Et puis je t'ai dit « Quittons le ciel Les nuages sont arrivés
Le parapluie
Donné par les filles de la destinée Prend de l'eau de part en part
La noyade est imminente. »
Tu m'as dit
L'eau sur les hanches
« Là-bas dans la cendre qui brûle
au cœur du royaume de ronces et de dards Je connais un coin de paix
Où l'amour fait des miracles. »
Mais pourquoi
Le voyage dans ce bel enfer
Est-il si lent
Si douloureux
Pourquoi ne s'achève-t-il toujours
Que pour recommencer encore
Encore et encore ?
Tu m'as dit
« Tends-moi le cœur
La passerelle sera plus souple
Le choc à deux
Plus beau, sans douleur. »
Ton corps collé au mien alors
Ta voix de charme endormante
M'a fermé l'iris
Et j'ai tout seul
Sauté dans le puisard d'épines et de barbelés
J'attends toujours
Le soleil promis
Dans ce bain de nuages sanglants
Mortels.
Reste à ces deux ou trois fleurs sèches
Égrenées à mes pieds
De chanter en boucle la grandeur de ma naïveté
- Qui a dit que le soleil n'a à briller
Que toujours pour plaire ?
Et ma main s'étendit Sur le visage de poussière Sur le miel de boue Pour redire la beauté recourbée
Par-delà la lente érection de l'interdit
Et ma main s'avança Comme la tienne en ce matin de 1974 Sur la piste étroite Où dorment les voix des miens Des tiens Des nôtres Et mes silences perdus Effacés dans le phare du Verbe Qui dit Ouaset comme il dit éwalè Ou que las d'être aveugle Ton œil mon œil se rouvrit à l'embrassade Des nôtres ressuscités D'entre les pierres et les vies sculptées
Au cœur de la matière d'éternité
Et mon cœur Fente de sueur Et autrefois de peur Miroir aux reflets des âmes tournantes Que maintenant je sais écouter En silence
Dans l'assise des silences vengeurs
S'enlace de fierté et de sourire
Face aux lents relents de haine et de mépris
Tus ce jour même sous les parfums de sueurs des miens
Sculptés dans la pierre éternelle
Eternisés dans la chair du temps immuable
Déifiés dans la sève de la Création humaniste
En et par l'amour du Très Haut
Amon Râ
Ai-je dit ma voix ? L'ai-je dite sur les crêtes de pierre Et les pyramides tracées sur mon visage nègre, kemet Pour qu'elle remue La Parole Le Chant Le Rythme Qui sculptent un nom : Anta Dans la pierre de tête
Et des âmes ?
L'ai-je dite? Oui? Non?
Alors je t'appelle
Je t'appelle, Scribe
Je te dis ton nom : Anta, Anta Diop Toi, Kheri-heb, lecteur des livres sacrés, Grand Prêtre d'Amon Bak du Noun Serviteur de la matière abyssale Hurle en moi, sceptre sacré de mes pères Dépose sur ma langue le medu ankh Dis-toi au-dedans de moi, toujours Que mon pas petit écrase ces bruits réducteurs De mon élan vers la pureté de l'être Laisse venir à moi la dictée sacrée de la sève-vérité Et mon regard sur l'être fécond Explosera en de myriades de forces Aptes à briser les cornes De mes pluriels jours de Douleurs Car vois-tu, mon corps s'élancera vers le ciel Pour dominer comme Tekenu La platitude de la terre Afin que ma gorge hurle Ausar à l'éternel Oui Ausar à l'éternel.
Les nuages sont arrivés
Le parapluie
Donné par les filles de la destinée
Prend de l'eau de part en part
La noyade est imminente. »
Tu m'as dit
L'eau sur les hanches
« Là-bas dans la cendre qui brûle
au cœur du royaume de ronces et de dards Je connais un coin de paix
Où l'amour fait des miracles. »
Mais pourquoi
Le voyage dans ce bel enfer
Est-il si lent
Si douloureux
Pourquoi ne s'achève-t-il toujours
Que pour recommencer encore
Encore et encore ?
Tu m'as dit
« Tends-moi le cœur
La passerelle sera plus souple
Le choc à deux
Plus beau, sans douleur. »
Ton corps collé au mien alors
Ta voix de charme endormante
M'a fermé l'iris
Et j'ai tout seul
Sauté dans le puisard d'épines et de barbelés
J'attends toujours
Le nouveau soleil promis
Dans ce bain de nuages sanglants
Mortels.
Reste à ces deux ou trois fleurs sèches
Égrenées à mes pieds
De chanter en boucle la grandeur de ma naïveté
- Qui a dit que le soleil n'a à briller
Que toujours pour plaire ?
On croyait que tout avait été dit ou presque sur la colonisation. La néo colonisation. L'esclavage. Le mal humain. Que non ! Nous dit Thierry Mouelle II, dans un roman qui propose l'avenir du monde sous le prisme de l'Egypte ancienne... Qu'est-ce qui fait l'actualité d'une telle approche aujourd'hui? Entretien à bâtons rompus avec un écrivain déroutant. Et presque…visionnaire...
Cameroon-Info.Net: Qui se cache derrière l'auteur du roman "Le Pharaon Inattendu "?
Thierry Mouelle II : Je suis Thierry Mouelle II. J'ai d'abord été journaliste pendant plusieurs années. Rédacteur en chef, directeur de publication. J'ai également été conseiller en communication stratégique des institutions et hommes politiques. Je suis retourné à l'université pour me familiariser avec l'évolution des sciences et techniques de la communication, et suis devenu expert en implémentation des projets et entreprises spécialisées en nouvelles technologies de l'information et de la communication. Mais, mobile et pluridisciplinaire, je suis aujourd'hui analyste de crédits dans un groupe assurbancaire français…
Cameroon-Info.Net : Comment expliquez-vous que votre roman qui n'est paru que le 24 décembre 2004 ait déjà fait la une des émissions des mastodontes tel que Consty Eka ou Manu Dibango ?
T. M. II : Le Pharaon Inattendu a naturellement intéressé tous ceux qui estiment qu'il y avait un vide à combler. Il faut dire que c'est la première fois à ma connaissance qu'un romancier négro-africain francophone explore le monde de l'égyptologie pour le rendre accessible au plus grand nombre. Notamment ceux qui n'avaient pas accès à la décodification des travaux de Cheikh Anta DIOP et de Théophile Obenga sur la négrité de l'Egypte pharaonique (Kemet).
Cameroon-Info.Net: Pourquoi au lieu d'être ludique votre roman a t-il plutôt des accents militants ?
T.M.II : Je ne suis pas sûr d'y voir le moindre accent militant, ça supposerait que je brandis des revendications. Il s'agit pour moi de plonger dans les racines historiques de l'Afrique pour consolider les différents liens subtils qui nous maintiennent debout. "Le Pharaon Inattendu" voudrait dans ce sens restituer la vérité à son endroit.
Cameroon-Info.Net : Pourquoi un africain s'intéresserait-il à l'Égypte ancienne plutôt qu'aux royaumes Sokoto, à l'empire Sonrhaï ou Mandingue ? Est-ce la vague de l'Egypto-mania qui sévit aujourd'hui en Occident?
T.M.II : Il faut savoir que les royaumes et empires que vous citez sont historiquement les restes de quelques nomes de l'Egypte ancienne. L'histoire de l'Afrique est une et indivisible, unie autour du foyer civilisationnel qu'a été la Vallée du Nil. Je pense qu'il aurait été réducteur de m'attaquer à 1300 ans en notre ère, au lieu de remonter plus loin, afin justement de retrouver les racines, les fondements même de ces royaumes. Car je le redis, ils ne sont que la résurgence de ce que fut la grandeur de l'Egypte pharaonique ! Donc, de l'Egypte et par ordre d'importance, je n'ai retenu que la cosmogonie, parce qu'elle me permettait de construire mon intrigue en y apportant la substance spirituelle dont j'avais besoin : comment les anciens égyptiens voyaient-ils le monde ? Comment sentaient-ils la vie ? La mort ? Comment nous fixons-nous par rapport à eux nos ancêtres? Qu'est-ce que la sagesse ? L'intelligence ? Qu'est-ce que l'Homme ? En second lieu, il fallait mettre ces interrogations entre les lèvres appropriées… scénariser.
Cameroon-Info.Net : Les plus éminents savants négro-africains ne sont pas lus par leurs descendants, Comment un roman pourrait-il faire basculer 600 ans d'aliénation ?
