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blog de Mouelle II ::: A la source de l'écume de l'âme
mardi 10 juillet 2007, a 11:47
De l’inventaire des Eléments de la Spiritualité Africaine vers l’Exigence de la Construction du meilleur de l’homme.

Par Thierry Mouelle II

Ce qui suit est ma contribution socio-anthropologique au Colloque International Menaibuc 2007 tenu à l'Ecole des Mines à Paris du 6 au 9 juillet 2007, colloque auquel ont également pris part des sommités de renommée mondiale en anthropologie, en Medecine, en égyptologie, en mathématiques et en Histoire telles Pr Leonard Jeffries, Jr (Usa), Dr Ama Mazama (Usa), Pr Théophile Obenga (Usa), Pr Abel Goumba (ancien Premier Ministre Centrafrique, Médecin), Pr Jean-Charles Coovi Gomez (France), Pr Mubabinge Bilolo (Allemagne) et bien d'autres, notamment le physicien Jean-Paul Mbeleck (France).

 

Mesdames, Messieurs,

L'époque qui est la nôtre, les contextes qui sont les nôtres, ce que nous sommes à notre époque, comment nous nous justifions de ce que nous sommes, qui nous sommes et comment nous nous voyons demain, nous ont depuis quelques décennies poussés à un regard sans équivoque sur nous-mêmes, nous et les autres, les autres et nous, en évitant le plus possible de recourir à la question égotiste « des autres ou nous », pour ne pas tomber dans le piège historique des hégémonies et des centrismes humanophobes tous azimuts.

 

Ce regard sur nous-mêmes s'est dabord, comme un enfant qui naît, contenté de balbutiements, puis il s'est densifié, partant d'un cri poétique qui rendait au jour les peines du soir et au soir les sueurs du jour, et ce, pendant au moins cinq cents de nos modernes années, pour atteindre la grandeur des tableaux certes encore artistiques qui passaient par la voie du chant pour se dire, celle des sons par les instruments de musiques (piano, cuivres, xylophones, claquettes) fusionnant avec la nature et faisant chorus d'harmonie avec ses éléments. Il se fit par la suite producteur de grands tableaux de vie qui se sont voulus et se veulent toujours d'une puissance non encore égalée pour avoir su comment faire de son expression multidimensionnelle, en temps d'adversité constante, un lien direct avec un inventaire plus ou moins visible des éléments (sacrés) de la spiritualité africaine.

 

Avant tout, si vous le permettez, rendons ici Hommage aux virtuoses de la Négro renaissance d'Harlem (Countee Cullen, James Langston Hughes, Arna Bontemps, Claude McKay, James Weldon Johnson, Jean Toomer), rendons avec égale intensité hommage aux pères du mouvement de la Négritude dont le premier à l'avoir pensée dans sa totalité et sa spécificité, W.E.B. Du Bois dont le livre, Ames noires, paru en 1903, dénonçait la situation scandaleuse faite aux Noirs des Etats-Unis ; rendons hommage à Senghor, cet homme paroleur des temps d'avant les indépendances nominales, le poète engagé ; rendons hommage à Léon Gontran Damas, à Etienne Léro, René Ménil, René Maran, Alioune Diop, Aimé Césaire, Jean Ikélé Matiba, et enfin à ceux qui n'ont jamais été et continuent aujourd'hui encore de n'être que ces masses du silence saignant.

Cette parenthèse fermée, vous nous permettrez de préciser deux choses :

 

1). Lorsque nous parlons d' « éléments de la spiritualité africaine », il s'agit pour nous de tenter d'éloigner le plus possible cette réalité socio-anthropologique des faits religieux évolutifs dans le temps et souvent influencés dans leurs fondements par les puissants du moment. Ceci nous impose alors de rappeler que nous trouvons les faits religieux dans le registre du rapport que chaque individu entretient avec une force transcendante ou ascendante, de toute façon dans ses aspirations raisonnées ou émotionnelles liées à quelque divinité ou au Divin dans le sens philosophique.

     Dans sa tentative d'expliquer l'univers et les phénomènes physiques dont il peine à maîtriser le fonctionnement ou l'état, ce qui a pour principe fonctionnel d'impliquer souvent un ou plusieurs dieux et autres forces d'interférence naturelles, l'homme tente par la religion de donner un sens au monde à partir de ses propres observations et des frustrations générées par les limites de sa tentative de compréhension des phénomènes existentiels ou essentiels. Dans ce but, il autorise la religion à se poser les questions relatives à son rapport à l'autre, homme ou tout autre élément du règne animal, végétal ou minéral, tentant le plus souvent d'en sacraliser un certain nombre pour se poser en simple relai de sens; elle pose les questions du rapport à Dieu ou aux dieux, pose enfin les questions de son propre rapport à son autre, c'est-à-dire, au non-religieux dont elle se réserve le privilège de tracer les contours. 

La spiritualité, elle, est de l'ordre de la vie de l'esprit. Elle se pose en parallèle à la vie « matérielle » et à son organisation, dans certains cas s'y oppose, parce que cette dernière ne peut offrir la possibilité d'une prise de distance épistémologique ni une élévation déconsidérée des intérêts immédiatement matériels.

La spiritualité organise les principes cardinaux du fonctionnement de l'homme par et au sein de la chaîne sociale, ici sur un plan purement éthique. Elle établit le lien entre soi et soi-même, en vue d'un travail sur soi qui vise une évolution qualitative permettant de vivre une vie dédiée à la préparation d'une bonne mort. La préparation d'une bonne mort étant ici le recul que le spirituel s'impose au quotidien face aux « bruits du monde », ce recul étant l'expression manifeste de la Sagesse, ce qui implique la maîtrise de soi et la connaissance des travers socio-humains, la connaissance de la nature et des lois qui la régissent, la réduction de l'homme à son réel attribut de petit élément de la chaîne cosmique, élément petit certes, mais pensant et sachant se projeter vers l'idéal du souverain bien.

Distinguons cette expression de ce qu'en a dit le suisse Jean-Jacques Rousseau, dans une vue purement de l'ordre de l'organisation matérielle de l'existence sociale. Il s'agit, pour nous, certes d'un contrat entre hommes, mais un contrat scellé et orienté uniquement du point de vue de son vécu individuel dont le but est, comme le dit Molefi Kete Asante, « de mettre en pratique toutes les possibilités d'établissement de la vérité, de l'harmonie, de la droiture, de la justice, de l'ordre, de l'équité et de la solidarité » au sein de la cité. Il est alors question de projection sur le souverain bien. Un bien-être à la fois matériel et spirituel, centrant son intérêt sur l'Homme global.

Certes les religions dites « révélées » offrent une approche qui tend vers ce but, mais elles entretiennent volontairement une confusion entre les ordres religieux et la spiritualité en elle-même, laquelle en intégrant les éléments religieux n'est pas moins d'un ressort non-religieux. Un peu comme si ce en quoi je crois est synonyme de ce que je crois. La première étant une attitude religieuse, la deuxième une approche essentiellement spirituelle, rationnelle. On y remarque une volonté et une liberté d'adhésion. Une conviction. Spritualité et raison ne s'opposent donc pas. La spiritualité étant une pensée orientée vers la projection des équilibres psychologiques. L'émiettement de la peur et du doute, la sédimentation des principes de stabilité dont aucun recours social ou politique ne pourrait ruiner l'état. Elle est liberté et volonté.

 

2). Etant considéré ce distinguo entre religion et spiritualité, il nous paraît dès lors peu loisible de dresser, pour les besoins de cet exposé, un inventaire matériel exhaustif des « éléments de la spiritualité africaine » , si nous nous contentons d'en rappeler simplement les principes cardinaux. Ces principes même qui ont jusqu'ici fait le socle de la cosmogonie kémétique.

En d'autres termes, pour simplifier le propos, notre proposition de réflexion laissera de côté tout ce qui a trait à la nature et à la réalité de la Religion africaine, notamment à son organisation, à ses rituels, à ses objets d'expression du sacré, bref à sa liturgie, ses normes, et son administration.

Ce sur quoi nous tenterons de focaliser notre attention ce seront plutôt les principes fondamentaux qui expriment la vie de l'esprit telle que depuis les époques de nos ancêtres à nos jours ou ce qui devrait en être. Une fois cela fait, nous aurions alors à nous interroger sur l'opérationnalité de ces principes, de ces « éléments spirituels » sur l'homme nouveau que nous tentons de construire, patiemment.

Sont-ce ces éléments qui construiront l'homme nouveau dont nous parlons ou serait-ce à cet homme d'y adhérer ? Dans ce cas de quoi serait-il fait au préalable?

Nous nous inspirerons principalement des travaux de Cheikh Anta Diop, De Théophile Obenga, du Prince Dika Akwa Nya Bonambéla (sans forcément avoir recours à quelques citations directes de leurs idées), et enfin de ceux de Molefi Kete Asante, ce dernier dans son ouvrage From Imhotep to Akhenaten : An Introduction to Egyptian Philosophers.

 

Mesdames, Messieurs, nous posons pour principe de base (postulat socio-anthropologique) que « l'homme nouveau » sera idéalement un homme qui se sera fait (construit à partir) d'un agrégat de trois pans de vie intérieure essentiels.

1)    Un pan de rejet par défection des acquis générateurs de trouble

2)    Un pan de renaissance par le biais des seboyets kémétiques, dont la Maât

Le troisième pan sera celui de la consolidation et du développement des nouveaux acquis.

Par ces trois instants d'être, l'homme nouveau, d'inspiration cosmogonique principalement kémétique sera à même de se reconquérir et de conquérir l'espace de pensée spirituelle d'un monde blasé et qui attend autre chose que ce que proposent aujourd'hui les exégètes et les prosélytes des religions dites révélées. 

Comment procéder à cette révolution ?

 

I- Se défaire des acquis générateurs de douleurs.

 

La pensée africaine de notre époque, et contextuellement, après le premier et double moment de son émotivité a trouvé nécessaire de jeter un pont entre elle et elle-même, elle et nous, nous et nous-mêmes à travers elle, tout en prenant la distance nécessaire à sa mise en évidence scientifique.

Ce troisième moment de l'histoire de nos idées relatives à notre reconquête de la visibilité existentielle a surtout été marqué par l'arrivée de la Paire sapientiale Cheikh Anta Diop-Théophile Obenga . Cette Paire a établi (principalement le premier) dès les années 1950 une franchise nette, dans le sens de l'honnêteté des faits historiques marquant notre être-au-monde, entre nous et le Monde, le Monde et nous, nous dans le Monde et le monde dans nous, permettant patiemment et méthodiquement la construction d'un corpus nouveau de l'Homme faiseur d'Histoire défait de son idéoligique et exclusive intelligence localisable au Nord de la longue ligne de l'équateur. L'homme, par eux, revêt sa pluralité civilisationnelle originelle qui s'enrichit de toutes les origines, du fait de la reconsidération panhistorique de l'Africain dont ils auront provoqué l'état au Colloque égyptologique du Caire.

