancêtres,

 

alors posons-nous ces autres questions : dans quel monde vivons-nous ? Nous sommes-nous donnés des instruments pour le lire ? Pouvons-nous le lire ? Donc, savons-nous le langage qui est parlé ? Par qui ? Pour qui ? À quelle fréquence ? Pour quelles conséquences ?

 

Ceci nous ramène pratiquement à la méthode proposée par Frantz Fanon : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ».

 

Nous avons vu que Du Bois s’est posé des questions liées à son temps et au contexte étasunien. Quel est nôtre temps ? Quel est notre contexte, et pour qui nous interrogeons-nous ?

 

Est-ce pour la diaspora ou pour ceux des nôtres qui sont sur le continent ?

Est-ce pour une image commune à l’Afrique et à la Diaspora fédératrice comme celle de la Première Cause dont parle Molefi Kete Asante, évoquant la création du monde telle que se l’expliquaient nos ancêtres négroégyptiens?

 

La fréquence des débats en cours sur la Renaissance spirituelle africaine supposerait-elle que notre génération a découvert sa mission et qu’elle voudrait la mener à bien ?

 

Notre mission se résume-t-elle à la seule volonté de maîtriser ce que Doumbi Fakoly appelle « les mystères négro-africains anciens » ?

 

Si nous nous interrogeons pour nous qui sommes loin des nôtres, prenons garde de nous poser les bonnes questions. Qu’entendons-nous par spiritualité africaine ?

 

Lorsqu’on y aura répondu, quel en serait le but ? Serait-ce une spiritualité spéculative ou une spiritualité opérative. Autrement dit : recherchons-nous des réponses de bien-être intérieur, une relation entre soi et soi-même, autrement dit ésotérique, que seule peut nous procurer cette « Renaissance spirituelle » répondant aux codes et rites ancestraux les plus établis ?

Ou voudrions-nous y trouver des réponses prêtes, vivantes depuis des temps immémoriaux, et qui nous indiquent l’écorce à mâchonner ou l’onguent à porter pour rendre nos trouvailles technologiques plus efficaces ? Nous permettront-elles de répondre avec plus d'efficience au manque cruel des emplois durables? A la morale publique, politique? L'éthique de vie de nos ancêtres peut-elle être celle qui nous sauvera enfin du ridicule de nos temps? Pourrions-nous "battre" enfin Jésus sur son terrain, renvoyant Allah en Arabie, Bouddha dans l’Himalaya ?    

 

Si nous nous interrogeons plutôt pour ceux des nôtres restés sur la terre mère, ont-ils exprimé ce besoin, ou le sentons-nous d’ici par quelque intuition d’un ordre… justement immatériel ?

 

Qu’est-ce qui nous fait croire que notre Renaissance spirituelle tant courtisée n’est pas ce qui se vit dans l’Afrique non urbanisée et dont les églises et mosquées sont vides ?

 

Qu’elle est ce qui se vit dans cette partie de l’Afrique où la parole de l’homme est encore l’homme ?

 

Là encore il faut nous poser les bonnes questions. De quelle Afrique il s’agit : la citadine ou la rurale ?

La moderne ou la traditionnelle ?

Celle dont nous portons le métissage ou celle qui nous a définitivement échappée mais qui reste vivante là-bas ?

 

Y a-t-il urgence ? Pourquoi ?

 

Dans ce cas, où puiser les éléments vrais de cette Renaissance ?

 

Seront-elles adaptées au contexte d’aujourd’hui ? Sinon comment procéder ?

 

Autant de questions qui, rassemblées, nous imposent une certaine humilité. Humilité face au sujet évoquée, car la spiritualité africaine, à mon sens, ne peut être mieux saisie que si l’on y greffe le fil nous ramenant à la culture Vérité-Justice, la Maât, le legs le plus riche que nous tenons de nos aïeux. Seule la Maât contient suffisamment d’éléments du neter (lire netchèr, le divin) pour que l’homme dans son quotidien soit bon envers lui-même et envers son prochain. La Maât se désarticule comme la philosophie de l’homme en tant que prolongement du divin, il est le souffle vivant et vivifiant dans sa matérialité agissante, par la Maât le cœur l’homme est préparé pour entreprendre une relation saine avec lui-même (ésotérisme) et avec le divin (la religion).