T.M.II : En réalité il s'agit de plus de 600 ans puisque le déclin de l'Afrique a commencé au moment où les hyksôs, venus d'outre méditerranée, se sont emparés de l'Egypte. Je suppose que les 600 ans dont vous parlez nous renvoient à l'esclavage si c'est le but de votre question. Or le déclin de l'Afrique, (après que le Pharaon Iâhmès (XVIII ème dynastie selon Manéthon), plus connu sous son appelation grécisée d'Ahmôsis, a chassé les Hyksos et refait l'unité de Kemet (Egypte ancienne)), s'amplifie fortement en perte morale et civilisationnelle avec la dynastie des Ptolémées qui s'installe en Egypte après la conquête d'Alexandre le Grand en -333. Le mal de l'Afrique a donc commencé beaucoup plus tôt. Mais il faut comprendre que c'est tout à fait normal qu'une civilisation qui a atteint son apogée soit obligée de décroître. Je ne pense donc pas que les travaux effectués par les savants africains (Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, Dou Kaya, Mubabinge Bilolo, Aboubacry Moussa Lam, Edouard Din etc…) sur les différents relais entre l'Egypte antique et l'Afrique actuelle aient été occultés de leur propre chef. Ce serait absurde ! Ce ne serait pas exagéré de ma part que d'affirmer ici que l'invisibilité de ces travaux est la résultante d'un « complot de civilisation » amplement médiatisé par le discours dominant de l'heure et qui consiste à ne surtout pas attribuer aux Noirs la paternité d'une civilisation identifiée comme la mère de toutes. Au-delà, il s'agit de transformer en compétion de l'antériorité la civilisation égyptienne et les civilisation nées de leur proximité avec celle-ci autour de la Méditerranée. Cette attitude peu scientifique participe d'une logique d'émiettement de la pensée africaine, et d'infantilisation permanente de l'homme Noir. Cette logique, également servie par le racisme et l'eurocentrisme, ne peut être que décriée, combattue, et ridiculisée par des faits scientifiques. Cheikh Anta Diop l'a fait. Il n'est donc plus besoin de démontrer que les fondements civilisationnels et surtout cosmogoniques de l'Egypte antique étaient nègres. Il faut plutôt chercher à comprendre pourquoi les insultes, des allégations, des diffamations, de ceux qui applaudissent une Afrique éternellement servile, soumise, bâtarde, ont remplacé la science qu'utilisaient les hommes comme Socrate, Pythagore, Diodore de Sicile, qui tous, ont loué le génie nègre à travers l'immensité panhistorique de la civilisation des Pharaons. J'affirme qu'avant la conquête des Hyksos, il n'y avait pas de souverain à Kemet qui ne fût Noir. Et les Hyksos envahissent l'Egypte au XVIII siècle avant notre ère. Les fondements et la grandeur du pays étaient déjà là depuis Imhotep, et les pères bâtisseurs des pyramides! dont celles (au nombre de trois) de Gizeh élevées par Khoufou (IVè dynastie, selon Manéthon comme les deux suivants) plus connu sous sa renommination grecque de Chéops; Menkaourê (appelé Mykerinos par les grecs) et Ka-en-Rê (le dieu Râ incarné), que certains appellent Khaefrê ou Khephren en langue grecque. Cette transformation de la vérité, par l'altération des noms pour leur donner non pas des correspondances mais plutôt une nouvelle sémantique coupée de toute relation avec l'énergie que porte chaque nom de ces anciens africains, pose les fondements du flou qui est volontairement entretenu autour de la culture et de l'origine des Pharaons concepteurs de la civilisation Kemétique appelée Egypte de nos jours. C'est pour cette raison que ce trésor de l'histoire de mon peuple est devenu un gâteau de miel que tout le monde vient grappiller sans aucune crainte du ridicule. En témoigne cet ouvrage de Messod et Roger Sabbah intitulé « Les secrets de l'exode. L'origine égyptienne des hébreux ». Un livre qui aurait fait un très beau roman, mais que les auteurs ont choisi de présenter comme le résultat d'un travail de recherches historiques ! Recherches basées sur la Bible, un livre de foi, donc dogmatique, subitement devenu un document scientifique… Or tout le monde s'accorde à dire que dogme et science s'opposent comme le nord et le sud. Ce qui est vrai pour un dogme ressort de l'adhésion des individus par la foi; ce qui est scientifiqueest le fruit d'une démonstration qu'un phénomène peut se répéter autant de fois de la même manière une fois mise en condition ou contexte identique(s). C'est le domaine de l'expérience. De l'observation. Aucun repère de la Bible à ce jour n'ayant été prouvé de façon indubitable ( dates et lieux des événements, véracités des événements par rapport à l'Histoire, le profil des personnages, leur identité, etc,) il devient hasardeux de la prendre pour base pour étayer une argumentation. Cela s'appelle de l'idéologie. Or, les gravures et les noms des personnages de l'Histoire de Kemet sont suffisamment réels et prolixes pour que leur étude rende des faits rigoureusement scientifiques, si tout le monde s'accorde à rendre réellement public ce que disent les objets "découverts" ou exhumés y compris les momies. Vous remarquerez la vaste publicité qui est souvent faite à la "découverte" d'une énième momie en route pour l'expertise en laboratoire. Puis, plus rien. La réalité c'est que très souvent, la momie a parlé. Trop de mélanine en elle. Or qui dit taux élevé de mélanine dit Noir. Alors silence. Sauf évidemment quand on peut se permettre de forcer un peu la dose de mauvaise fois. On vous présente alors Ramessou, plus connu sous le nom de Ramsès II, comme un homme blond. La preuve, dit-on alors: ses cheveux. Une triste plaisanterie. Savez-vous à quel âge ce vénérable est décédé? Il était largement nonagénaire. Quelle est la couleur des cheveux d'un vieux de quatre-vingt-dix ans? Les miens à moins de quarante sont déjà abondamment blancs... Pourtant les anciens égyptiens (les Kemmiou, comme ils se nommaient eux-mêmes) ont peint leur propres images sur la pierre. Ils ont dit à l'humanité entière à quoi ils ressemblaient, à quoi ressemblaient les autres peuples. Ils disaient être une ancienne tribu de l'Ethiopie antique: la Nubie, le Soudan, Kouch. ( éthiopia= visage brûlé en grec). Ils se sont peints Noirs. Comme les Nubiens etc. L'humanité est une vaste étendue historique où chaque peuple a apporté à un moment ou à un autre ce qu'il avait à offrir, à partager. Il est vain de le nier. C'est appauvrir l'Histoire que de vouloir lui donner un visage unique au miroir des destinées collectives. C'est appauvrir l'Humanité que de vouloir nier sa riche diversité.
Vous me permettrez d'ouvrir une courte parenthèse sur le mot censé représenter un peuple : Hyksos. En réalité, comme beaucoup de noms et de mots Kémétiques, hyksos est une réadaptation grecque de deux termes kémétiques : Hekaou (Hékaw) Khasout qui signifient "les étrangers". C'est pour cela que les traces de ces Hyksos n'ont jamais pu être retrouvées de nos jours. Car il s'agissait d'une horde de barbares sans aucune unité identitaire ou culturelle. Ils s'étaient fédérés autour d'une volonté d'envahir les cités les plus prospères de l'antiquité et d'y faire fortune. C'est ce qui leur permettra d'occuper le Delta de Kemet pendant plusieurs décennies. Leur cruauté permettra de maintenir les nationaux à bonne distance et de jouir de leur bien à foison. Seul le Peraâ (Pharaon) Iâhmès arrivera à les bouter dehors et à refaire ainsi l'unité du pays. Cameroon-Info.Net : Quelle est la problématique soulevée par Le Pharaon Inattendu, quelle est son importance pour l'Afrique d'aujourd'hui et de demain?
T.M.II : La fondamentale au niveau de la pensée qui conduit ce roman est évidemment l'Egypte antique sous le prisme négro africain. La problématique posée est celle de tout homme dominé d'une façon ou d'une autre et dont le mental a été codifié pour qu'il reste éternellement lecteur de sa propre vie et de sa propre histoire selon le paradigme d'autrui. Shona, l'héroïne, se demande si l'enfant qu'elle va mettre au monde aura les mêmes soucis. En tant que mère, donc transmetteuse de la culture au sens le plus large, elle se pose ces questions en supposant que l'enfant se les posera. Le problème c'est que cet enfant n'est pas comme les autres. S'il vient imbu d'une sagesse plusieurs fois millénaire, il sera quand même obligé d'apprendre les travers, les cruautés et crimes de l'homme, pour mieux envisager les réponses à donner à ceux qui l'envoient. Autrement dit, Le Pharaon Inattendu, au-delà d'un miroir intérieur sur le présent, sur le monde moderne, se veut le lien par lequel le présent tient ses solutions des sagesses du passé. Le passé africain enseigne la paix, l'amour, la sacralisation de l'individu, car l'homme est un prolongement du divin.