Un mot sur ce Colloque. Organisé par l'UNESCO en février 1974, le Colloque dit Caire, fut un précieux rendez-vous du monde avec la science. Il marque une étape capitale dans l'historiographie africaine, c'est-à-dire dans le travail d'écriture de l'histoire africaine.

Pour la première fois des experts africains ont confronté, dans le domaine de l'égyptologie, les résultats de leurs recherches avec ceux de leurs homologues des autres pays, sous l'égide de l'UNESCO. Au terme de ces travaux et au vu des conclusions qui en ont été tirées (malgré la tentative en 1975 par Léopold Sédar Senghor, d'en délégitimer la portée ; le doute qui'l tenta de semer en organisant un « contre-colloque de la vérité » sur la paternité négroégyptienne des écoles grecques antiques et surtout sur le triomphe de Cheikh Anta Diop dans sa démonstration de la négrité de la civilisation égyptienne et sa naturelle parenté linguistique avec les langues africaines actuelles), l'homo africanus est redevenu publiquement porteur d'Histoire. L'occasion était donnée à l'humanité entière de se désolidariser enfin de l'obscurantisme des temps des conquêtes esclavagistes et coloniales, conquêtes justifiées par la prétention que portaient certains de répandre la lumière de la civilisation en ces Tropiques où le Temps n'aurait marqué aucune pierre du sceau de son passage et où l'homme, s'il y avait jamais vu le jour, n'aurait eu aucun rapport ni au temps ni à lui-même.

 L'on se souviendra de la Philosophie des Lumières eurocentriste et naturellement négrophobe où des illustres misanthropes tels Voltaire, Baudelaire, puis Rousseau, Rimbaud se sont fait très lumineux sur les théories de l'Humanisme mais ont accusé une obtuosité chronique sur le sort des personnes de couleurs dans la marche de l'Histoire. Ils seront suivis plus tard par d'autres borgnes de la pensée tels Rudyard Kipling, Levy Brühl. Ces derneirs ont proféré plusieurs encyclopédies d'inepties sur l'homo africanus d'hier à aujourdhui. Etait-ce par mauvaise foi ou peut-être par pure ignorance de l'Histoire? Penchons pour cette dernière et sauvons les grands hommes : ignorance.

Le travail abattu par Cheikh Anta et Théophile Obenga et bien d'autres depuis lors nous donne suffisamment d'éléments pour bâtir ce que nous appellerons, le long de cet exposé, l'homme nouveau  porteur de notre « nouvel-être-au-monde ». Considérons que le sort de l'Homo africanus n'est pas à dissocier du sort de l'Humain. Car quel cri de détresse entendu nous laissera jamais intacts?

Dès cet instant, Mesdames, Messieurs, autorisons-nous à considérer comme acquis, puis comme sentence de veille et de conservation sécuritaire, l'ensemble des données anthropologiques et historiques liées au premier homme venu au jour dans la vallée de l'Omo en Ethiopie. La tradition historique rapporte que  (Diodore de Sicile vers 90-20 av. notre ère) :"les Ethiopiens disent que les Egyptiens sont une de leurs colonies qui fut menée en Egypte par Osiris. Ils prétendent même que ce pays n'était au commencement du monde qu'une mer, mais que le Nil entraînant dans ses crues beaucoup de limon d'Ethiopie, l'avait enfin comblé et en avait fait une partie du continent".

C'est donc cet homme, le même, dans son émancipation à lui-même qui va migrer quelques dizaines de kilomètres plus loin, mais dans le même espace de vie, pour fonder l'une des plus belles civilisations jamais considérées, notamment la civilisation kémético-nubienne. Poussé par sa volonté de satisfaire à ses besoins les plus naturels à commencer par la satisfaction des questionnements nés de son étonnement sur ce qui l'entourait, et soucieux de rester debout face à l'érosion du temps en bâtissant des oeuvres qui durent, parce que sculptées dans la pierre.

Descendants directs de cet homme ingénieux, en nous inspirant des principes et codes régissant son mode de fonctionnement et en l'adaptant au contexte historique actuel, nous pouvons créer des passerelles à nous-mêmes, c'est-à-dire des ponts de jonction avec notre immense passé historique continu, y puiser un substrat culturel adapté à nos aspirations et exigences du devenir afin d'inscrire de nouveau notre nom au panthéon des sculpteurs du temps, rejetant ainsi définitivement notre présente, volontaire ou involontaire, attitude de passiveté au Temps relativement excusable parce que née des différents traumatismes de l'histoire récente et perpétuée par les criminels organisés au sein des Etats prédateurs dont les nôtres. Notre spiritualité sera humaniste ou ne sera pas. Elle sera porteuse des valeurs d'amour et de la protection de l'Homme ou elle ne sera pas. Elle ne se voudra jamais discriminatoire ni de l'homme à l'apparence différente ni de la femme encore moins de l'enfant. Notre avenir à tous sera dibutaire de cette ouverture aux sens de l'être. Car comment s'expliquer que le continent où l'idée du dieu bon et gracieux apparut pour la toute première fois aux hommes, le pays où pour la toute première fois l'idée de la vie éternelle apparut aux hommes en ses diverses formes, soit aujourdhui la terre synonyme de sinistrose, de malédiction ? Comment s'expliquer que la terre la plus riche au monde soit celle contenant le plus d'affamés ? La terre des hommes ayant marqué l'Histoire par leur inventivité soit celle où la panne de l'imagination active est la plus prononcée ? C'est qu'il y a  forcément une rupture quelque part. Cette rupture, de notre point de vue, est spirituelle. L'Africain a rompu volontairement ou accidentellement le fil de considération de l'univers qui fit sa Grandeur pendant des millénaires. S'il ne l'a pas fait lui-même, il s'est depuis longtemps fait complice de cette rupture par sa profonde démotivation à relier les bouts du fil de l'histoire. Quand bien même il exiterait chez certains d'entre nous des liens avec le vaste passé historique, l'idée ne nous vient nullement de l'adapter aux exigences des temps présents en construisant des hommes complets, traînant leurs racines, mais portant des ailes aussi.

Comment faire cet homme Un avec son passé et qui demeure adapté au présent ?

C'est en l'éduquant aux vertus des Seboyets ancestraux, capables en deux générations de construire l'échantillon d'hommes nouveaux inspirés par la Beauté Supérieure de leur devoir de construction. Il s'agit d'un processus de construction spirituelle d'abord, ensuite mentale, enfin, aboutissement des deux premiers moments, d'un processus de construction d'un ordre matériel. Le bâtiment des oeuvres de pierre.

Comment, concrètement ?

L'enseignement des principes immatériels « de la vérité, de l'harmonie, de la droiture, de la justice, de l'ordre, de l'équité et de la solidarité », doit impérativement jouir du même poids que l'accès à la science et à la technique modernes dans nos écoles. Ces écoles, générées dans et par la Nouvelle Philosophie de l'Ecole, redeviendront ce quelles étaient avant les différentes destructions coloniales et l'entretien des inerties du présent : la maison de vie, per ankh, telle qu'expliquée dans nos medu neter, la Parole sacrée, (les hiéroglyphes). Car qu'est-ce que l'école si aucun maître ny enseigne la Vie? Comment bien vivre, autrement dit comment préparer une bonne mort ? Qu'est-ce que l'école si ce qui y est enseigné n'est pas générateur des conditions d'harmonie dans la société, mais plutôt institue comment tromper l'autre en permanence sans qu'il ne se réveille jamais ? Le monde pullule aujourd'hui d''écoles de marketing, de communication, de science politique, d'économie (dans le sens de la gestion du peu de ressources disponibles afin de satisfaire les attentes du grand nombre); personne n'y pense enseigner comment redistribuer à tous quand il y a abondance. Cela paraît inutile au regard du but. L'homme moderne, produit d'une école de pensée n'intégrant que rarement les richesses collectives, a généré plus de guerres et de haine que l'histoire n'ait jamais connues. L'éducation moderne d'inspiration du positivisme individidualiste peut souvent se tranformer en socle d'injustices de divers visages. Il faut l'adapter à l'Humain car, même les tenants du conservatisme sont aujourdhui obligés de reconnaître qu'il faut une alternative à l'éducation de nos enfants, et par-delà de nous mêmes. Sans pousser leur imagination jusqu'à l'encontre de ce qui'ls ont engrangé, ce qui serait suicidaire, ils se contentent de demander aux victimes de les prendre en victimes eux-aussi, parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement que d'arracher, de voler ce qui appartient aux autres, au besoin en violant leur espace sacré ou en les tuant : c'est l'éducation qu'ils ont reçue. Comme les victimes ne peuvent pas se mettre dans un état d'esprit consistant à éprouver de la pitié pour le bourreau ou à justifier ses actes comme inévitables, c'est le cycle d'un étrange statu quo: les victimes se succèdent à tour de rôle sous les lampadaires de la désolation permanente, et les bourreaux sous les lumières inaltérables de leurs déshumanisants méfaits. 

Le moment est donc propice pour faire jouer à l'Africain et partant à l'Humain un autre rôle que celui du passif qui regarde passer le train de l'avenir : générer une pensée harmonieuse entre humains. Il l'a fait pendant 11 mille ans, il peut encore le faire. Car, au fond, les hommes restent les mêmes depuis toujours. Puisque l'Africain d'aujourd'hui n'a pas été préparé à cette mission (de rééquilibrage des humains avec eux-mêmes) il faut l'y préparer.

Nous venons là d'aborder la question de la relativisation des grandeurs d'une civilisation mettant en péril l'humanité par la défection des acquis générateurs de peines.         

 Abordons à présent la question de la Véritable Renaissance Africaine par le biais des seboyets (instructions de vertu cardinale) kémétiques, qui constitue la nouvelle éducation des princes de la paix et du bonheur du plus grand nombre.

 

II- La naissance du nouvel homme par les seboyets kémétiques.

 

Au-delà de toutes les images apocalyptiques émanant du continent africain, restons suffisamment alertes pour comprendre qu'elles sont les alliées objectives de notre inertie. Car, en les voyant, à défaut de dire qu'il faut que cela cesse, maintenant, en se donnant les moyens de passer à l'acte de la cessation de l'industrie de la mort et de l'humiliation permanente, notre attitude prompte est au découragement. Car, nous estimons et jugeons vite que l'oeuvre de transformation du sinistre en sourire s'avère irréelle, colossale, c'est pour qui veut mais pas moi, dit chacun. Or, tout est justement fait pour que cela se perpétue. Si nous ne comprenons pas que le piège c'est d'empêcher quiconque de prendre le courage du recul en se décollant de cette industrie du sinistre permanent, nous manquerons notre devoir de veille et de construction d'un imaginaire alternatif, lequel passe nous l'avons partiellement évoqué tout à l'heure, par une éducation de qualité où les vertus humaines redeviennent la clé de compréhension de la vie.