 

L’ésotérisme étant de l’ordre spirituel, il permet un travail sur soi en vue d’un équilibre entre soi et soi-même, entre soi et autrui, par-delà, entre soi et l’univers. Un retour sur ces valeurs est faisable si chacun fait don de sa personne pour la qualité des rapports entre les hommes. La Maât est un humanisme.

 

La religion, est, de par son étymologie, le lien entre soi et les autres et le divin ; il est de l’ordre commun de lui reconnaître une fonction sociale de régulateur des us et coutumes au point que, par extrapolation, on peut lui attribuer d’être située en amont des civilisations. On retiendra donc que la religion crée la culture, et la culture engendre la civilisation. L’esprit se met en marge, ou bien y opère de manière transversale pour orienter chacun de ces éléments vers le haut ou vers le bas.

 

Un mauvais esprit influence négativement une religion, une culture, une civilisation. Il en est de même pour l’esprit brillant, en tant qu’individu. La civilisation se mesure donc à l’aune de sa valeur spirituelle (souffle de positivité).

 

Pour ce qui est du rapport entre spiritualité en elle-même et religion, la religion matérialise la spiritualité qu’elle organise en terme de rites et d’administration. La religion chrétienne rend vivante la doctrine supposée être celle du Christ : le christianisme. Il en est de même de l’Islam, du judaïsme, etc. La spiritualité chrétienne n’est rien d’autre, dans ce cas, que la doctrine elle-même en tant que concept, idée, philosophie.

 

En conclusion,

La réflexion sur la nécessité d’une Renaissance spirituelle africaine nous impose d’identifier le réel besoin, la nature du besoin, et le but de ce besoin, son applicabilité.

Il nous restera que toutes les sociétés qui se sont construites, toutes les civilisations qui se sont faites ont d’abord et avant tout réalisé une unité spirituelle (une idée précise de leur lecture du monde) sur laquelle s’est greffée une religion qui a enfin créé une civilisation.

 

La question morale de la valeur de ces civilisations est un autre débat, comme il peut convenir aujourd’hui de se poser la question, que d’ailleurs je soupçonne en toile de fond de notre sujet, de la valeur morale de la civilisation occidentale.

 

Je vous remercie.

 

Mouelle II

Paris, le 07/05/06 



Monday 05 June 2006, a 04:32
Une Nouvelle Coordination des Associations Nègres et Une Maison des Cultures Noires à Paris
 

  Ma contribution à la Conférence à laquelle participait également l'éminent Professeur Théophile Obenga (dont photo ci-dessus)à Paris le 3/06/06 au Centre Culturel La Clé portant sur la création d'une Nouvelle Coordination des Associations Nègres et Une Maison des Cultures Noires à Paris. Texte intégral.

 

"Pourquoi créer aujourd’hui une nouvelle Coordination des Associations Nègres (C.A.N.) à Paris ? Ses objectifs ? Quelles stratégies aujourd’hui pour bâtir une Maison des Cultures Noires (M.C.N.) à Paris ?

 

Là sont réunies deux problématiques qui d’apparence, de par leurs intitulés respectifs, empruntent deux pistes d’action, mais avant l’action, deux pistes de réflexion distinctes.

Pour autant, à y regarder de près, il s’agit d’une même problématique subdivisée en deux angles réfléchissant, comme un miroir, l’un sur l’autre, et appelant à la visibilité, à la dignité, à la représentativité, la respectabilité, l’expressivité, la créativité, et au-dessus de tout, dans un contexte d’adversité, la défense des intérêts d’une minorité qui se veut plus que jamais agissante, à l’intérieur d’une République laïque soucieuse de l’équité et de l’égalité des chances.