Les wolofs le disent : si on ne sait pas où l'on va, rentrons d'où l'on vient. Le plus difficile a été de savoir qu'on vient d'Egypte. J'ai donc dû faire une étude comparée entre l'héritage de nos ancêtres occulté depuis des milliers d'années, et la violence qui sévit dans le monde. Est-ce cette violence que nous allons léguer à nos enfants ? J'ai l'outrecuidance de penser que non : il faut leur léguer la Maât, la culture de la Justice-Vérité.
Cameroon-Info.Net : À l'heure où l'africain semble se complaire dans un afro-pessimisme à l'horizon fatalement obscur, vos héros vivent à Cuba mais vouent un culte sacré à Kemet, la Sève terre (Afrique). Comment en arrive t-on à vénérer obstinément une terre de misère?
T.M.II : La plus Grande des misères qui puisse exister est d'abord une misère spirituelle. Dans ce cas je vous accorde qu'à Kemet, l'Afrique, nous sommes effectivement dans une grande misère spirituelle. Ce qu'il faut savoir, c'est que quel que soit le domaine de développement de l'homme, il ne peut y arriver que s'il sait ce qu'il est, ce qu'il veut, comment il le veut, pourquoi il le veut, où il va, et surtout sur quel terreau il table sa démarche, car alors il sait ce qu'il a été. Or l'africain est aujourd'hui un hybride qui a épousé toutes les idéologies et théologies du monde, sauf celles qui devaient l'emmener à ne faire qu'Un avec ses ancêtres. C'est là que réside le mal. Si l'on n'arrive pas à faire une connexion entre le mental, le spirituel et l'avenir, l'Afrique se trompe complètement !
Ce roman, en soulevant le problème de la culture que nous devons donner à l'enfant qui naît, nous ramène au choix à faire : violences, bruits et mensonges, servilité de l'homme au diktat de l'ordre marchand ou revalorisation de la personne et de l'âme humaine ? Le Pharaon Inattendu est un roman éminemment spirituel, parce qu'il repose la question du silence.
La vénération de Kemet n'est donc pas contre-productive, elle est une projection optimiste sur le devenir d'un monde aux richesses humaines, spirituelles et matérielles inégalables, mais que le contexte actuel rend totalement inapte à imaginer sereinement le futur. C'est cette sérénité manquante qu'on ne peut retrouver que dans le socle cosmogonique d'un monde de paix.
Cameroon-Info.Net : Vous considérez donc la spiritualité qui sous-tend la vie de Shona et des autres personnages comme la solution sine qua non à la psychose des Africains ?
T.M.II : A mon avis, la psychose des africains est d'abord une détestation de soi. Plusieurs africains ont une haine d'eux-mêmes parce qu'ils sont incapables d'être ce qu'ils veulent être, et ils ne savent pas comment être ce qu'ils doivent être. Et c'est là qu'on retrouve l'africain chrétien catholique, protestant ou orthodoxe, musulman, athée, ou autre, adepte de tous les cercles de réflexion occultes ou avérés, sauf les siens propres : le culte des ancêtres. Un culte polysémique, polythéiste, donc démocratique. Et si l'africain se cherche, c'est bien parce qu'il sait qu'il n'est pas là où il devrait être. Il en existe même qui peuvent savoir où être, où aller, mais n'ont pas le courage de le vivre ouvertement et entièrement. Le jour chez le prêtre et la nuit chez le tradi-praticien.
Shona, l'héroïne a la même problématique: quelle éducation donner à son enfant, autrement dit quel choix de vie ? N'oublions pas que pour l'africain, traditionnellement, l'éducation n'est autre que l'école de la vie. L'enseignement que l'ancêtre donne à l'enfant, c'est lui permettre de découvrir sa capacité d'appréhender tous les phénomènes de la vie. C'est la raison pour laquelle le titre de sage peut être donné à une personne âgée, puisque l'enseignement qu'elle a reçu est complété par sa propre expérience. On ne peut donc vénérer qu'un peuple qui place l'homme au centre de ses préoccupations et non l'intérêt matériel qui tourne autour de cet homme. Si l'homme est Un avec lui-même et les ancêtres, il est spirituellement heureux et apte à braver le monde hostile. Il pourrait commencer à créer, à se projeter dans le futur. Mais s'il doute de ce qu'il est, il pourrait effectivement devenir un névrosé qui épouse toutes les logiques travesties qui existent à travers le monde, sans aucun rapport avec son moi et son avenir réel.
Cameroon-Info.Net: Sur l'esclavage ou la colonisation vous ferrez facilement des adeptes. Mais ne craignez-vous pas de braquer les lecteurs en abordant la question spirituelle ?
T.M.II : Il est vrai que certaines parties de cet ouvrage peuvent s'assimiler à une bombe à retardement. Je suis conscient de pouvoir braquer les gens et c'est tant mieux : on ne fait pas d'omelette sans casser les œufs… L'Afrique pour se développer doit retrouver sa spiritualité originelle, la protéger, donc se fermer autour d'elle. La révolution Meiji a permis aux japonais en 1868 de se fermer au monde entier et aujourd'hui le Japon est économiquement la première puissance mondiale. D'ailleurs lorsque l'Egypte ou Kemet se développait, elle n'était pas ouverte au monde. C'est après qu'elle se soit développée, et que sur le tard elle a accepté des étudiants du monde entier (principalement originaires de Grèce comme Pythagore, Thalès, Archimède, Platon, etc…), qu'elle s'est permise de s'ouvrir, démontrant au monde sa puissance. Ses ennemis ont donc fait des coalitions, et se sont mis à l'affût de chaque moment de sa faiblesse pour l'envahir. L'Afrique doit comprendre l'avantage qu'elle a d'être aujourd'hui la mamelle nourricière du monde, donc potentiellement la première puissance du monde, avec une forte réserve spirituelle humaniste. Il faut qu'elle se donne les moyens de se fermer à elle-même pour se faire Une avec son moi profond. Autrement dit : mettre à profit toute la croyance de l'homme depuis l'Egypte ancienne jusqu'au jour aujourd'hui. Ne nous demandons pas comment cela se fera, il suffit d'intégrer que l'Afrique ancestrale existe toujours, mais qu'elle est ridiculisée. Chaque fois qu'on dit qu'on va voir un tradi-praticien, tout le monde rie et vous prend pour un imbécile, parce qu'il faut désormais aller voir le médecin, le psy. Mais le médecin ou le psy ne résolvent pas tous les problèmes ! On le sait si bien que même certains responsables d'église passent leur temps chez les tradi-praticiens. Conscients que les solutions de l'Homme Africain ne se trouveront jamais dans les chapelles de pensée des autres. D'ailleurs pour se développer beaucoup ont dû récupérer tout ce qu'il y avait d'essentiel dans l'Egypte mystique pour créer nombre de sociétés secrètes ! Ce sont ces ordres mystiques qui dirigent le monde d'aujourd'hui. Donc c'est le clos, la pensée occulte qui crée des conditions de civilisation. C'est elle qui crée des civilisations.
Cameroon-Info.Net : Vous semblez justement exalter le rôle de la franc-maçonnerie dans l'émancipation des Noirs. Mais cet ordre aujourd'hui sublimé par les africains n'est-il pas l'un des piliers du système colonial que vous fustigez ?