Il urge que la démarche consistant à créer les écoles de pensée africaine traverse le pont de la théorie clandestine pour arpenter les marches du fondement de l'éducation de base (de la maternelle au lycée), des universités et grandes écoles, où en acquérant le savoir le jeune enfant sait que son savoir est un privilège qui lui est donné pour servir et non se servir. Faire valoir et non se mettre en valeur, transmettre et non garder, expliquer et non mystifier.

Son savoir est lié au devenir de l'ensemble de la communauté, de la nation, il est la vitrine non encore polie du bel édifice dont il est à titre individuel responsable, soit  d'un pan soit de l'ensemble.

Cette école peut, nous l'avons dit, être le laboratoire du nouvel homme. Complet. Décomplexé. Humain. Il faut pour cela investir dans la communication stratégique des vraies valeurs de l'Afrique. Transformer le scepticisme de nos preneurs de décisions actuels en conviction. Car une Afrique sans valeurs alternatives à celles héritées de la colonisation n'a aucune chance de bâtir un Etat continental. Trop dégoïsmes et de volonté individuelle de mise en valeur tapissent dans l'ombre. Tout le monde se sentant l'inaltérable leader, bien avant d'en avoir historiquement fait la preuve. L'unité de l'Afrique ne saurait une fois encore se saborder à l'aune des pirouettes de ceux-là mêmes qui l'ont réduite à son actuel visage de malade souffrant d'hématie falciforme en phase terminale.

Sans une nouvelle éthique commune, pas d'harmonie. Précisons : en l'état actuel, en valeur absolue, l'Afrique n'est pas nantie de suffisamment d'hommes capables de relever le défi de son unité, de son réel décollage. S'entêter à croire que seule la volonté d'y parvenir suffira, sans au préalable passer par une transformation dense des esprits au moyen d'une formation dont le contenu moderne ne s'embarasse pas de puiser également aux sources de nos humanités classiques qui appellent au désintérêt matériel individuel, ne fera que concentrer les facteurs de violence autrefois éparpillés dans des Etats néocoloniaux dans un nouveau monstre d'une pérennité fatalement mort-née.

En revanche, en investissant dès maintenant dans le contenu éthique et spirituel des enseignements dispensés à nos enfants, nous aurons la chance, au bout d'une vingtaine dannées, de commencer à produire les premiers leaders capables de résister aux sirènes trompeuses ; et ils devront être suffisamment nombreux pour que l'élimination physique de quelques dizaines d'entre eux, par l'ennemi permanent de l'intérieur ou de l'extérieur, ne porte pas un grave préjudice au programme de la Véritable Renaissance Africaine. A défaut d'investir dès aujourd'hui sur cette voie, nous ne ferons que renvoyer à plus tard la solution endogène à nos malheurs et à perpétuer l'image d'une nation définitivement en panne. Or l'enfant est le père de l'adulte, et l'adulte le résultat de l'enfant formé.

La qualité de la formation est donc la condition préalable à l'existence des équilibres macrostructuraux de nos Etat en vue d'un Etat continental (que nous appelons de nos voeux). Ne recherchons donc pas, en terme de valeurs ou de spiritualité, quelque chapelle imatérielle où glisser tous nos espoirs; il faut en revanche s'investir dans le mental collectif orienté vers la réalisation de soi. Un soi d'ensemble. C'est là le véritable chemin. C'est là ce que j'entends par spiritualité.

 

Une fois cet enfant formé, comment le protéger ?

 

III-       La consolidation et le développement des nouveaux acquis

 

Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne. Chaque enfant bien enseigné est un leader potentiel. Le leader africain de demain est un homme, une femme, au savoir transversal, garant des principes cardinaux les plus hauts hérités de la vaste expérience humaine et localement de ses ancêtres; le leader de demain est un homme rompu à la science et à la technique des équilibres politiques, économiques, sociaux et spirituels, capable de rendre au peuple son mandat s'il a failli à sa mission. Il est un homme alerte. Capable d'anticiper sur les méfaits des acquis et de proposer des améliorations. Il est le recours, il rassure, il paterne, il rend la bonne justice par des lois Maâtiques. Il ne doit pas être de la naïveté ou de la puérilité de celui qui nous est contemporain. C'est un homme qui sait que le monde, eh bien, il n'est pas tout beau, tout gentil. Il est initié aux secrets les plus larges, il va donc se donner les moyens, à la fois matériels, spirituels et humains, de protéger ses acquis nouveaux, protéger sa Maison, ses Enfants. Il va donc, oui, s' investir dans les techniques les plus élaborées de dissuasion massive, seules capables de tenir l'ennemi prédateur à distance. Cependant, l'usage de ces techniques, du fait de la bonne pratique de la Maât, ne pourrait être essentiellement dissuasif, il peut être préventif.

Quelle différence dans ce cas entre l'Etat africain de demain et les Etats violents de cette heure ?

La différence entre aujourd'hui et demain est dans la conception prioritaire de l'Etat à venir. La société nouvelle va s'orienter vers la paix et le bonheur de tous, sans exclusive.

L'Etat se donnera cependant les moyens de préserver sa paix et son modèle contre toutes agressions. Il s'agit de rester fort dans ses structures sans jamais tomber dans le piège de l'Etat répressif hérité par exemple de la République d'Aristote.

Il tient pour sacré l'école aux vertus humanistes déjà désarticulées plus haut. Il veille à l'application de ces vertus. 

Voilà l'homme nouveau, voilà son espace de vie. C'est en tout cas ce que nous nous souhaitons. Pour permettre de faire vivre au monde un exemple autre que celui de la Peur permanente.

En guise de conclusion permettez-moi, mesdames, messieurs de dire que le jour où l'homo africanus se réveillera de ses doutes et inerties, l'humanité retrouvera ses lumières perdues. Car il n'y a pas un seul jour où l'actuelle civilisation ne nous pousse irréversiblement vers l'impasse. L'égoïsme des nantis le dispute à la violence aveugle dont ils érigent le mode opératoire en valeur universelle. Cela est intolérable. Au nom de l'humanité. Et la paix. Employons-nous à prendre part, tous autant que nous sommes, à ce défi d'une humanité apaisée, fraternelle. Nos philosophies ancestrales peuvent, à travers l'esquisse de chemin que nous venons de tracer, aider l'homme à retrouver l'amour de son prochain. Sans distinction de peau. C'est à notre génération d'en dresser le chemin en construisant un nouvel être éduqué à la véritable culture de nos pères, c'est la terre entière qui va y gagner.

Notre mission véritable est de montrer par l'exemple la possibilité d'un amour sain et protégé entre les hommes ; marginaliser les options de volonté de pouvoir individuel ou de groupe d'individus pour le troiomphe de l'Homme éternel; si nous n'y parvenons pas en temps en heure de notre vie, eh bien, faisons en sorte que nos enfants y arrivent. Ne nous autorisons le moindre échec que si celui-ci garantit leur victoire. L'harmonie entre les hommes doit être le seul but de notre combat. Un combat qui prend racine là où l'eau est restée pure.

Cheikh Anta Diop disait : "notre salut viendra des Amériques" pour traduire autrement le rôle éminent que devra jouer la Diaspora africaine éparpillée aux quatre coins du monde dans la construction de la Renaissance. Cette Diaspora regorge aujourd'hui d'hommes et de femmes rompus aux sciences et techniques les plus pointues et fatigués de l'insulte permanente de "la communauté internationale" sur ce qui caractérise leur fierté: l'Afrique.

Ces hommes, ces femmes ne rêvent que de pouvoir rendre service à la terre mère : changer sa vie. Il faudrait pour cela que dès maintenant toutes les bonnes volontés sur le continent, les décideurs, la société civile et les membres de cette diaspora engagent une réflexion profonde pour la réintégration de ces intelligences pluridimensionnelles dont l'expérience acquise à la confrontation d'avec le reste du monde devrait se faire l'élément essentiel de la nouvelle matière première du Continent. Hommes de lettres, Philosophes, Physiciens, Mathématiciens, Géostratèges, Economistes, Médecins, Pharmaciens, Ingénieurs, Historiens, Egyptologues, Géographes, Experts militaires... le champ d'investissement est large. A ces sages des techniques modernes du développement et de la sécurité, devront être associés les Sages de nos traditions (maîtres-gardiens des Seboyets kémétiques) dans les modules d'apprentissage des sciences et techniques. L'idée du village doit être jointe à celle de la ville pour construire la nouvelle nation des hommes libres et souverains.

Je vous remercie.



vendredi 12 mai 2006, a 01:14
Le Pharaon Inattendu : Une gifle aux égyptologues occidentaux et aux révisionnistes de l’histoire africaine ?

Thierry Mouelle II interviewé par le site www.cameroon-info.net (Texte intégral)

 

On croyait que tout avait été dit ou presque sur la colonisation. La néo colonisation. L'esclavage. Le mal humain. Que non ! Nous dit Thierry Mouelle II, dans un roman qui propose l'avenir du monde sous le prisme de l'Egypte ancienne... Qu'est-ce qui fait l'actualité d'une telle approche aujourd'hui? Entretien à bâtons rompus avec un écrivain déroutant. Et presque…visionnaire...

Cameroon-Info.Net: Qui se cache derrière l'auteur du roman "Le Pharaon Inattendu "?

Thierry Mouelle II : Je suis Thierry Mouelle II. J'ai d'abord été journaliste pendant plusieurs années. Rédacteur en chef, directeur de publication. J'ai également été conseiller en communication stratégique des institutions et hommes politiques. Je suis retourné à l'université pour me familiariser avec l'évolution des sciences et techniques de la communication, et suis devenu expert en implémentation des projets et entreprises spécialisées en nouvelles technologies de l'information et de la communication. Mais, mobile et pluridisciplinaire, je suis aujourd'hui analyste de crédits dans un groupe assurbancaire français…

Cameroon-Info.Net : Comment expliquez-vous que votre roman qui n'est paru que le 24 décembre 2004 ait déjà fait la une des émissions des mastodontes tel que Consty Eka ou Manu Dibango ?