La première problématique étale clairement sa nature. Elle se veut refondatrice d’un acquis avec la présence, dans son intitulé, de l’adjectif « nouvelle » qui nous rappelle sans le dire qu’il y a en filigrane quelque chose « d’ancien ». La légitimité d’une telle interrogation [Pourquoi créer aujourd’hui une nouvelle Coordination des Associations Nègres (C.A.N.) à Paris ? Ses objectifs ? ] tient du fait  qu’un ordre de rupture a lieu, que soit une Coordination des Associations Nègres existait à Paris, et qu’elle n’existe plus, donc qu’elle est morte ; soit elle existe mais ne répond pas ou plus aux attentes de ses adhérents, aux aspirations de ses sympathisants, bien mieux, qu’elle ne cesse de surprendre (peut-être négativement) par ses actions et prises de position sur des sujets d'importance, et qu’il faut conséquemment opter pour deux solutions : la tuer, c’est-à-dire la dissoudre, ou la quitter, et faire acte schisme.

Deux autres voies sont également possibles. La première : créer une Coordination d'associations parallèle, avec des objectifs cette fois nobles dans le sens entendus par tous ses adhérents, ceci dans un pacte de respect des principes communs.

La seconde consisterait à reprendre les mêmes objectifs que l’ancienne Coordination, changer son nom par un nouveau qui ne s'éloignerait pas trop du premier afin de bénéficier d'un doute favorable sur son identité et sur le capital publicitaire engrangé par l'ancienne, capital auquel on aura tout compte fait, participé. Ensuite, il s'agit de changer les dirigeants, et faire là acte de mue régénérative.

Si en revanche une Association fédératrice des associations nègres existait il y a longtemps à Paris et qu’elle est morte, que c’est elle que l’adjectif « nouvelle » évoque en filigrane, nous sommes en droit de nous poser quelques questions : quand elle-t-elle morte ? De quoi a-t-elle souffert jusqu’à y perdre son souffle de vie ? Un accident ? Une longue ou courte maladie inhérente à la structure elle-même, comme il en existe depuis toujours dans une assemblée d’hommes et de femmes ?  Ou s'est-il agi des facteurs exogènes? 

Si, à l’opposé de tout ce qui vient d’être dit, cette association existe toujours mais qu’elle ne répond pas ou plus aux attentes de ses adhérents, aux aspirations de ses sympathisants, l’on est en droit de se demander : pourquoi ?

 

Pourquoi ramerait-elle à contre-courant de ses propres statuts ?

Le fait-elle seulement? Que sait-on des statuts qu'elle serait en train de profaner? Que savons-nous de ses objectifs dont elle s'écarterait? Seraient-ils les mêmes que ceux énumérés en tête de mon intervention et qui visent, je reprends : « la visibilité, la dignité, la représentativité, la respectabilité, l’expressivité, la créativité, et au-dessus de tout, dans un contexte d’adversité, la défense des intérêts d’une minorité qui se veut plus que jamais agissante, à l’intérieur d’une République laïque soucieuse de l’équité et de l’égalité des chances » ?  

 

A moins, dans ce cas, que les adhérents, éclairés par leurs porte-parole et leaders, s’estiment dans la lignée même de leurs buts et objectifs et que ce soit plutôt les observateurs non adhérents qui, mus par un sentimentalisme aveugle, prêteraient des aspirations par trop humanitaristes à des personnes qui n’en demandaient pas tant, et qui au prétexte de répondre au droit de survie d’une minorité haïe par quelques brebis galeuses de la République, pactisent avec la Peur, font allégeance à l’inhumanité de la Parole agissante et abusivement tolérée; devrais dire : autorisée?

 

Dans ce cas, et dans ce cas seulement, c’est acquis, il faudrait une parole nouvelle sur des lèvres que nous légitimerons, parce qu'elles consultent la base chaque fois qu'elles s'ouvrent par parler, agir, elles seront ainsi autorisées par la base à parler et à agir véritablement au nom et aux intérêts d’une communauté intégrée dans la République, laquelle République en retour aura en face d’elle un diagnostic social et économique fidèle à la réalité vécue par cette communauté, notre communauté. Loin de toute complaisance ou de refus d'affronter plus fort que soit, sur le terrain de la loi et du respect des valeurs humaines. 