T.M.II : Je ne suis pas très sûr d'avoir d'exalté le rôle de la Franc-maçonnerie dans "Le Pharaon Inattendu". Si le mot « émancipation » renvoie à ce que je sais, l'Africain n'avait nul besoin de s'émanciper : il avait déjà mis sur pied l'une des plus grandes civilisations de l'humanité. Sinon, la plus grande. En réalité, l'émancipation dont il est question concerne plutôt l'accès du Noir à la culture occidentale. La franc-maçonnerie est présente dans ce roman uniquement parce qu'elle a, à sa base, le principe d'humanisme et d'universalité positive qui sont les mêmes que ceux de la Maât, la Vérité – Justice. Et puis, il faut préciser que ce n'est pas moi qui évoque la question, mais des personnages qui s'interrogent sur son rôle dans la rébellion des esclaves. Il est clair que la Franc-maçonnerie a joué un grand rôle dans l'Histoire, notamment en Angleterre et en France pendant le siècle des Lumières. Influençant la Révolution française de 1789, et la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. C'est donc un rappel moral qui consiste à poser les hommes d'influence (les Francs-maçons) et le résultat de leurs œuvres sur la balance de la vérité à dire et de se demander si les Lumières qui en ont découlé et aujourd'hui tant encensées méritaient le qualificatif d' « universelles ». Autrement dit : ces Lumières étaient-elles aussi Noires ? C'est aux historiens d'y répondre.
Cameroon-Info.Net : Votre roman est un riche voyage qui explore aussi bien le Congo de Lumumba que le Cameroun de Um Nyobe, en passant par Haïti de Toussaint Louverture, ou la Martinique d'Aimé Césaire. Pourquoi avoir planté le décor principal à Cuba ?
T.M.II : Cuba a été partie prenante dans la lutte pour la liberté de l'Afrique coloniale. Notamment l'Angola. Après l'indépendance de l'Angola en 1975, les USA bondissent sur ce jeune Etat sous prétexte qu'il s'agit là d'un territoire d'influence soviétique. Cuba va aider l'Angola en proie aux canons sud-africains, plénipotentiaires des USA dans cette partie du continent. Quoi qu'on dise, c'est à saluer. Cuba était également pour moi un prétexte mystique et spirituel. Sa situation géographique lui donne un champ d'énergies contraires me permettant d'installer mon intrigue et faire fondre dans les eaux des influences négatives capables de taire le flux de l'écriture. Cuba émerge entre deux courants d'eau: l'océan Atlantique à l'ouest et la mer des Caraïbes à l'est. Ces deux eaux charrient des énergies antagoniques à l'intérieur desquelles dorment les âmes de bien de pauvres hères. En exploitant l'histoire et le rôle de ces eaux sans lesquels le drame de l'esclavage n'aurait pas connu l'ampleur qu'on sait, j'ai pu me rendre compte du fait que le mal n'a pas totalement été lavé. Aucune étendue marine ne peut donner la paix aux âmes de tant d'Africains sans sépultures qui errent en ces lieux ! Notons également la survivance dans ce territoire d'un ensemble de cultes ancestraux africains à partir desquels s'est formé un syncrétisme original. Tous ces éléments étaient une richesse humaine inattendue. Je l'ai exploitée.
Cameroon-Info.Net : N'est-ce pas utopiste aujourd'hui de croire les Africains capables de se libérer complètement du joug colonial?
T.M.II : A mon avis, l'utopie n'est pas une mauvaise chose. C'est même peut-être la solution. Nous avons à rêver de jours meilleurs, parce que tout esclave qui nourrit son rêve de liberté, même par l'utopie, est déjà un homme libre !
Cameroon-Info.Net : La quête identitaire ne risque-t-elle pas de conduire l'Afrique vers un repli fatal ?
T.M.II : Je ne vois pas pourquoi un repli africain serait fatal. Le monde entier ne le fait-il pas déjà sans que cela choque davantage? Quiconque n'a pas le même discours que l'Occident vu sous le prisme intolérant de George de Bush aujourd'hui n'est-il pas dans le fameux « axe du mal » ? Pourquoi l'Afrique qui a toutes les richesses pour être à l'aise chez elle, ne peut-elle pas faire ce repli sans être taxée de tous les maux possibles ? Il ne s'agit pas de détester qui que ce soit ! Ce qui importe c'est de se préférer. Savoir que nous allons vers ce rendez-vous du donner et du recevoir dont parlait Senghor (qui pour une fois a dit quelque chose de censé) avec ce qu'on est, et non avec ce qu'on nous dit qu'on est. Nous irons donc à ce rendez-vous parés de tous nos atours kémético-nubiens, égyptiens, africains. L'Africain pourra donc se dire : « Si mes ancêtres ont été aussi Grands, alors je suis potentiellement un Grand». Il s'agirait ensuite de transformer ce potentiel de fierté en faits de civilisation. C'est la démarche que doit avoir l'Afrique aujourd'hui.
Cameroon-Info.Net : Mais dans ce cas pourquoi cette présence massive du métissage dans votre roman, alors que vous préconisez le retour aux sources ancestrales ?
T.M.II : Nous sommes tous des métis. Occidentaux ou Africains, aucune de nos identités actuelles n'est sauve. Mais le meilleur des métissages est déjà celui qui allie deux identités précisément distinctes.
Cameroon-Info.Net : Pourquoi avoir choisi Ramsès II plutôt qu'un autre Pharaon ?
T.M.II : Tous ceux qui se présentent comme éminents égyptologues ou historiens spécialistes de l'Egypte attestent volontiers que Ramsès II était le Pharaon Lumière. Donc l'un des plus grands, sinon le plus grand. Il est de ce fait normal que la première fois qu'un négro-africain scénarise le passé de ses ancêtres égyptiens, sans la falsification, il s'appuie sur le plus brillant! Certains, sous le prisme de l'égyptologie ne parlent-ils pas que de la période des Ptolémées qui ne commence qu'avec la conquête d'Alexandre le Grand en -333 ? Ce qu'ils oublient de préciser, c'est que, non seulement les pyramides existaient des milliers d'années avant que ces Grecs ne foulent le sol Egyptien, mais que ce sont justement les Grecs qui se sont égyptianisés. Au lieu de restituer la vérité à l'Histoire, ce sont les Ptolémées qui sont présentés comme Les égyptiens et le doute semé quant à la négrité de ceux que les envahisseurs ont trouvé sur les lieux. Il était d'emblée hors de question que je prenne un Pharaon de cette dynastie-là. Comme Ramsès II est resté le plus grand, le plus prestigieux, il est logique qu'il soit celui qui revient sur terre rassembler son peuple éparpillé à travers le monde, afin de le ramener spirituellement vers Kémet, l'Afrique.
Cameroon-Info.Net : Lorsque le Pharaon (Page 450) dit : « Pourquoi réclamer un passé riche alors que vous bénissez l'horreur de vos jours de passivité ? Sculptez vos soleils et le passé vous sourira », qu'est-ce que cela signifie ?
T.M.II : C'est indéniable : nos ancêtres sont de ce territoire appelé aujourd'hui Egypte. Mais il ne faut surtout pas s'arrêter à ce niveau. Nos détracteurs nous dirons : « très bien, vous êtes les grands bâtisseurs des pyramides, vous êtes tout ce que vous voulez, on vous l'accorde. Mais à quoi ressemblez –vous aujourd'hui ? Au Soudan qui a faim, au génocide du Rwanda, à l'Erythrée qui a du mal à s'en sortir face à l'Ethiopie, le Rwanda contre le Congo démocratique, etc… Pourquoi tout ce désordre alors que déjà vous ne représentez que 2% du commerce international ? ». L'Egypte ne doit nous intéresser que si nous les Africains, sommes capables de la prendre en miroir et de faire autant, sinon plus. C'est pour cela que la question du Pharaon est capitale. Il s'agit de sculpter notre avenir, et non de vivre dans le passé glorieux de nos ancêtres. Parce que nos enfants demain auront également besoin de nous savoir les Grands de notre époque. Tout reste donc à faire pour répondre à l'exigence du futur.
Cameroon-Info.Net : Quelles sont les recommandations que vous donneriez à la jeunesse d'aujourd'hui?
T.M.II : Il ne s'agirait pas seulement de la jeunesse, mais de chacun d'entre nous. Ce livre va travailler dans la durée. Il se veut important pour tous ceux qui se posent la question de leurs origines, des valeurs de leurs ancêtres, de leur identité. Qu'étions-nous avant l'arrivée du colon ? Que sommes-nous par nous-mêmes ? Il est temps qu'on se rapproche des hiéroglyphes qui sont nos textes sacrés. Le travail de descente de l'Amphithéâtre vers la cité que j'ai fait en écrivant ce roman n'à d'autre but que de rendre accessible les travaux de Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, et tous les autres, qui n'ont fait que parler de leur culture. Je me demande d'ailleurs pourquoi ils ont accepté les titres d'égyptologues, puisqu'on ne peut être spécialiste de sa propre culture.