T. M. II : Le Pharaon Inattendu a naturellement intéressé tous ceux qui estiment qu'il y avait un vide à combler. Il faut dire que c'est la première fois à ma connaissance qu'un romancier négro-africain francophone explore le monde de l'égyptologie pour le rendre accessible au plus grand nombre. Notamment ceux qui n'avaient pas accès à la décodification des travaux de Cheikh Anta DIOP et de Théophile Obenga sur la négrité de l'Egypte pharaonique (Kemet).

Cameroon-Info.Net: Pourquoi au lieu d'être ludique votre roman a t-il plutôt des accents militants ?

T.M.II : Je ne suis pas sûr d'y voir le moindre accent militant, ça supposerait que je brandis des revendications. Il s'agit pour moi de plonger dans les racines historiques de l'Afrique pour consolider les différents liens subtils qui nous maintiennent debout. "Le Pharaon Inattendu" voudrait dans ce sens restituer la vérité à son endroit.

Cameroon-Info.Net : Pourquoi un africain s'intéresserait-il à l'Égypte ancienne plutôt qu'aux royaumes Sokoto, à l'empire Sonrhaï ou Mandingue ? Est-ce la vague de l'Egypto-mania qui sévit aujourd'hui en Occident?

T.M.II : Il faut savoir que les royaumes et empires que vous citez sont historiquement les restes de quelques nomes de l'Egypte ancienne. L'histoire de l'Afrique est une et indivisible, unie autour du foyer civilisationnel qu'a été la Vallée du Nil. Je pense qu'il aurait été réducteur de m'attaquer à 1300 ans en notre ère, au lieu de remonter plus loin, afin justement de retrouver les racines, les fondements même de ces royaumes. Car je le redis, ils ne sont que la résurgence de ce que fut la grandeur de l'Egypte pharaonique ! Donc, de l'Egypte et par ordre d'importance, je n'ai retenu que la cosmogonie, parce qu'elle me permettait de construire mon intrigue en y apportant la substance spirituelle dont j'avais besoin : comment les anciens égyptiens voyaient-ils le monde ? Comment sentaient-ils la vie ? La mort ? Comment nous fixons-nous par rapport à eux nos ancêtres? Qu'est-ce que la sagesse ? L'intelligence ? Qu'est-ce que l'Homme ?
En second lieu, il fallait mettre ces interrogations entre les lèvres appropriées… scénariser.

Cameroon-Info.Net : Les plus éminents savants négro-africains ne sont pas lus par leurs descendants, Comment un roman pourrait-il faire basculer 600 ans d'aliénation ?

T.M.II : En réalité il s'agit de plus de 600 ans puisque le déclin de l'Afrique a commencé au moment où les hyksôs, venus d'outre méditerranée, se sont emparés de l'Egypte. Je suppose que les 600 ans dont vous parlez nous renvoient à l'esclavage si c'est le but de votre question. Or le déclin de l'Afrique, (après que le Pharaon Iâhmès (XVIII ème dynastie selon Manéthon), plus connu sous son appelation grécisée d'Ahmôsis, a chassé les Hyksos et refait l'unité de Kemet (Egypte ancienne)),  s'amplifie fortement en perte morale et civilisationnelle avec la dynastie des Ptolémées qui s'installe en Egypte après la conquête d'Alexandre le Grand en -333. Le mal de l'Afrique a donc commencé beaucoup plus tôt. Mais il faut comprendre que c'est tout à fait normal qu'une civilisation qui a atteint son apogée soit obligée de décroître. Je ne pense donc pas que les travaux effectués par les savants africains (Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, Dou Kaya, Mubabinge Bilolo, Aboubacry Moussa Lam, Edouard Din etc…) sur les différents relais entre l'Egypte antique et l'Afrique actuelle aient été occultés de leur propre chef. Ce serait absurde ! Ce ne serait pas exagéré de ma part que d'affirmer ici que l'invisibilité de ces travaux est la résultante d'un « complot de civilisation » amplement médiatisé par le discours dominant de l'heure et qui consiste à ne surtout pas attribuer aux Noirs la paternité d'une civilisation identifiée comme la mère de toutes. Au-delà, il s'agit de transformer en compétion de l'antériorité la civilisation égyptienne et les civilisation nées de leur proximité avec celle-ci autour de la Méditerranée. Cette attitude peu scientifique participe d'une logique d'émiettement de la pensée africaine, et d'infantilisation permanente de l'homme Noir. Cette logique, également servie par le racisme et l'eurocentrisme, ne peut être que décriée, combattue, et ridiculisée par des faits scientifiques. Cheikh Anta Diop l'a fait. Il n'est donc plus besoin de démontrer que les fondements civilisationnels et surtout cosmogoniques de l'Egypte antique étaient nègres. Il faut plutôt chercher à comprendre pourquoi les insultes, des allégations, des diffamations, de ceux qui applaudissent une Afrique éternellement servile, soumise, bâtarde, ont remplacé la science qu'utilisaient les hommes comme Socrate, Pythagore, Diodore de Sicile, qui tous, ont loué le génie nègre à travers l'immensité panhistorique de la civilisation des Pharaons. J'affirme qu'avant la conquête des Hyksos, il n'y avait pas de souverain à Kemet qui ne fût Noir. Et les Hyksos envahissent l'Egypte au XVIII siècle avant notre ère. Les fondements et la grandeur du pays étaient déjà là depuis Imhotep, et les pères bâtisseurs des pyramides! dont celles (au nombre de trois) de Gizeh élevées par Khoufou (IVè dynastie, selon Manéthon comme les deux suivants) plus connu sous sa renommination grecque de Chéops; Menkaourê (appelé Mykerinos par les grecs) et Ka-en-Rê (le dieu Râ incarné), que certains appellent Khaefrê ou Khephren en langue grecque. Cette transformation de la vérité, par l'altération des noms pour leur donner non pas des correspondances mais plutôt une nouvelle sémantique coupée de toute relation avec l'énergie que porte chaque nom de ces anciens africains,  pose les fondements du flou qui est volontairement entretenu autour de la culture et de l'origine des Pharaons concepteurs de la civilisation Kemétique appelée Egypte de nos jours. C'est pour cette raison que ce trésor de l'histoire de mon peuple est devenu un gâteau de miel que tout le monde vient grappiller sans aucune crainte du ridicule. En témoigne cet ouvrage de Messod et Roger Sabbah intitulé « Les secrets de l'exode. L'origine égyptienne des hébreux ». Un livre qui aurait fait un très beau roman, mais que les auteurs ont choisi de présenter comme le résultat d'un travail de recherches historiques ! Recherches basées sur la Bible, un livre de foi, donc dogmatique, subitement devenu un document scientifique… Or tout le monde s'accorde à dire que dogme et science s'opposent comme le nord et le sud. Ce qui est vrai pour un dogme ressort de l'adhésion des individus par la foi; ce qui est scientifiqueest le fruit d'une démonstration qu'un phénomène peut se répéter autant de fois de la même manière une fois mise en condition ou contexte identique(s). C'est le domaine de l'expérience. De l'observation. Aucun repère de la Bible à ce jour n'ayant été prouvé de façon indubitable ( dates et lieux des événements, véracités des événements par rapport à l'Histoire, le profil des personnages, leur identité, etc,) il devient hasardeux de la prendre pour base pour étayer une argumentation. Cela s'appelle de l'idéologie. Or, les gravures et les noms des personnages de l'Histoire de Kemet sont suffisamment réels et prolixes pour que leur étude rende des faits rigoureusement scientifiques, si tout le monde s'accorde à rendre réellement public ce que disent les objets "découverts" ou exhumés y compris les momies. Vous remarquerez la vaste publicité qui est souvent faite à la "découverte" d'une énième momie en route pour l'expertise en laboratoire. Puis, plus rien. La réalité c'est que très souvent, la momie a parlé. Trop de mélanine en elle. Or qui dit taux élevé de mélanine dit Noir. Alors silence. Sauf évidemment quand on peut se permettre de forcer un peu la dose de mauvaise fois. On vous présente alors Ramessou, plus connu sous le nom de Ramsès II, comme un homme blond. La preuve, dit-on alors: ses cheveux. Une triste plaisanterie. Savez-vous à quel âge ce vénérable est décédé? Il était largement nonagénaire. Quelle est la couleur des cheveux d'un vieux de quatre-vingt-dix ans? Les miens à moins de quarante sont déjà abondamment blancs... Pourtant les anciens égyptiens (les Kemmiou, comme ils se nommaient eux-mêmes) ont peint leur propres images sur la pierre. Ils ont dit à l'humanité entière à quoi ils ressemblaient, à quoi ressemblaient les autres peuples. Ils disaient être une ancienne tribu de l'Ethiopie antique: la Nubie, le Soudan, Kouch. ( éthiopia= visage brûlé en grec). Ils se sont peints Noirs. Comme les Nubiens etc. L'humanité est une vaste étendue historique où chaque peuple a apporté à un moment ou à un autre ce qu'il avait à offrir, à partager. Il est vain de le nier. C'est appauvrir l'Histoire que de vouloir lui donner un visage unique au miroir des destinées collectives. C'est appauvrir l'Humanité que de vouloir nier sa riche diversité.

Vous me permettrez d'ouvrir une courte parenthèse sur le mot censé représenter un peuple : Hyksos. En réalité, comme beaucoup de noms et de mots Kémétiques, hyksos est une réadaptation grecque de deux termes kémétiques : Hekaou (Hékaw) Khasout qui signifient "les étrangers". C'est pour cela que les traces de ces Hyksos n'ont jamais pu être retrouvées de nos jours. Car il s'agissait d'une horde de barbares sans aucune unité identitaire ou culturelle. Ils s'étaient fédérés autour d'une volonté d'envahir les cités les plus prospères de l'antiquité et d'y faire fortune. C'est ce qui leur permettra d'occuper le Delta de Kemet pendant plusieurs décennies. Leur cruauté permettra de maintenir les nationaux à bonne distance et de jouir de leur bien à foison. Seul le Peraâ (Pharaon) Iâhmès arrivera à les bouter dehors et à refaire ainsi l'unité du pays.     
Cameroon-Info.Net : Quelle est la problématique soulevée par Le Pharaon Inattendu, quelle est son importance pour l'Afrique d'aujourd'hui et de demain?

T.M.II : La fondamentale au niveau de la pensée qui conduit ce roman est évidemment l'Egypte antique sous le prisme négro africain. La problématique posée est celle de tout homme dominé d'une façon ou d'une autre et dont le mental a été codifié pour qu'il reste éternellement lecteur de sa propre vie et de sa propre histoire selon le paradigme d'autrui. Shona, l'héroïne, se demande si l'enfant qu'elle va mettre au monde aura les mêmes soucis. En tant que mère, donc transmetteuse de la culture au sens le plus large, elle se pose ces questions en supposant que l'enfant se les posera. Le problème c'est que cet enfant n'est pas comme les autres. S'il vient imbu d'une sagesse plusieurs fois millénaire, il sera quand même obligé d'apprendre les travers, les cruautés et crimes de l'homme, pour mieux envisager les réponses à donner à ceux qui l'envoient. Autrement dit, Le Pharaon Inattendu, au-delà d'un miroir intérieur sur le présent, sur le monde moderne, se veut le lien par lequel le présent tient ses solutions des sagesses du passé. Le passé africain enseigne la paix, l'amour, la sacralisation de l'individu, car l'homme est un prolongement du divin.