 

C'est pour toutes ces raisons qu'il faut savoir lire et garder en mémoire les us et coutumes de la République. Que la nécessité de s'unir pour des principes de solidarité de premier niveau ne puisse dériver en communautarisme, en reléguant le rôle transversal de l'Etat et de la République fédérateurs de toutes les communautés premières en une communauté nationale (la nation) à un simple rôle d'observateur plus ou moins passif, ou selon le cas extrême répressif, là nous nous serons mis en marge des préceptes de la légalité.

Car, il s’agit ici de dynamiser les capacités de tous à créer, à agir et à vivre dans un cadre républicain où la haine de l'autre, le racisme, les exclusions de toutes sortes seront combattus avec force; rester vigilants sur des cas de dérive, dénoncer le victimisme, renforcer des liens familiaux et culturels des hommes et des femmes vivant dans le respect de la loi et utiles au questionnement permanent relatif à l’amélioration du Vivre-Ensemble qui fonde les nations, plus encore une Nation comme la France, riche de ses entités humaines aux cultures diverses qu'une longue chaîne d'histoire mouvementée a permis de rassembler sur un même territoire.

Les spécificités de cette histoire n'ont pas cessé d'être interrogées. Elles livrent chaque jour davantage de documents et de témoignages souvent douloureux. Plus les questions y relatives seront les bonnes, mieux les réponses apportées pourraient contribuer efficacement à la saisie globale des richesses humaines inexplorées, inexploitées, tenues aux minima de leur expressivité, mais qui, dans un contexte de concours de chacun et de tous à la construction de l'avenir commun engendreraient des forces vives et des forces de proposition pour un mieux-vivre et un mieux être de tous.

 

A la lecture du présent, posons-nous la question : quel sens porterait une Coordination nouvelle des associations (une de plus?) si l'état des lieux n'est pas fait? Ou si l'état des lieux fait n'est pas rigoureux? Si le contexte entourant cette création n'est pas mieux étudié, et si les principes unificateurs ne sont pas clairement définis?  

Pour ma part, la pertinence de l’initiative à prendre pour créer une Association (nouvelle) fédérant diverses autres associations de la communauté afrocaribéenne de France doit impérativement répondre à un souci de cohérence avec nous-mêmes et non se faire un reflet mimétique de notre rapport aux autres.

Nous devons en amont nous demander une énième fois, "qui sommes-nous?", "Où voulons-nous aller"? 

Alors seulement, la Coordination reflétera l’âme même de ce que nous sommes (devenus), nous les fils d’Osiris (Le Grand Dieu Noir, Ausar de son nom originel africain), quoique éparpillés dans le monde. Un personnage (permettez-moi de me citer) affirme avec foi dans mon roman Le Pharaon Inattendu : « les fils d’Osiris éparpillés à travers le monde ne doivent jamais oublier la grandeur qu’on a fait taire en eux».

 

Associons-nous par rapport à nous-mêmes. Répondons par l’union aux questions d’ordre de vie qui s’imposent à nous par l’époque que nous vivons, car elle serait périlleuse, voire éphémère l’association qui naîtrait d’un contexte de joutes de leaderships, d’auto-gloriole, elle en ajoutera simplement au ridicule qui couvre souvent plusieurs unions de courte ou de moyenne durée qui tapissent le pas de l’Histoire des Nègres modernes. Ici en France, aux Etats-Unis, j’évoquerais à peine l’autre ridicule géant qu’a constitué l’Organisation de l’Unité Africaine, sur le continent, une OUA qui s'est construite sur le rejet de l'unité de l'Afrique par une confédération des Etats voulue par Kwamé Nkrumah.

Théophile Obenga dans son ouvrage L’Université africaine dans le cadre de l’Union Africaine  fait ce constat : « les peuples qui luttent, vivent et survivent, le doivent surtout aux bonnes et positives décisions prises à temps ».