Cameroon-Info.Net : Quelles sont vos influences littéraires et idéologiques ? Ont-elles pesé sur l'écriture de Le Pharaon Inattendu ?
T.M.II : Je rends hommage à mon père. Qui m'a appris à lire entre les lignes de tout document sur lequel je tombais. Révérend Pasteur, il m'a enseigné la théologie comparée : comment aux quatre coins du monde l'homme se présente à Dieu. Il m'a appris l'amour de l'Homme et celui de l'essence des choses. Je rends également hommage à Aimé Césaire. C'est la lecture de son poème « cahier d'un retour au pays natal » qui a tout déclenché. Notamment le passage dans lequel il parle ironiquement du Noir qui n'a jamais rien inventé. Je revoyais la houe avec laquelle la terre est labourée autour de moi, une houe qui n'est autre que le prolongement de la main et qui réduit l'effort et indique en celà, la marque de l'intelligence, notre intelligence. J'observais les symboles du pouvoir de l'Etat, du roi, les symboles de la puissance mystique, les magnifiques sculptures de la famille royale à laquelle j'appartiens, et me demandais comment il était possible qu'on me dise que le Noir n'a rien inventé. Si l'invention n'est pas la simplification des difficultés matérielles au moyen de la transformation de la matière ambiante, si elle n'est pas la remodélation de l'existant pour s'en faire le créateur, qu'est-ce que c'est ?
Le voyage de Cheikh Anta Diop au Cameroun, juste avant son voyage vers le pays qui aime le silence et son passage devant Osiris (ndlr: sa mort) a été déterminant dans mon processus de maturation intellectuelle. Les enseignements de ce grand savant africain m'ont permis de saisir l'entité Egypte comme sujet de réflexion et de recherche. Je n'oublierai pas Frantz Fanon qui m'a permis de faire mien que « Chaque génération doit découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ». Toutes ces influences peuvent effectivement se voir dans le Pharaon Inattendu. Et c'est un honneur pour moi. D'ailleurs Aimé Césaire y a un personnage qui joue son propre rôle de poète et de Maire!
Cameroon-Info.Net : Quel est votre leitmotiv dans la vie?
T.M.II : Aller plus haut, toujours plus haut, et encore plus haut.
Cameroon-Info.Net : Vous croyez en la réincarnation. Si vous aviez le choix, sous quelle forme reviendriez vous sur terre?
T.M.II : Je laisse Râ, le Dieu de Lumière et de la régénération, éclairer ce chemin-là.
Cameroon-Info.Net : Un dernier mot pour nos internautes ?
T.M.II : Je les remercie d'avoir le courage de se poser les questions utiles à leur entendement : Qui je suis ? D'où je viens ? Où je vais ?
Le Pharaon Inattendu Disponible dans toutes les bonnes libraires et sur : www.fnac.com www.menaibuc.com FNAC PRESENCE AFRICAINE L'HARMATTAN BE ZOUK ANIBWE
MesanediNdenge jombwa diwotoBemunè be semedi o sawaBe tuti misodiMa ba bena ba bolonè dipitaNà wei i sonji o dibobèI timbane lô o masoso ma mikusaNa o bepopo ba bana ba nyuwéMadoi mà busé ela o elaMadoi ma tèbè Ela o elaDipita di busi o tongoa dibunjèNgengeti ini langwaKumba tangè o pemisana nyambéDi lomé mitilaMi ma tutè dibo o mbomboa nginya jongèlèEwu tè esawabèE songobèlèNà wonja mboa ni tèmèbèE bukè dipitaE bè nde bebolediWèèè, Esè nduta minya éNguba kumba e sosobè o esangoa njusubéEba mudesi na biala ba bangisan ba timba jènè la mudi Ba bena ba botisè dimbamè maloki ma sawBa biyé naMidi ma batétè mi mèndèO nyimèlè babo
Minuit sonne à ma porte
Je sens ses rituels de sang impur
Cadencer mon envie de dédire
Les cendres de sourire qui m'assaillent
Je sens son dos creuser mes reins éprouvés
Je sens ses haines
Aboyer par-dessus mes veines
Comme pour faire de moi
L'éternel prisonnier d'une savane brûlée
Depuis les matins souvent
Minuit sonne à ma porte
Et je sens sa bave éructer
Mes douleurs perchées
Sur les sommets de travers
Et rire des larmes de la terre
Calant l'impropre souffrance du temps
Quand le ciel bas enfile ses bas de fer
Comme un sublime ennui de se savoir inutile
Depuis minuit souvent
Viens donc sale bête
Vorace comme la fosse qui théberge
Frivole comme tes aisselles de fiente
Tes ailes aux épines de joie égorgée
Se lasseront tôt d'avoir ourdi tant de sueur
Sur la pomme promise à l'emblavage
Des doux temps de printemps
Alors viendra également mon manteau
Sur mes épaules et sur mon coeur
Etaler la douceur de ses chauds instants
Au coeur de ma poitrine haute et fière
Dessiner les nouvelles haleines
Des fleurs d'être qu'aussi pures que le bonheur
Aussi dès que j'ai puJ'ai arraché quelques signes d'encreA l'arbre du sens planté dans les sueurs J'y ai posé un bout de sourireIl a sonné juste en ses desseinsJ'ai souri / puis je l'ai déchiréJ'ai voulu être poèteArtisan peut-être / Maître-collier-de-salive c'est sûr
Fou dans la folie qui infatigablement déambule D'âme en âne / de barreau en bourreauPortant lourd mon collier-déchirureQui s'écroule sur une feuille-bâillonQu'égrène un chapelet premier de sangUne raie Un regardPuis les ombres / puis les silences / puis un nom
Lumumba-Mandela-Um-Nyobè-Kwame-Nkrumah
Réclus de la paix bavante Dans une barrique borgneQui au ciel hurle mes mortsNouveaux / Permanents / exposés au sang de haineCinq centaines de haines réfléchies / enseignées / nourries Que devient une maisonMa maison / ma prairieJ'ai voulu être poèteRaison m'en a fallu / car sur l'heureJ'habite une cause / l'angoisse berce mon âmeMa maison est une saisonDont le soleil attise l'inondationDe la lie humaine qui toujours m'emporteJe marche sur les pas de mes pèresBranche attachante des diseurs de vieQui bien disent comment bien mourir Sur cette terre livrée à sa grise livréeLentes saisons inaltérables et sans amourJ'ai voulu être poèteJ'attends mieux encore qu'hierLa candide poésie des choses Le frisson du maître de l'aube me déchireMes nuits s'épurent d'étoiles pures des nuitsMes jours se gavent de larves et de feux brûlant Mes cohortes d'espoir éteint / maudites / qui pleurent Les éclats de rires d'enfants qui gambadentLes perdrix qui chantent le triomphe du soleil au matinLes chiens qui courent après les mouches suspendus à leurs oreillesLe chant des ruisseaux qui caresse le duvet des rochersLes clapotis des femmes pleines qui se décrassent des sueursLe râle plaisant des vieux qui s'éteignent par-dessus l'iris concubinL'herbe vraie qui dodeline et parfume la ligne d'horizonA l'ombre des baobabs témoins de ces paradis assassinés
J'ai voulu être poète
J'attends mieux encore qu'hier
La candide poésie des choses
J'ai voulu être poète
Prétentieuse langue à l'étoile des nuits sans fin
Borgne entêté qui fouille le plaisir des âges
Et sombre par contumace dans la candeur
Héritée des soleils continuellement éventrés
Aussi diriez-vous aux vents / aux mers
Je me charge de le crier sur les montsQue mon souffle / que ma mère / m'ont élevé au petit lait Des rames qui fendent les eaux nauséeuses du mal humain Où tant d'esprits supérieurs toujours se pervertissentSurpris par leurs amours des ors de l'immédiat Dites donc aux hommes / dites aux machinesJe me charge de le dire aux livresQue l'amour de l'homme pour l'homme Est le plus beau livre à jamais écrire Sur les chemins de sueur de toutes les viesJ'ai voulu être poèteAssis sur deux siècles parricides / fratricides / matricidesMon cheval des lunes défait de mors / défait de cœurSaboté aux secrets des chambres obscuresPatauge sans fin sur la semence des imberbesAuxquels la honte même a fait son déni d'amitié
Voici ! je suis au cœur du cœur des miroirs de l'être
Et je vois les chars obstruant la beauté de mes mains ouvertes au temps
La beauté de mes terres fendillées à l'hydrogène explosant
Le souffle de ma vie multiple soufflé au crachat des plus malins
J'ai voulu être poète
N'était-ce pas la déraison de mes frissons d'attente?