Les wolofs le disent : si on ne sait pas où l'on va, rentrons d'où l'on vient. Le plus difficile a été de savoir qu'on vient d'Egypte. J'ai donc dû faire une étude comparée entre l'héritage de nos ancêtres occulté depuis des milliers d'années, et la violence qui sévit dans le monde. Est-ce cette violence que nous allons léguer à nos enfants ? J'ai l'outrecuidance de penser que non : il faut leur léguer la Maât, la culture de la Justice-Vérité.

Cameroon-Info.Net : À l'heure où l'africain semble se complaire dans un afro-pessimisme à l'horizon fatalement obscur, vos héros vivent à Cuba mais vouent un culte sacré à Kemet, la Sève terre (Afrique). Comment en arrive t-on à vénérer obstinément une terre de misère?

T.M.II : La plus Grande des misères qui puisse exister est d'abord une misère spirituelle. Dans ce cas je vous accorde qu'à Kemet, l'Afrique, nous sommes effectivement dans une grande misère spirituelle. Ce qu'il faut savoir, c'est que quel que soit le domaine de développement de l'homme, il ne peut y arriver que s'il sait ce qu'il est, ce qu'il veut, comment il le veut, pourquoi il le veut, où il va, et surtout sur quel terreau il table sa démarche, car alors il sait ce qu'il a été. Or l'africain est aujourd'hui un hybride qui a épousé toutes les idéologies et théologies du monde, sauf celles qui devaient l'emmener à ne faire qu'Un avec ses ancêtres. C'est là que réside le mal. Si l'on n'arrive pas à faire une connexion entre le mental, le spirituel et l'avenir, l'Afrique se trompe complètement !

Ce roman, en soulevant le problème de la culture que nous devons donner à l'enfant qui naît, nous ramène au choix à faire : violences, bruits et mensonges, servilité de l'homme au diktat de l'ordre marchand ou revalorisation de la personne et de l'âme humaine ? Le Pharaon Inattendu est un roman éminemment spirituel, parce qu'il repose la question du silence.

La vénération de Kemet n'est donc pas contre-productive, elle est une projection optimiste sur le devenir d'un monde aux richesses humaines, spirituelles et matérielles inégalables, mais que le contexte d'une prédation occidentale rend totalement inapte à imaginer sereinement le futur. C'est cette sérénité manquante qu'on ne peut retrouver que dans le socle cosmogonique de notre monde à nous.

Cameroon-Info.Net : Vous considérez donc la spiritualité qui sous-tend la vie de Shona et des autres personnages comme la solution sine qua non à la psychose des Africains ?

T.M.II : A mon avis, la psychose des africains est d'abord une détestation de soi. Plusieurs africains ont une haine d'eux-mêmes parce qu'ils sont incapables d'être ce qu'ils veulent être, et ils ne savent pas comment être ce qu'ils doivent être. Et c'est là qu'on retrouve l'africain chrétien catholique, protestant ou orthodoxe, musulman, athée, ou autre, adepte de tous les cercles de réflexion occultes ou avérés, sauf les siens propres : le culte des ancêtres. Un culte polysémique, polythéiste, donc démocratique. Et si l'africain se cherche, c'est bien parce qu'il sait qu'il n'est pas là où il devrait être. Il en existe même qui peuvent savoir où être, où aller, mais n'ont pas le courage de le vivre ouvertement et entièrement. Le jour chez le prêtre et la nuit chez le tradi-praticien.

Shona, l'héroïne a la même problématique: quelle éducation donner à son enfant, autrement dit quel choix de vie ? N'oublions pas que pour l'africain, traditionnellement, l'éducation n'est autre que l'école de la vie. L'enseignement que l'ancêtre donne à l'enfant, c'est lui permettre de découvrir sa capacité d'appréhender tous les phénomènes de la vie. C'est la raison pour laquelle le titre de sage peut être donné à une personne âgée, puisque l'enseignement qu'elle a reçu est complété par sa propre expérience. On ne peut donc vénérer qu'un peuple qui place l'homme au centre de ses préoccupations et non l'intérêt matériel qui tourne autour de cet homme. Si l'homme est Un avec lui-même et les ancêtres, il est spirituellement heureux et apte à braver le monde hostile. Il pourrait commencer à créer, à se projeter dans le futur. Mais s'il doute de ce qu'il est, il pourrait effectivement devenir un névrosé qui épouse toutes les logiques travesties qui existent à travers le monde, sans aucun rapport avec son moi et son avenir réel.

Cameroon-Info.Net: Sur l'esclavage ou la colonisation vous ferrez facilement des adeptes. Mais ne craignez-vous pas de braquer les lecteurs en abordant la question spirituelle ?

T.M.II : Il est vrai que certaines parties de cet ouvrage peuvent s'assimiler à une bombe à retardement. Je suis conscient de pouvoir braquer les gens et c'est tant mieux : on ne fait pas d'omelette sans casser les œufs… L'Afrique pour se développer doit retrouver sa spiritualité originelle, la protéger, donc se fermer autour d'elle. La révolution Meiji a permis aux japonais en 1868 de se fermer au monde entier et aujourd'hui le Japon est économiquement la première puissance mondiale. D'ailleurs lorsque l'Egypte ou Kemet se développait, elle n'était pas ouverte au monde. C'est après qu'elle se soit développée, et que sur le tard elle a accepté des étudiants du monde entier (principalement originaires de Grèce comme Pythagore, Thalès, Archimède, Platon, etc…), qu'elle s'est permise de s'ouvrir, démontrant au monde sa puissance. Ses ennemis ont donc fait des coalitions, et se sont mis à l'affût de chaque moment de sa faiblesse pour l'envahir. L'Afrique doit comprendre l'avantage qu'elle a d'être aujourd'hui la mamelle nourricière du monde, donc potentiellement la première puissance du monde, avec une forte réserve spirituelle humaniste. Il faut qu'elle se donne les moyens de se fermer entièrement à l'Occident pour se faire Une avec elle-même. Autrement dit : mettre à profit toute la croyance de l'homme depuis l'Egypte ancienne jusqu'au jour aujourd'hui. Ne nous demandons pas comment cela se fera, il suffit d'intégrer que l'Afrique ancestrale existe toujours, mais qu'elle est ridiculisée. Chaque fois qu'on dit qu'on va voir un tradi-praticien, tout le monde rie et vous prend pour un imbécile, parce qu'il faut désormais aller voir le médecin, le psy. Mais le médecin ou le psy ne résolvent pas tous les problèmes ! On le sait si bien que même certains responsables d'église passent leur temps chez les tradi-praticiens. Conscients que les solutions de l'Homme Africain ne se trouveront jamais dans les chapelles de pensée occidentale. D'ailleurs l'Occident même pour se développer a dû récupérer tout ce qu'il y avait d'essentiel dans l'Egypte mystique et a crée la Rose-croix et la Franc-maçonnerie ! Ce sont ces ordres mystiques qui dirigent le monde d'aujourd'hui. Donc c'est le clos, la pensée occulte qui crée des conditions de civilisation. C'est elle qui crée des civilisations.

Cameroon-Info.Net : Vous semblez justement exalter le rôle de la franc-maçonnerie dans l'émancipation des Noirs. Mais cet ordre aujourd'hui sublimé par les africains n'est-il pas l'un des piliers du système colonial que vous fustigez ?

T.M.II : Je ne suis pas très sûr d'avoir d'exalté le rôle de la Franc-maçonnerie dans "Le Pharaon Inattendu". Si le mot « émancipation » renvoie à ce que je sais, l'Africain n'avait nul besoin de s'émanciper : il avait déjà mis sur pied l'une des plus grandes civilisations de l'humanité. Sinon, la plus grande. En réalité, l'émancipation dont il est question concerne plutôt l'accès du Noir à la culture occidentale. La franc-maçonnerie est présente dans ce roman uniquement parce qu'elle a, à sa base, le principe d'humanisme qui est le même que celui de la Maât, la Vérité – Justice. Et puis, il faut préciser que ce n'est pas moi qui évoque la question, mais des personnages qui s'interrogent sur son rôle dans la rébellion des esclaves. Il est clair que la Franc-maçonnerie a joué un grand rôle dans l'Histoire, notamment en Angleterre et en France pendant le siècle des Lumières. Influençant la Révolution française de 1789, et la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. C'est donc un rappel moral qui consiste à poser les hommes d'influence (les Francs-maçons) et le résultat de leurs œuvres sur la balance de la vérité à dire et de se demander si les Lumières qui en ont découlé et aujourd'hui tant encensées méritaient le qualificatif d' « universelles ». Autrement dit : ces Lumières étaient-elles aussi Noires ? C'est aux historiens d'y répondre.

Cameroon-Info.Net : Votre roman est un riche voyage qui explore aussi bien le Congo de Lumumba que le Cameroun de Um Nyobe, en passant par Haïti de Toussaint Louverture, ou la Martinique d'Aimé Césaire. Pourquoi avoir planté le décor principal à Cuba ?

T.M.II : Cuba a été partie prenante dans la lutte pour la liberté de l'Afrique coloniale. Notamment l'Angola. Après l'indépendance de l'Angola en 1975, les USA bondissent sur ce jeune Etat sous prétexte qu'il s'agit là d'un territoire d'influence soviétique. Cuba va aider l'Angola en proie aux canons sud-africains, plénipotentiaires des USA dans cette partie du continent. Quoi qu'on dise, c'est à saluer.
Cuba était également pour moi un prétexte mystique et spirituel. Sa situation géographique lui donne un champ d'énergies contraires me permettant d'installer mon intrigue et faire fondre dans les eaux des influences négatives capables de taire le flux de l'écriture. Cuba émerge entre deux courants d'eau: l'océan Atlantique à l'ouest et la mer des Caraïbes à l'est. Ces deux eaux charrient des énergies antagoniques à l'intérieur desquelles dorment les âmes de bien de pauvres hères. En exploitant l'histoire et le rôle de ces eaux sans lesquels le drame de l'esclavage n'aurait pas connu l'ampleur qu'on sait, j'ai pu me rendre compte du fait que le mal n'a pas totalement été lavé. Aucune étendue marine ne peut donner la paix aux âmes de tant d'Africains sans sépultures qui errent en ces lieux ! Notons également la survivance dans ce territoire d'un ensemble de cultes ancestraux africains à partir desquels s'est formé un syncrétisme original. Tous ces éléments étaient une richesse humaine inattendue. Je l'ai exploitée.