Nous sommes en lutte partout où nous nous trouvons. Lutte de survie, lutte de visibilité, de considération, nous "les damnés de la terre" pour reprendre avec légèreté les mots forts de Frantz Fanon dans on ouvrage Les Damnés de la Terre. Notre plus grande lutte reste celle de la démocratie dans notre terre d'extraction, l'Afrique.

La malgouvernance et l'obscurantisme politiques de presque tous les Etats du continent resteront un frein à notre intégration et à notre épanouissement véritable partout où nous irons, plus encore que l'état réel de notre vie sur place. C'est l'ombre ou la lumière qu'on traîne qui fera de nous l'invité du roi ou l'hôte du valet. Dans l'Occident moderne, l'Africain doit perpétuellement prendre en compte cette ironie du sort : "Dis-moi d'où tu viens et je te dirai où loger, où aller à l'école, où travailler, où aimer, où mourir". C'est elle qui devra constituer son fer de lance pour changer les choses et conquérir, puis garder, sa dignité en terre d'accueil. Le regard des autres le déshabille quotidiennement. Il doit donc se vêtir d'un mieux être moral et comportemental, car il est toujours celui qui un jour est venu. Même si sur la question, il n'est pas le seul. Mais lui est visible de loin, et ne fond pas dans la foule uniforme. Sa peau est son treillis militaire. Mais son combat doit rester d'étaler l'humanité qui se cache sous sa peau, pour lui-même, par lui-même, vers lui-même. Et comme par ricochet, une humanité bien vécue rejaillie sur les autres, elle se sera, par accident, faite conquérante. La banane a beau durer au fond de la rivière, si elle doit mûrir, elle mûrit toujours.

Toute union ou toute réunion intégrant ces subtilités pourrait permettre de changer, par petites échelles concentriques, le cours de l'histoire.   

Je crois en l’Union de l’Homme Noir avec l’Homme Noir, autant que je crois en l'Homme universel, en l'amour entre peuples. Le contexte sinistré de l'homme noir sur son sol de naissance (l'Afrique) comme souvent dans celui d'accueil ne doit pas pousser au désespoir. Les solutions existent. Elles sont aussi vieilles que ne l'est l'ordre marchand actuel. Mais elles dépendent aux trois quarts de l'Homme Noir lui-même.

Nous vivons une époque où notre rapport à l'argent n'est pas celui qui convient. Soit il est naïf, soit nous n'accordons pas à l'argent la place qui lui revient aujourd'hui. Si l'argent est roi, reconnaissons lui sa place, avec en réserve une dose de contrôle sur son pouvoir. Car l'argent ouvre à un pouvoir aveugle et inconditionnellement insensible aux souffrances humaines. Créons des richesses matérielles. Elles nous donneront de quoi défendre nos acquis civilisationnels. Donc, entamons une nouvelle connivence avec l'ordre marchand qui doit nous permettre de comprendre le sens du monde, définitivement. C'est lui qui permettra l'émergence pérenne d'un entreprenariat Noir en France. C'est cette dynamique qui permettra de débarrasser notre communauté de son laid manteau d'assistés, ou d'éternelles victimes sociales.

Mais si la volonté existe de notre part de faire partie d'une classe moyenne et même d'accéder à la classe de dirigeants, il faudra aussi de la part des pouvoirs publics une réelle volonté d'aider à cette émergence.

C'est à la poussée vers cette prise de faits que doit servir, en plus d'une vue culturelle africaine adaptée à l'époque présente, une Coordination (nouvelle) des associations noires. Elle doit se faire un centre de réflexion pluridisciplinaire, pluridimentionnel, où des départements d'actions spécifiques et orientées le disputeraient aux audaces de créations tant d'opportunités que de chances. 