L'homme qui avec fierté court à la plénitude
Est la vanité même / molle patte de vermine
Qui aveugle les célestes lumières
Qui seules savent comment venir
A soi / toujours.
J'ai voulu être poète
Mais la sublime porte du sens
S'est aussitôt rétrécie
Me laissant plié au seuil de mille questions
Moi l'enfant jamais sorti des langes
Qui comme le poète refuse les beautés fécondes
D'une maturité assommante des illusions de ce monde
Trop lourde est la vie pour les épaules d'une pensée solitaire
J'ai voulu être poète
Mais l'essentiel n'était-il pas de naître au sens?
Par Thierry Mouelle II
Conférence donnée à Epinay Sur Seine (banlieue de Paris, France) le 26 mars 2007 à linvitation de l'association de la jeunesse africaine de la diaspora. (Larges extraits)
Mesdames, Messieurs,
Permettez-moi tout d'abord, en ce jour que vous avez choisi pour instituer une réflexion intime sur l'essence de nos jours et marquer ainsi les esprits sur la place de la Femme africaine au sein de son espace de vie, permettez-moi de vous adresser mon salut fraternel et les salutations des ancêtres dont j'appelle l'esprit bon et pur à concourir à la clarté de mes propos. Que mes écarts de langage soient miens, que ma possible éloquence leur soit due.
Merci à vous d'être venus nombreux pour fusionner nos réflexions en vue de tenter d'y voir un peu plus clair quant à nos valeurs et perspectives, surtout lorsque pris dans l'ivresse du temps nous ne faisons pas si souvent le point pour savoir où nous en sommes avec nous-mêmes, avec nos enfants, avec nos femmes, nos soeurs et mères, dans un espace de vie où tout mérite chaque jour d'être reprécisé.
Ce préliminaire énoncé, je puis dire que lorsque je fus approché pour essayer de réfléchir sur le rôle de la femme africaine dans la marche de la cité, je me suis avant tout demandé de quelle cité il sagissait, de quelle Afrique il était ou il va être question, mais surtout de quelle femme de cette Afrique nous serons amenés à parler.
Cette distance par rapport au thème préalable m'a permis de garder en mémoire qu'un sujet comme celui-là peut être une porte ouverte à tout, y compris à la déperdition de la pertinence des arguments convoqués pour parler de la femme, de l'Afrique et de la Cité. C'est pour cette raison que j'ai dû proposer à mes partenaires de cette journée mémorable de recentrer le propos et de retenir comme vase de réflexion le thème : "le rôle et la place de la femme africaine dans la marche de la société, de l'antiquité à nos jours". Ce que mes interlocutrices ont amplement accepté.
Ainsi libellée, notre réflexion pourrait alors garder toute sa prétention de miroir sur sa propre linéarité dans le temps. Les puristes diraient quelle se voudrait diachronique, permettrant en l'occurrence de préciser rapidement qu'il sagit de la Femme africaine Noire, donc celle qui vécut, vit, vient, et/ou a ses origines autour et au sud du Sahara, ses diasporas transcontinentales comprises.
Nous traiterons donc, dans un premier temps du rôle de la femme dans les sociétés de l'Afrique ancienne. Notre corpus retiendra la société kemetico-nubienne, celle qu'on identifie aujourdhui, des suites d'un glissement itératif de sens, comme la société égypto-nubienne, pour nous fixer dans les temps les plus anciens ; la société congolo-angolaise, dans sa vue purement royale de l'époque du Kongo, pour nous fixer dans les temps précoloniaux. (Nous ferons un clin d'oeil à la société d'Abomey et celle Yoruba, oralement)
Nous traiterons ensuite du rôle de la femme africaine dans les sociétés de l'Afrique moderne. Nous entendrons par moderne, l'époque qui englobe les différentes Saisons Coloniales et postcoloniales. Notre corpus retiendra les sociétés sawa du Cameroun pour nous fixer dans les temps postcoloniaux. Nous traiterons de la femme dans la sphère moderne du fonctionnement des administrations soumises au paradigme de l'effort de construction d'une société, paradigme hérité de la colonisation ; nous traiterons de la femme noire de l'errance (autrement dit celle des diasporas et plus principalement celle de la diaspora francophone localisable en France métropolitaine). Si nous avons du temps, nous ébaucherons une comparaison sociologique de la part de visibilité prestigieuse entre la femme noire en France et sa consoeur vivant en Angleterre. A dessein, Paris et Londres suffiront comme exemples d'espaces illustrant les différents champs qualitatifs d'expression de la femme noire à la croisée des valeurs acutelles et/ou du vaste passé, sans exhaustivité.
I- Prémisses de modernité dans la société kémético-nubienne de la période pharaonique.
Mesdames, Messieurs,
Au stade actuel des recherches réalisées sur le vaste passé africain, ce qui a été rendu public et qui concerne la société kémético-nubienne de la période pharaonique nous laisse voir une société structurée, héritière d'une succession de vues et d'éthique où il n'existe aucune rupture valorielle, aucune rupture de considération, entre l'homme et la femme, mais plutôt exalte-t-elle la réaffirmation d'un contexte chaque fois répété de la délivrance de l'humanité de ses propres travers en rendant possible l'apparition de la puissance et de la beauté féminines dans la civilisation humaine.
Alors qu'une société civilisée de nos jours affirme avant tout sa puissance par les valeurs phallocratiques du mâle dominant (valeur symbole du pénis en érection), la société kémético-nubienne de la période pharaonique met plutôt en scène des personnages mythiques sortis du respect qu'elle voue aux femmes.
Ainsi, la première considération faite au ciel est féminine : la déesse Nout. Tout comme la Création : symbolisée par la déesse Iusaas.
Mais les anciens africains ont également su tirer sens de la complexité de l'être féminin (qui n'a rien d'exceptionnel aux côtés de celle du mâle, soit dit) : on trouve cette complexité en Mafdet, déesse des scorpions et des serpents. Kek et Kauket sont ainsi les déités de la nuit, de l'obscurité et des choses incompréhensibles. Arrêtons-nous un instant sur ces symboles de première importance du point de vue de la cosmogonie d'hier à aujourd'hui : le serpent, le scorpion et la nuit.
Par-delà son image effrayante le serpent n'est pas qu'une créature de mort, il est également un Dieu créateur, protecteur, symbole de l'humanité dans son aspect évolutif, du fait qu'on est conçu, on vit et on meurt. Dans plusieurs sociétés africaines depuis l'époque pharaonique à nos jours, il porte en lui la vie passée et à venir, représente ceux qui ne sont plus là et qui veillent scrupuleusemet sur les leurs. Dans ses crocs venimeux, il ne porte pas que la mort, il porte la contre-mort, par ceci que son venin est également un contre-poison, un antidote. Ses muscles sont le rempart "constrictif" qui broie tous les ennemis de la nation. Son ventre digère jusqu'à l'expulsion dans les eaux du fleuve, les restes de l'ennemi. Sa présence est rassurance dans la concession. Le serpent ne tue alors que pour préserver le cycle éternel de la Renaissance. Ouadjet, l'une des deux déesses tutélaires de l'Egypte pharaonique est un serpent : le cobra royal. Il participe au nom de titulature du Pharaon, en l'occurrence son nom de Nebty "les deux maîtresses" ou la double puissance, nom qui place le roi sous la double protection de Nekhbet, la déesse Vautour (symbole de la Haute Egypte) et Ouadjet (sic), la déesse Cobra (Basse Egypte).
Si telle est la place du serpent dans la société africaine qu'en est-il du scorpion?
Il était un insecte très redouté des anciens Egyptiens. Bien qu'il n'attaque pas, il pique celui qui le touche par inadvertance, et sa piqûre peut être mortelle; amulettes et formules magiques étaient utilisées pour se protéger contre sa piqûre ou la guérir. Dès la fin de la période prédynastique on commence à vulgariser des représentations de scorpions et la période thinite a fourni quelques amulettes en forme de scorpions. Une fois divinisé, le scorpion devient le symbole de la déesse Serket, Selqit ou Selket, celle-même que les Grecs on appelé Selkis; cependant, dans les représentations hiéroglyphiques des tombes, sa queue armée du redoutable dard est supprimée, afin qu'elle ne puisse pas piquer le défunt dans son Voyage vers le pays qui aime le silence : l'au-delà. A la fin de la période préhistorique, il inspire le nom d'un roi de Haute Egypte, Khepri (scorpion). Serket ou Selkis est l'une des quatre déesses qui gardent les vases canopes dans lesquels sont contenus les viscères du défunt. Signalons, pour ne pas nous y éterniser, que dans le mythe d'Ousir (Osiris) c'est Serket qui est chargée de prendre soin de l'enfant Hor (Horus) caché dans les marais par sa mère Aset (Isis) pour échapper à Soutekh (Seth), le dieu du mal. Le mythe biblique de l'enfant Moïse sauvé des eaux du Nil s'inspire principalement de cette partie du mythe kémétique.