Cameroon-Info.Net : N'est-ce pas utopiste aujourd'hui de croire les Africains capables de se libérer complètement du joug colonial?

T.M.II : A mon avis, l'utopie n'est pas une mauvaise chose. C'est même peut-être la solution. Nous avons à rêver de jours meilleurs, parce que tout esclave qui nourrit son rêve de liberté, même par l'utopie, est déjà un homme libre !

Cameroon-Info.Net : La quête identitaire ne risque-t-elle pas de conduire l'Afrique vers un repli fatal ?

T.M.II : Je ne vois pas pourquoi un repli africain serait fatal. L'Occident ne le fait-il pas déjà sans que cela choque davantage? Quiconque n'a pas le même discours que l'Occident aujourd'hui n'est-il pas dans le fameux « axe du mal » ? Pourquoi l'Afrique qui a toutes les richesses pour être à l'aise chez elle, ne peut-elle pas faire ce repli sans être taxée de tous les maux possibles ? Il ne s'agit pas de détester qui que ce soit ! Ce qui importe c'est de se préférer. Savoir que nous allons vers ce rendez-vous du donner et du recevoir dont parlait Senghor (qui pour une fois a dit quelque chose de censé) avec ce qu'on est, et non avec ce qu'on nous dit qu'on est. Nous irons donc à ce rendez-vous parés de tous nos atours kémético-nubiens, égyptiens, africains. L'Africain pourra donc se dire : « Si mes ancêtres ont été aussi Grands, alors je suis potentiellement un Grand». Il s'agirait ensuite de transformer ce potentiel de fierté en faits de civilisation. C'est la démarche que doit avoir l'Afrique aujourd'hui.

Cameroon-Info.Net : Mais dans ce cas pourquoi cette présence massive du métissage dans votre roman, alors que vous préconisez le retour aux sources ancestrales ?

T.M.II : Nous sommes tous des métis. Occidentaux ou Africains, aucune de nos identités actuelles n'est sauve. Mais le meilleur des métissages est déjà celui qui allie deux identités précisément distinctes.

Cameroon-Info.Net : Pourquoi avoir choisi Ramsès II plutôt qu'un autre Pharaon ?

T.M.II : Tous ceux qui se présentent comme éminents égyptologues ou historiens spécialistes de l'Egypte attestent volontiers que Ramsès II était le Pharaon Lumière. Donc l'un des plus grands, sinon le plus grand. Il est de ce fait normal que la première fois qu'un négro-africain scénarise le passé de ses ancêtres égyptiens, sans la falsification occidentale, il s'appuie sur le plus brillant! L'Occident lui, ne parle-t-il pas que de la période des Ptolémées qui ne commence qu'avec la conquête d'Alexandre le Grand en -333 ? Ce qu'ils oublient de préciser, c'est que, non seulement les pyramides existaient des milliers d'années avant que ces Grecs ne foulent le sol Egyptien, mais que ce sont justement les Grecs qui se sont égyptianisés. Au lieu de restituer la vérité à l'Histoire, ce sont les Ptolémées qui sont présentés comme Les égyptiens et le doute semé quant à la négrité de ceux que les envahisseurs ont trouvé sur les lieux. Il était d'emblée hors de question que je prenne un Pharaon de cette dynastie-là. Comme Ramsès II est resté le plus grand, le plus prestigieux, il est logique qu'il soit celui qui revient sur terre rassembler son peuple éparpillé à travers le monde, afin de le ramener spirituellement vers Kémet, l'Afrique.

Cameroon-Info.Net : Lorsque le Pharaon (Page 450) dit : « Pourquoi réclamer un passé riche alors que vous bénissez l'horreur de vos jours de passivité ? Sculptez vos soleils et le passé vous sourira », qu'est-ce que cela signifie ?

T.M.II : C'est indéniable : nos ancêtres sont de ce territoire appelé aujourd'hui Egypte. Mais il ne faut surtout pas s'arrêter à ce niveau. Nos détracteurs nous dirons : « très bien, vous êtes les grands bâtisseurs des pyramides, vous êtes tout ce que vous voulez, on vous l'accorde. Mais à quoi ressemblez –vous aujourd'hui ? Au Soudan qui a faim, au génocide du Rwanda, à l'Erythrée qui a du mal à s'en sortir face à l'Ethiopie, le Rwanda contre le Congo démocratique, etc… Pourquoi tout ce désordre alors que déjà vous ne représentez que 2% du commerce international ? ».
L'Egypte ne doit nous intéresser que si nous les Africains, sommes capables de la prendre en miroir et de faire autant, sinon plus. C'est pour cela que la question du Pharaon est capitale. Il s'agit de sculpter notre avenir, et non de vivre dans le passé glorieux de nos ancêtres. Parce que nos enfants demain auront également besoin de nous savoir les Grands de notre époque. Tout reste donc à faire pour répondre à l'exigence du futur.

Cameroon-Info.Net : Quelles sont les recommandations que vous donneriez à la jeunesse d'aujourd'hui?

T.M.II : Il ne s'agirait pas seulement de la jeunesse, mais de chacun d'entre nous. Ce livre va travailler dans la durée. Il se veut important pour tous ceux qui se posent la question de leurs origines, des valeurs de leurs ancêtres, de leur identité. Qu'étions-nous avant l'arrivée du colon ? Que sommes-nous par nous-mêmes ? Il est temps qu'on se rapproche des hiéroglyphes qui sont nos textes sacrés. Le travail de descente de l'Amphithéâtre vers la cité que j'ai fait en écrivant ce roman n'à d'autre but que de rendre accessible les travaux de Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, et tous les autres, qui n'ont fait que parler de leur culture. Je me demande d'ailleurs pourquoi ils ont accepté les titres occidentaux d'égyptologues, puisqu'on ne peut être spécialiste de sa propre culture.

Cameroon-Info.Net : Quelles sont vos influences littéraires et idéologiques ? Ont-elles pesé sur l'écriture de Le Pharaon Inattendu ?

T.M.II : Je rends hommage à mon père. Qui m'a appris à lire entre les lignes de tout document sur lequel je tombais. Révérend Pasteur, il m'a enseigné la théologie comparée : comment aux quatre coins du monde l'homme se présente à Dieu. Il m'a appris l'amour de l'Homme et celui de l'essence des choses.
Je rends également hommage à Aimé Césaire. C'est la lecture de son poème « cahier d'un retour au pays natal » qui a tout déclenché. Notamment le passage dans lequel il parle ironiquement du Noir qui n'a jamais rien inventé. Je revoyais la houe avec laquelle la terre est labourée autour de moi, une houe qui n'est autre que le prolongement de la main et qui réduit l'effort et indique en celà, la marque de l'intelligence, notre intelligence. J'observais les symboles du pouvoir de l'Etat, du roi, les symboles de la puissance mystique, les magnifiques sculptures de la famille royale à laquelle j'appartiens, et me demandais comment il était possible qu'on me dise que le Noir n'a rien inventé. Si l'invention n'est pas la simplification des difficultés matérielles au moyen de la transformation de la matière ambiante, si elle n'est pas la remodélation de l'existant pour s'en faire le créateur, qu'est-ce que c'est ?

Le voyage de Cheikh Anta Diop au Cameroun, juste avant son voyage vers le pays qui aime le silence et son passage devant Osiris (ndlr: sa mort) a été déterminant dans mon processus de maturation intellectuelle. Les enseignements de ce grand savant africain m'ont permis de saisir l'entité Egypte comme sujet de réflexion et de recherche.
Je n'oublierai pas Frantz Fanon qui m'a permis de faire mien que « Chaque génération doit découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ».
Toutes ces influences peuvent effectivement se voir dans le Pharaon Inattendu. Et c'est un honneur pour moi. D'ailleurs Aimé Césaire y a un personnage qui joue son propre rôle de poète et de Maire!

Cameroon-Info.Net : Quel est votre leitmotiv dans la vie?

T.M.II : Aller plus haut, toujours plus haut, et encore plus haut.

Cameroon-Info.Net : Vous croyez en la réincarnation. Si vous aviez le choix, sous quelle forme reviendriez vous sur terre?

T.M.II : Je laisse Râ, le Dieu de Lumière et de la régénération, éclairer ce chemin-là.

Cameroon-Info.Net : Un dernier mot pour nos internautes ?

T.M.II : Je les remercie d'avoir le courage de se poser les questions utiles à leur entendement : Qui je suis ? D'où je viens ? Où je vais ?

 

Entretien réalisé par Ange Simone Ngom Priso

 

Paris, le 14 Janvier 2005
© Cameroon-Info.Net

 

Le Pharaon Inattendu
Disponible dans toutes les bonnes libraires et sur :
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PRESENCE AFRICAINE
L'HARMATTAN
BE ZOUK
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jeudi 01 novembre 2007, a 23:47
Mbensan na muenen *

Miolo mi busi o mopi

Mesanedi

Ndenge jombwa diwoto

Bemunè be semedi o sawa

Be tuti misodi

Ma ba bena ba bolonè dipita

Nà wei i sonji o dibobè

I timbane lô o masoso ma mikusa

Na o bepopo ba bana ba nyuwé

 

Madoi mà busé

ela o ela

Madoi ma tèbè

Ela o ela

Dipita di busi o tongoa dibunjè

Ngengeti ini langwa

Kumba tangè o pemisana nyambé

 

Di lomé mitila

Mi ma tutè dibo o mbomboa nginya jongèlè

Ewu tè esawabè

E songobèlè

Nà wonja mboa ni tèmèbè

E bukè dipita

E bè nde beboledi

 

Wèèè,

Esè nduta minya é

Nguba kumba e sosobè o esangoa njusubé

Eba mudesi na biala ba bangisan

ba timba jènè la mudi

Ba bena ba botisè dimbamè maloki ma saw

Ba biyé na

Midi ma batétè mi mèndè

O nyimèlè babo

O nbensan ma muititi ma buindeya

Ei ma buindeya

 

Paris, 14 juillet 2006

 

© Muele Nu Sadi (Mouelle II).

Mutilè miniya na miango.

* Poème en langue duala (Cameroun)

 



vendredi 19 octobre 2007, a 00:18
L'haleine en etc...