 

Cela est possible ici. Par nous la Diaspora. Le rayonnement de ces possibilités conquérantes réalisées en Occident finira par s'étendre sur l'Afrique, car il apparaît de plus en plus certain que l’impulsion du changement espéré pour le mieux être et le mieux vivre en Afrique, viendra de la dynamique de ses diasporas. La Diaspora n'a de sens que si elle polit perpétuellement la pierre de foi qui la lie à sa terre d'origine. La force vitale du devenir de notre terre Kemet, viendra de la force et de la foi que nous mettrons à défendre nos êtres et nos idées humanistes, justes, non seulement pour l’équilibre de l’Homme noir mais pour le recul de la violence et de la haine entre les hommes, sans distinction de peau, car fils d’Osiris, nous avons le devoir de répandre et de faire partager la beauté philosophique de la Maât, le principe de la Vérité-Justice.

Je le disais en introduction, créer une nouvelle association nègre à Paris, comme bâtir une Maison des cultures Nègres, répondent de la même problématique : la dynamique de l’action par l'union.

Personne ne bâtira cette maison à notre place, mais le plus urgent c’est de bâtir une maison pour nos âmes en perdition.

 

Car, au stade actuel de ma modeste contribution à la réflexion, il m'apparaît nettement que le concept de la création d'une Maison des Cultures Noires à Paris (Maison Afrique) ne peut se saisir pleinement que si cette Maison s'intègre dans un vaste projet de revalorisation de l'être Nègre en lui-même. Ici en France, en Afrique, en Europe. Je vois bien volontiers la Coordination des Associations Noires comme un département de la Maison Afrique, et je vois la Maison Afrique davantage comme un contenant des sciences et techniques modernes vues par nous à travers l'Histoire, la Culture, la civilisation nègres; je la vois comme un tout nègre où le visiteur, selon les calendriers, pourrait être convié à la découverte de l'Afrique d'hier, d'aujourd'hui et de demain telle qu'elle se vit et se perçoit par les Africains eux-mêmes, et non telle qu'elle se laisse dire dans les média à la médiamétrie africanophage.

Ces mots ne sont qu'un point d'étape de la réflexion. L'organisation de la Coordination et l'approche concrète de la Maison Afrique appelleront certainement à d'autres travaux. Très prochainement, si les ancêtres y sont favorables.

Je vous remercie.

Paris le 03/06/06

Mouelle II



Presentation
Journaliste, poète, écrivain, informaticien, banquier et Consultant en Business International, Mouelle II fait partie de ces hommes pluridisciplinaires dont le génie ne cesse de surprendre. Il voyage aussi bien sur les sujets politiques que sur le sport, la culture, l'économie mondiale et consacre depuis une dizaine d'années l'essentiel de ses recherches sur l'Égypte ancienne. Son premier roman, Le Pharaon Inattendu, publié fin 2004 aux Ed. Menaibuc, a eu un accueil des plus chaleureux de la part de la critique spécialisée et du public demandeur d'une littérature scénarisant les racines Noires de l'Égypte pharaonique. Œuvre dense et profondément spirituelle, Le Pharaon Inattendu continue de susciter un engouement aussi fiévreux auprès des lecteurs qu'à  son premier matin. Des médias internationaux comme RFI, Africa N°1, Jeune Afrique, ITélévision, 3A Télésud, Canal2, des sites Internet de nombreux pays suivis par la presse locale lui ont consacré de longues pages d'analyses et de commentaires encensés. Nul doute que le meilleur reste à  venir...
En attendant sa prochaine publication annoncée pour les toutes prochaines semaines, nous vous invitons à  prendre connaissance des contributions de Mouelle II à  l'entendement de son Temps à  travers ses poèmes et articles scientifiques contenus dans ce blog. Entre deux lectures, détendez-vous en visionnant des clips vidéo d'une excellente qualité thématique. Au programme: Bob Marley, Michael Jakson, Richard Bona, Sting, Etienne Mbappe, Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Grâce Decca, Paul Simon and the Graceland crew au Zimbabwe...
Bonne visite.
(c) Le cercle des amis de l'écrivain

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Bonjour Votre blo...

Les Confidences du soleil Une femme ensoleillée (15/08/2007 09:04)

Bonjour cher Pharaon...

Ils m’ont rendu hommage Mouelle II (24/05/2007 00:09)

Merci mon très cher ...

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