Pour ce qui est de la nuit que nous avons également évoquée, autrement dit l'obscurité dans les sociétés initiatiques, elle symbolise, dans la société africaine ancienne, le moment ésotérique le plus important car il met l'être humain, au sens même du mot « ésotérique », en lecture de lui-même ; il le met face à son miroir intérieur. La nuit est conscience, elle est appel de soi vers soi-même, pour répondre à l'équilibre de son être et dire son dedans avec plus de clarté que jamais le jour, par sa lumière éblouissante, donc perturbante, ne pourrait assez le faire.
Le symbole de la nuit faite femme est ici un moment fort de la connaissance de l'univers soustrait au premier entendement. En partant de la femme, la société africaine de l'époque pharaonique entreprend une introspection en elle-même et aboutit au décryptage du sens réel de l'être. Qui sommes-nous? D'où venons-nous? Où allons-nous? Comme pour dire que la femme est l'homo sapiens sapiens par excellence : elle est l'Homme arrivé à son stade de maturation le plus accompli, qui lit et dit l'univers avec simplicité et force afin de marquer sa propre complexité. La femme, à travers les différentes configurations symboliques qui accompagnent et disent la société, connote la puissance même du Peraâ (pharaon). Les éléments les plus stables dans leur diversité interne sont symbole de féminité. Il en est ainsi de l'avertissement visuel que le Pharaon porte sur son atef royal, sa couronne: la déesse Ouadjet, le cobra sur sa posture de tête dressée (en grec uraeus= érection). Cette déesse achève de donner sa place la plus affermie au féminin ,et partant du féminin, à la femme dans la société politique, spirituelle et religieuse de l'Afrique ancienne. Sur cette partie, nous pouvons donc conclure que la femme africaine porte la quintessence philosophique même de la civilisation kémético-nubienne : c'est elle qui dit, et c'est à travers elle que se dit, comment se représenter le monde, l'interpréter, le vivre. Noun elle-même, le fleuve primordial d'où tout vient, qui est la base de toute la cosmogonie kémétique n'est-elle pas une déesse? Il en est de même de la Douat, le lieu qui aime et anime le silence éternel ( l'au-delà) est : féminine. L'univers lui-même, si l'on le regarde comme se le représentaient les anciens kamits, est une femme voûtée et sous le ventre de laquelle l'ensemble des êtres et des choses vivent et se meuvent. Nous venons (dans le sens de sortir, d'émaner, de naître) de la femme, et à la fin de notre périple sous le soleil, nous partons vers la femme, nous enseignent les ancêtres.
Par symbole interposé, et même souvent au-delà du symbole, la femme joue également le rôle de défenseuse de valeurs et de l'ordre établis.
La première fois que l'autorité du Dieu Râ fut contestée par les hommes, c'est encore une femme (deux fois dieu) : la déesse Hathor (La-demeure-du-dieu-Hor) qui monte en première ligne et rétablit l'ordre. Elle pourchasse les insurgés dans le désert et les élimine tous. Une petite explication me paraît indispensable à ce niveau, quand on sait que la déesse Hathor a pour principale activité la musique et la danse. Par pure logique, elle ne peut donc avoir tué les ennemis du royaume que par et avec l'art. C'est tout ce qu'elle a reçu de la vie comme atout !
Comment est-ce possible ? Comment peut-elle avoir tué les ennemis de Râ en n'employant que l'art de la chanson et de la danse? Pourrait-on se demander.
Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, nous sommes devant une philosophie qui met en valeur non pas la création destructrice comme référent sociétal, mais l'accommodement fait à la création du beau utilitaire dans lequel à l'esthétique est donnée autant de puissance qui ne pourrait avoir d'équivalent de nos jours que la bombe atomique. (J'exagère à peine). Car, de mon point de vue, les ennemis de Râ, le Dieu des dieux, symbole puissant de l'unité et du rayonnement du pays et, partant, de l'univers, ne peuvent pas se concevoir comme une petite troupe qu'on pourrait anéantir avec quelques flèches. Il s'agit d'une véritable masse insurgée au nombre considérable et que Hathor, l'Horus féminin dédié à l'expression du beau, renvoie habilement dans les abîmes du néant. L'art, ici symbolisé par le chant et la danse, parvient aux mêmes résultats que les victoires des armées de Ramessou, le fils de Soutekhy (Ramsès II) : la défection des insurgés. L'ennemi est donc défait, mais principalement dans son âme et dans ses sens. Hathor nous enseigne que la grâce et la beauté sont aussi utiles et efficaces en temps d'adversité que les armes les plus dévastatrices.
L'art, porté par le symbole de la femme sublimée, combat donc mieux le mal dans la société des hommes que les armes conventionnelles. Voir à ce sujet Le livre de la vache du ciel de Charles Maystre, publié en 1941 et qui reprend l'ensemble de l'épopée d'Hathor en hiéroglyphes et que nous rapporte l'excellent livre du Pr Théophile Obenga : La Philosophie Africaine de la période pharaonique.
Du point de vue initiatique, ésotérique, et selon les anciens kamits, ceci est vérité : la puissance du Verbe et la sublimation du corps comme substrat du Sacré, particule des dieux, vallent mille millions de mort évidés de leur sang. C'est dans les esprits que s'opère et doit s'opérer le combat pour le changement vers la paix et l'amour dans la cité des humains ; c'est par l'imagination active et humaniste que doit passer le meilleur des victoires sur le mal humain. Comme tout est symbole dans la société pharaonique, nous garderons donc en mémoire que la victoire de l'art sur le mal de la cité est préférable à la violence d'autant plus que la société kémético-nubienne a pour vertu cardinale la Maât, le principe Vérité-Justice. La Maât qui est encore une fois symbolisée par une femme portant une plume d'oie sur sa tête, symbole de la légèreté de la vertu, mais également de sa fragilité. Là aussi, nos ancêtres nous apprennent que justice et équité sont femmes,donc délicates à choyer, à entretenir (au sens d'en prendre soin) en permanence.
Il en est des dieux comme des êtres humains. Il n'est donc plus besoin pour nous de nous étaler en longueur sur la place de la femme dans la société nilo-égyptienne, quand pour le démontrer nous aurons convoqué quelques autres déesses pour dire combien l'homme noir ancien vénérait la femme au point de lui consacrer plus de symboles sacrés dans son panthéon religieux qu'il ne l'a fait pour lui-même, ses testostérones bien en place. Citons au passage Aset, plus connue sous son appelation grecque : Isis. Déesse mère, mère de tous les dieux, épouse de Râ le magnifique. Sa place est telle et si incontestable qu'elle est reine de chaque nome (lchacune des quatre-deux provinces de Kemet, l'Egypte ancienne).
La liste exhaustive de ses attributs indique qu'elle est appelée Ament à Thèbes, Menhet, à Héliopolis, Renpet, à Memphis, Sept, à Abydos, Hetet, à Behutet, Hurt, à Nekhen, Thenenet, à Hermonthis, Ant, à Dendera, Sesheta, à Hermopolis, Heqet, à Hibiu, Uatchit, à Hipponus, Mersekhen, à Herakleopolis, Renpet, à Crocodilopolis, Neb-tept, à Arsinoe, That, ou Tchetut, à Aphroditopolis, et Shetat, à Bubastis. Parmi ses divers titres évoquons la divine, l'unique, la plus grande des dieux et déesses, la reine de tous les dieux, Râ fait femme, Horus fait femme, l'oeil de Râ, la couronne de Râ-Heru.[1]
Citons aussi Anuké, la déesse de la guerre ; Anuket, la déesse du Nil ; Astarte, la déesse guerrière ; Bastet la belle déesse chatte ; Bat, la déesse vache ; Hathor que nous avons déjà évoqué, la déesse du chant et de la danse ; Heqet, la déesse grenouille ; Heret-Kau, la déesse qui investit les esprits, Beset, la déesse de labondance, Ipy ou Opet, la déesse mère dOsiris, Iusass citée plus haut et qui est déesse de la Création.