Depuis les matins souvent

Minuit sonne à ma porte

Je sens ses rituels de sang impur

Cadencer mon envie de dédire

Les cendres de sourire qui m'assaillent 

Je sens son dos creuser mes reins éprouvés

Je sens ses haines

Aboyer par-dessus mes veines

Comme pour faire de moi

L'éternel prisonnier d'une savane brûlée

 

Depuis les matins souvent

        Minuit sonne à ma porte

                                           

Et je sens sa bave éructer

Mes douleurs perchées

Sur les sommets de travers

Et rire des larmes de la terre

Calant l'impropre souffrance du temps

Quand le ciel bas enfile ses bas de fer

Comme un sublime ennui de se savoir inutile

 

Depuis minuit souvent

Viens donc sale bête

Vorace comme la fosse qui théberge

Frivole comme tes aisselles de fiente

Tes ailes aux épines de joie égorgée

Se lasseront tôt d'avoir ourdi tant de sueur

Sur la pomme promise à l'emblavage

Des doux temps de printemps

 

Alors viendra également mon manteau

Sur mes épaules et sur mon coeur  

Etaler la douceur de ses chauds instants

Au coeur de ma poitrine haute et fière

Dessiner les nouvelles haleines

Des fleurs d'être qu'aussi pures que le bonheur

Je porte en boutonnière de mon sourire en soie

 

Bientôt

Toujours

Car la vie m'a donné son sens enfin

 

(c) Paris ce 12 juillet 2006

Mouelle II

 



mercredi 18 juillet 2007, a 00:06
Mes Illusions Enchantées

 J’ai voulu être poète

Aussi dès que j’ai pu

J’ai arraché quelques signes d’encre

A l’arbre du sens planté dans les sueurs

J’y ai posé un bout de sourire

Il a sonné juste en ses desseins

J’ai souri / puis je l’ai déchiré

 

J’ai voulu être poète

Artisan peut-être / Maître-collier-de-salive c'est sûr

Fou dans la folie qui infatigablement déambule

D’âme en âne / de barreau en bourreau

Portant lourd mon collier-déchirure

Qui s’écroule sur une feuille-bâillon

Qu’égrène un chapelet premier de sang

Une raie

Un regard

Puis les ombres / puis les silences / puis un nom 

Lumumba-Mandela-Um-Nyobè-Kwame-Nkrumah

Réclus de la paix bavante

Dans une barrique borgne

Qui au ciel hurle mes morts

Nouveaux / Permanents / exposés au sang de haine

Cinq centaines de haines réfléchies / enseignées / nourries

Que devient une maison

Ma maison / ma prairie

 

J’ai voulu être poète

Raison m’en a fallu / car sur l’heure

J’habite une cause / l’angoisse berce mon âme

Ma maison est une saison

Dont le soleil attise l’inondation

De la lie humaine qui toujours m’emporte

 

Je marche sur les pas de mes pères

Branche attachante des diseurs de vie

Qui bien disent comment bien mourir

Sur cette terre livrée à sa grise livrée

Lentes saisons inaltérables et sans amour

 

J’ai voulu être poète

J’attends mieux encore qu’hier

La candide poésie des choses

Le frisson du maître de l'aube me déchire

Mes nuits s’épurent d’étoiles pures des nuits

Mes jours se gavent de larves et de feux brûlant

Mes cohortes d’espoir éteint / maudites / qui pleurent

Les éclats de rires d’enfants qui gambadent

Les perdrix qui chantent le triomphe du soleil au matin

Les chiens qui courent après les mouches suspendus à leurs oreilles

Le chant des ruisseaux qui caresse le duvet des rochers

Les clapotis des femmes pleines qui se décrassent des sueurs

Le râle plaisant des vieux qui s’éteignent par-dessus l’iris concubin

L’herbe vraie qui dodeline et parfume la ligne d’horizon

A l’ombre des baobabs témoins de ces paradis assassinés

J’ai voulu être poète

J’attends mieux encore qu’hier

La candide poésie des choses

 

J'ai voulu être poète

Prétentieuse langue à l'étoile des nuits sans fin

Borgne entêté qui fouille le plaisir des âges

Et sombre par contumace dans la candeur

Héritée des soleils continuellement éventrés

 

Aussi diriez-vous aux vents / aux mers

Je me charge de le crier sur les monts

Que mon souffle / que ma mère / m’ont élevé au petit lait    

Des rames qui fendent les eaux nauséeuses du mal humain

Où tant d’esprits supérieurs toujours se pervertissent

Surpris par leurs amours des ors de l’immédiat

Dites donc aux hommes / dites aux machines

Je me charge de le dire aux livres

Que l’amour de l’homme pour l’homme

Est  le plus beau livre à jamais écrire

Sur les chemins de sueur de toutes les vies

 

J’ai voulu être poète

Assis sur deux siècles parricides / fratricides / matricides

Mon cheval des lunes défait de mors / défait de cœur

Saboté aux secrets des chambres obscures

Patauge sans fin sur la semence des imberbes

Auxquels la honte même a fait son déni d’amitié

Voici ! je suis au cœur du cœur des miroirs de l'être

Et je vois les chars obstruant la beauté de mes mains ouvertes au temps

La beauté de mes terres fendillées à l'hydrogène explosant

Le souffle de ma vie multiple soufflé au crachat des plus malins

J'ai voulu être poète

N'était-ce pas la déraison de mes frissons d'attente?

 

L'homme qui avec fierté court à la plénitude

Est la vanité même / molle patte de vermine

Qui aveugle les célestes lumières

Qui seules savent comment venir

A soi / toujours.

 

J'ai voulu être poète

Mais la sublime porte du sens

S'est aussitôt rétrécie

Me laissant plié au seuil de mille questions

Moi l'enfant jamais sorti des langes

Qui comme le poète refuse les beautés fécondes

D'une maturité assommante des illusions de ce monde

Trop lourde est la vie pour les épaules d'une pensée solitaire

 

J'ai voulu être poète

Mais l'essentiel n'était-il pas que je le naisse?

 

© Mouelle II

Paris le 17/07/2007



mercredi 30 mai 2007, a 00:16
Lecture anthropologique du rôle et de la place de la femme africaine dans la société, de l'antiquité à nos jours. Symboles et Sens.

 

                                   Par  Thierry Mouelle II

 

Conférence donnée à Epinay Sur Seine (banlieue de Paris, France) le 26 mars 2007 à linvitation de l'association de la jeunesse africaine de la diaspora. (Larges extraits)

 

Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi tout d'abord, en ce jour que vous avez choisi pour instituer une réflexion intime sur l'essence de nos jours et marquer ainsi les esprits sur la place de la Femme africaine au sein de son espace de vie, permettez-moi de vous adresser mon salut fraternel et les salutations des ancêtres dont j'appelle l'esprit bon et pur à concourir à la clarté de mes propos. Que mes écarts de langage soient miens, que ma possible éloquence leur soit due.

 

Merci à vous d'être venus nombreux pour fusionner nos réflexions en vue de tenter d'y voir un peu plus clair quant à nos valeurs et perspectives, surtout lorsque pris dans l'ivresse du temps nous ne faisons pas si souvent le point pour savoir où nous en sommes avec nous-mêmes, avec nos enfants, avec nos femmes, nos soeurs et mères, dans un espace de vie où tout mérite chaque jour d'être reprécisé.

 

Ce préliminaire énoncé, je puis dire que lorsque je fus approché pour essayer de réfléchir sur le rôle de la femme africaine dans la marche de la cité, je me suis avant tout demandé de quelle cité il sagissait, de quelle Afrique il était ou il va être question, mais surtout de quelle femme de cette Afrique nous serons amenés à parler.

 

Cette distance par rapport au thème préalable m'a permis de garder en mémoire qu'un sujet comme celui-là peut être une porte ouverte à tout, y compris à la déperdition de la pertinence des arguments convoqués pour parler de la femme, de l'Afrique et de la Cité. C'est pour cette raison que j'ai dû proposer à mes partenaires de cette journée mémorable de recentrer le propos et de retenir comme vase de réflexion le thème : "le rôle et la place de la femme africaine dans la marche de la société, de l'antiquité à nos jours". Ce que mes interlocutrices ont amplement accepté.

 

Ainsi libellée, notre réflexion pourrait alors garder toute sa prétention de miroir sur sa propre linéarité dans le temps. Les puristes diraient quelle se voudrait diachronique, permettrant en l'occurrence de préciser rapidement qu'il sagit de la Femme africaine Noire, donc celle qui vécut, vit, vient, et/ou a ses origines autour et au sud du Sahara, ses diasporas transcontinentales comprises.

 

Nous traiterons donc, dans un premier temps du rôle de la femme dans les sociétés de l'Afrique ancienne. Notre corpus retiendra la société kemetico-nubienne, celle qu'on identifie aujourdhui, des suites d'un glissement itératif de sens, comme la société égypto-nubienne, pour nous fixer dans les temps les plus anciens ; la société congolo-angolaise, dans sa vue purement royale de l'époque du Kongo, pour nous fixer dans les temps précoloniaux. (Nous ferons un clin d'oeil à la société d'Abomey et celle Yoruba, oralement)

 

Nous traiterons ensuite du rôle de la femme africaine dans les sociétés de l'Afrique moderne. Nous entendrons par moderne, l'époque qui englobe les différentes Saisons Coloniales et postcoloniales. Notre corpus retiendra les sociétés sawa du Cameroun pour nous fixer dans les temps postcoloniaux. Nous traiterons de la femme dans la sphère moderne du fonctionnement des administrations soumises au paradigme de l'effort de construction d'une société, paradigme hérité de la colonisation ; nous traiterons de la femme noire de l'errance (autrement dit celle des diasporas et plus principalement celle de la diaspora francophone localisable en France métropolitaine). Si nous avons du temps, nous ébaucherons une comparaison sociologique de la part de visibilité prestigieuse entre la femme noire en France et sa consoeur vivant en Angleterre. A dessein, Paris et Londres suffiront comme exemples d'espaces illustrant les différents champs qualitatifs d'expression de la femme noire à la croisée des valeurs acutelles et/ou du vaste passé, sans exhaustivité.

 

I- Prémisses de modernité dans la société kémético-nubienne de la période pharaonique.

 

Mesdames, Messieurs,

Au stade actuel des recherches réalisées sur le vaste passé africain, ce qui a été rendu public et qui concerne la société kémético-nubienne de la période pharaonique nous laisse voir une société structurée, héritière d'une succession de vues et d'éthique où il n'existe aucune rupture valorielle, aucune rupture de considération, entre l'homme et la femme, mais plutôt exalte-t-elle la réaffirmation d'un contexte chaque fois répété de la délivrance de l'humanité de ses propres travers en rendant possible l'apparition de la puissance et de la beauté féminines dans la civilisation humaine.

Alors qu'une société civilisée de nos jours affirme avant tout sa puissance par les valeurs phallocratiques du mâle dominant (valeur symbole du pénis en érection), la société kémético-nubienne de la période pharaonique met plutôt en scène des personnages mythiques sortis du respect qu'elle voue aux femmes.

Ainsi, la première considération faite au ciel est féminine : la déesse Nout. Tout comme la Création : symbolisée par la déesse Iusaas.

Mais les anciens africains ont également su tirer sens de la complexité de l'être féminin (qui n'a rien d'exceptionnel aux côtés de celle du mâle, soit dit) : on trouve cette complexité en Mafdet, déesse des scorpions et des serpents. Kek et Kauket sont ainsi les déités de la nuit, de l'obscurité et des choses incompréhensibles. Arrêtons-nous un instant sur ces symboles de première importance du point de vue de la cosmogonie d'hier à aujourd'hui : le serpent, le scorpion et la nuit.

 Par-delà son image effrayante le serpent n'est pas qu'une créature de mort, il est également un Dieu créateur, protecteur, symbole de l'humanité dans son aspect évolutif, du fait qu'on est conçu, on vit et on meurt. Dans plusieurs sociétés africaines depuis l'époque pharaonique à nos jours, il porte en lui la vie passée et à venir, représente ceux qui ne sont plus là et qui veillent scrupuleusemet sur les leurs. Dans ses crocs venimeux, il ne porte pas que la mort, il porte la contre-mort, par ceci que son venin est également un contre-poison, un antidote. Ses muscles sont le rempart "constrictif" qui broie tous les ennemis de la nation. Son ventre digère jusqu'à l'expulsion dans les eaux du fleuve, les restes de l'ennemi. Sa présence est rassurance dans la concession. Le serpent ne tue alors que pour préserver le cycle éternel de la Renaissance. Ouadjet, l'une des deux déesses tutélaires de l'Egypte pharaonique est un serpent : le cobra royal. Il participe au nom de titulature du Pharaon, en l'occurrence son nom de Nebty "les deux maîtresses" ou la double puissance, nom qui place le roi sous la double protection de Nekhbet, la déesse Vautour (symbole de la Haute Egypte) et Ouadjet (sic), la déesse Cobra (Basse Egypte).

 

Si telle est la place du serpent dans la société africaine qu'en est-il du scorpion?

Il était un insecte très redouté des anciens Egyptiens. Bien qu'il n'attaque pas, il pique celui qui le touche par inadvertance, et sa piqûre peut être mortelle; amulettes et formules magiques étaient utilisées pour se protéger contre sa piqûre ou la guérir. Dès la fin de la période prédynastique on commence à vulgariser des représentations de scorpions et la période thinite a fourni quelques amulettes en forme de scorpions. Une fois divinisé, le scorpion devient le symbole de la déesse Serket, Selqit ou Selket, celle-même que les Grecs on appelé Selkis; cependant, dans les représentations hiéroglyphiques des tombes, sa queue armée du redoutable dard est supprimée, afin qu'elle ne puisse pas piquer le défunt dans son Voyage vers le pays qui aime le silence : l'au-delà. A la fin de la période préhistorique, il inspire le nom d'un roi de Haute Egypte, Khepri (scorpion). Serket ou Selkis est l'une des quatre déesses qui gardent les vases canopes dans lesquels sont contenus les viscères du défunt. Signalons, pour ne pas nous y éterniser, que dans le mythe d'Ousir (Osiris) c'est Serket qui est chargée de prendre soin de l'enfant Hor (Horus) caché dans les marais par sa mère Aset (Isis) pour échapper à Soutekh (Seth), le dieu du mal. Le mythe biblique de l'enfant Moïse sauvé des eaux du Nil s'inspire principalement de cette partie du mythe kémétique.

Pour ce qui est de la nuit que nous avons également évoquée, autrement dit l'obscurité dans les sociétés initiatiques, elle symbolise, dans la société africaine ancienne, le moment ésotérique le plus important car il met l'être humain, au sens même du mot « ésotérique », en lecture de lui-même ; il le met face à son miroir intérieur. La nuit est conscience, elle est appel de soi vers soi-même, pour répondre à l'équilibre de son être et dire son dedans avec plus de clarté que jamais le jour, par sa lumière éblouissante, donc perturbante, ne pourrait assez le faire.

 

Le symbole de la nuit faite femme est ici un moment fort de la connaissance de l'univers soustrait au premier entendement. En partant de la femme, la société africaine de l'époque pharaonique entreprend une introspection en elle-même et aboutit au décryptage du sens réel de l'être. Qui sommes-nous? D'où venons-nous? Où allons-nous? Comme pour dire que la femme est l'homo sapiens sapiens par excellence : elle est l'Homme arrivé à son stade de maturation le plus accompli, qui lit et dit l'univers avec simplicité et force afin de marquer sa propre complexité. La femme, à travers les différentes configurations symboliques qui accompagnent et disent la société, connote la puissance même du Peraâ (pharaon). Les éléments les plus stables dans leur diversité interne sont symbole de féminité. Il en est ainsi de l'avertissement visuel que le Pharaon porte sur son atef royal, sa couronne: la déesse Ouadjet, le cobra sur sa posture de tête dressée (en grec uraeus= érection). Cette déesse achève de donner sa place la plus affermie au féminin ,et partant du féminin, à la femme dans la société politique, spirituelle et religieuse de l'Afrique ancienne. Sur cette partie, nous pouvons donc conclure que la femme africaine porte la quintessence philosophique même de la civilisation kémético-nubienne : c'est elle qui dit, et c'est à travers elle que se dit, comment se représenter le monde, l'interpréter, le vivre. Noun elle-même, le fleuve primordial d'où tout vient, qui est la base de toute la cosmogonie kémétique n'est-elle pas une déesse? Il en est de même de la Douat, le lieu qui aime et anime le silence éternel ( l'au-delà) est : féminine. L'univers lui-même, si l'on le regarde comme se le représentaient les anciens kamits, est une femme voûtée et sous le ventre de laquelle l'ensemble des êtres et des choses vivent et se meuvent. Nous venons (dans le sens de sortir, d'émaner, de naître) de la femme, et à la fin de notre périple sous le soleil, nous partons vers la femme, nous enseignent les ancêtres.

 

Par symbole interposé, et même souvent au-delà du symbole, la femme joue également le rôle de défenseuse de valeurs et de l'ordre établis.

 

La première fois que l'autorité du Dieu Râ fut contestée par les hommes, c'est encore une femme (deux fois dieu) : la déesse Hathor (La-demeure-du-dieu-Hor) qui monte en première ligne et rétablit l'ordre. Elle pourchasse les insurgés dans le désert et les élimine tous. Une petite explication me paraît indispensable à ce niveau, quand on sait que la déesse Hathor a pour principale activité la musique et la danse. Par pure logique, elle ne peut donc avoir tué les ennemis du royaume que par et avec l'art. C'est tout ce qu'elle a reçu de la vie comme atout !

 

Comment est-ce possible ? Comment peut-elle avoir tué les ennemis de Râ en n'employant que l'art de la chanson et de la danse? Pourrait-on se demander. 

 

Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, nous sommes devant une philosophie qui met en valeur non pas la création destructrice comme référent sociétal, mais l'accommodement fait à la création du beau utilitaire dans lequel à l'esthétique est donnée autant de puissance qui ne pourrait avoir d'équivalent de nos jours que la bombe atomique. (J'exagère à peine). Car, de mon point de vue, les ennemis de Râ, le Dieu des dieux, symbole puissant de l'unité et du rayonnement du pays et, partant, de l'univers, ne peuvent pas se concevoir comme une petite troupe qu'on pourrait anéantir avec quelques flèches. Il s'agit d'une véritable masse insurgée au nombre considérable et que Hathor, l'Horus féminin dédié à l'expression du beau, renvoie habilement dans les abîmes du néant. L'art, ici symbolisé par le chant et la danse, parvient aux mêmes résultats que les victoires des armées de Ramessou, le fils de Soutekhy (Ramsès II) : la défection des insurgés. L'ennemi est donc défait, mais principalement dans son âme et dans ses sens. Hathor nous enseigne que la grâce et la beauté sont aussi utiles et efficaces en temps d'adversité que les armes les plus dévastatrices.

 

L'art, porté par le symbole de la femme sublimée, combat donc mieux le mal dans la société des hommes que les armes conventionnelles. Voir à ce sujet Le livre de la vache du ciel de Charles Maystre, publié en 1941 et qui reprend l'ensemble de l'épopée d'Hathor en hiéroglyphes et que nous rapporte l'excellent livre du Pr Théophile Obenga : La Philosophie Africaine de la période pharaonique.

 

Du point de vue initiatique, ésotérique, et selon les anciens kamits, ceci est vérité : la puissance du Verbe et la sublimation du corps comme substrat du Sacré, particule des dieux, vallent mille millions de mort évidés de leur sang. C'est dans les esprits que s'opère et doit s'opérer le combat pour le changement vers la paix et l'amour dans la cité des humains ; c'est par l'imagination active et humaniste que doit passer le meilleur des victoires sur le mal humain. Comme tout est symbole dans la société pharaonique, nous garderons donc en mémoire que la victoire de l'art sur le mal de la cité est préférable à la violence d'autant plus que la société kémético-nubienne a pour vertu cardinale la Maât, le principe Vérité-Justice. La Maât qui est encore une fois symbolisée par une femme portant une plume d'oie sur sa tête, symbole de la légèreté de la vertu, mais également de sa fragilité. Là aussi, nos ancêtres nous apprennent que justice et équité sont femmes,donc délicates à choyer, à entretenir (au sens d'en prendre soin) en permanence.

 

Il en est des dieux comme des êtres humains. Il n'est donc plus besoin pour nous de nous étaler en longueur sur la place de la femme dans la société nilo-égyptienne, quand pour le démontrer nous aurons convoqué quelques autres déesses pour dire combien l'homme noir ancien vénérait la femme au point de lui consacrer plus de symboles sacrés dans son panthéon religieux qu'il ne l'a fait pour lui-même, ses testostérones bien en place. Citons au passage Aset, plus connue sous son appelation grecque : Isis. Déesse mère, mère de tous les dieux, épouse de Râ le magnifique. Sa place est telle et si incontestable qu'elle est reine de chaque nome (lchacune des quatre-deux provinces de Kemet, l'Egypte ancienne).

 

La liste exhaustive de ses attributs indique qu'elle est appelée Ament à Thèbes, Menhet, à Héliopolis, Renpet, à Memphis, Sept, à Abydos, Hetet, à Behutet, Hurt, à Nekhen, Thenenet, à Hermonthis, Ant, à Dendera, Sesheta, à Hermopolis, Heqet, à Hibiu, Uatchit, à Hipponus, Mersekhen, à Herakleopolis, Renpet, à Crocodilopolis,