Isis prit l'aspect et les attributs de plusieurs autres déesses comme Selkis, Hathor déjà amplement évoquée, Neith et Nout, pour les fondre en une seule et unique divinité : elle-même.
Autant de place faite au symbole féminin ou mieux, à la femme, ne surprend donc pas quand, quittant ces hautes sphères des dieux, nous arrivons dans le monde des réalités sensibles pour constater également que la Femme africaine y joue un rôle social, politique et économique de premier ordre.
Dans la société kémético-nubienne, la femme est médecin (sounou, swnw). La plus illustre dentre elles, en ces temps reculés, est la reine Hatchepsout. Ses talents de médecin en chef étaient réputés dans le monde entier au point que les patients les plus illustres venaient de Syrie et d'Hélène, les deux puissances rivales de son époque pour bénéficier de sa science du corps et de l'esprit.
Vous me permettrez de préciser que la science médicale pharaonique guérissait à la fois le corps et l'esprit, le visible et l'invisible, car pour nos ancêtres, il n'y avait pas de science, donc de connaissance encore moins de savoir sans une once de magie. La magie elle-même éant ce que nous appelons "science" de nos jours.
Elle traite du coeur, des dents, de la peau. Le papyrus Ebers (108 pages) est exhautif sur la nature et la qualité de la médecine pharaonique.
Mais revenons à Hatchepsout pour signaler qu'elle est également architecte. C'est sa Majesté royale elle-même qui supervise les travaux du Temple qu'elle bâtit et qui lui est consacré, taillé dans la roche. Ce temple est encore visible dans la Vallée des rois à Thèbes. Il est remarquable par sa magnificence.
Nous aurions dû commencer par elle. Car bien avant la précitée, une autre femme de la société civile kemetico-nubienne a marqué les esprits son nom : Sesha.
Epouse dévouée d'Imhotep, le grand savant, et premier codificateur de tous les systèmes géométriques que connaîtront et mettront en application les différents rois bâtisseurs de pyramides, Sesha est mathématicienne.
On lui accorde d'avoir calculé tous les possibles et estimations de grandeur de nombre de réalisations dont les finitions sont attribuées à son époux, Imhotep.
La femme égyptienne est reine. Elle est donc premier magistrat. Elle rend justice au nom de la déesse Maât. Première prêtresse. Contrairement à ce qu'en a dit Hérodote qui, pour n'avoir trouvé aucune femme officiant ouvertement comme prêtresse a conclu que les femmes sont exemptées de prêtrise. Je rappelle qu'Hérodote a visité l'Egypte à une période où elle est conquise, occupée et dominée par le roi perse Cyrus (580-529 av notre ère), fils de Cambyse. Y a-t-il là une cause à effet ? La prêtrise est-elle à cette époque précise interdite aux femmes du fait de la domination des valeurs étrangères phallocratiques ? Quand bien même nous pourrions accorder foi à "l'enquête" d'Hérodote qui affirme n'avoir vu aucune femme dans les temples ou ailleurs, certainement, exerçant les fonctions de prêtresse une autre lecture de ces faits reste possible. Car tradionnellement, et cela n'a pas changé de nos jours, la femme africaine est prêtresse, chef de culte, chef de tous les prêtres y compris le Grand Prêtre, chef du clergé. La Reine n'est-elle pas la Responsable du contenu et de la forme des cultes? Elle est initiée aux différents grades jusqu'au grade le plus élevé du clergé. Si la prêtrise qui est l'alpha et l'oméga de la fonction sociale était interdite aux femmes, nul doute que la fonction pharaonne lui serait également interdite. Je soutiens qu'il ne peut y avoir de déesses là où aucune femme ne peut être prêtresse du fait de son sexe. Car les déesses ne sont pas plus symbole sacré de la femme que la femme prêtresse qui leur rend grâce et dévotion.
La femme égyptienne (de la période kémético-nubienne) est donc visible au sens social du terme. Elle joue les premiers rôles au sens politique. Elle n'a aucune place à conquérir, du moins l'histoire ne nous l'enseigne pas. Aucune considération ne lui est d'office refusée parce qu'elle est née femme. En revanche, le long du temps, elle s'est faite la gardienne de la tradition, car c'est elle qui transmet le savoir traditionnel, reçu des mains des scribes.
Elle est lettrée. Entreprenante. Surtout, elle est vertueuse. Dans aucun papyrus jusqu'ici disponible, à ma connaissance, l'on n'a signalé une femme native de cette région kémético-nubienne qui fasse commerce de son corps pour vivre.
A côté de la femme élite de la société pharaonique, la condition de celle qui se plie aux travaux domestiques et à ceux des champs au quotidien ne dépend en rien du bon vouloir de son conjoint. Elle na pas de maître en guise d'époux, elle est l'égale de l'homme en droit et en devoir face à l'Etat. Bien mieux, c'est elle qui garde le secret de l'alchimie des rêves et des amours.
Qu'en sera-t-il dans les temps qui suivront la décadence de l'ère pharaonique proprement nègre ? Les travaux récemment rendus publics, en dehors de ceux de Th. Obenga notamment et de Mubabinge Bilolo, font état de la dégradation du tissu social et notamment du statut de la femme au cours des périodes d'occupation ou de règnes syrien, grec, et romain. Plus principalement le corpus philosophique de la nation fait dégringoler la femme du piédestal au sommet duquel la Tradition l'avait hissée.
Bien que l'essentiel des icones de la femme déifiée restent intactes dans les temples et lieux publics, il est très facile de retrouver des femmes faisant commerce de leur corps dans les maisons du plaisir à travers les principales villes du pays, du nord au sud. On peut les retrouver empalées au même titre que les hommes devant les palais des princes étrangers au pouvoir lorsqu'elles ont été impliquées dans des rixes ou des basses oeuvres croisant les intérêts des plus forts.
La femme symbole du sacré perd définitivement de sa superbe.
En nous inspirant de ces images sombres de la femme sous l'occupation, jetons à présent un coup d'oeil sur la période qui suit la chute définitive de l'ère pharaonique.
II- la Femme africaine de l'époque des royaumes postpharaoniques.
A la suite des travaux de Louise-Marie Maes Diop ayant traité de l'état démographique de l'Afrique avant la conquête coloniale, et partant de sa géographie physique et économique, considérant les travaux de Cheikh Anta Diop et de Théophile Obenga sur la continuité de l'histoire africaine à travers les temps, considérant les mêmes souches de populations unies dans la diversité microspatiale, considérant enfin l'unité culturelle de l'Afrique noire, nous sommes en cet instant, en mesure d'affirmer que la femme africaine de la période post pharaonique na pas connu, à défaut d'une perversion due aux influences extérieures, une altération considérable de sa place au sein de la société. Au contraire elle aura eu le temps de reconquérir le statut d'être sacré qui lui était obstrué à la fin des temps précédents.
Elle conduit l'économie nationale, par le fait que c'est elle qui va industrialiser la mécanicité des champs de culture de première nécessité, elle tient un rôle, le même depuis toujours dans l'échelle des compétences et des valeurs spirituelles, militaires, politiques, didactiques.
La femme africaine de la période postpharaonique reste une actrice de la destinée collective. Elle reste la référence des temps de trouble et rend impossibles les lignes de fracture entre les diverses couches sociales, car elle demeure la gardienne des valeurs endogènes.
En revanche, dès la fin du 15 è siècle, dans la partie Ouest de l'Afrique, avec l'émergence des royaumes islamiques, le statut de la femme, du fait d'une interférence entre les valeurs proprement africaines et celles islamo-arabiques, commence à s'effriter.
Cohabitent deux femmes africaines. Celle d'une Afrique qui n'a pas encore totalement été investie par le culte dévalorisant de l'interprétation théocratique de ce qu'est ou doit être la femme telle qu'elle serait voulue par le Livre Saint des musulmans, le Coran, et celle qui reste protégée, vénérée par les principes cardinaux de ses ancêtres où elle demeure le centre de la civilisation, maîtresse des destins, Donneuse de vie, éducatrice.
Cette cohabitation est en elle -même un sujet qui mérite ample étude. Nous ne pouvons qu'indiquer ici de manière sommaire qu'elle ne fut pas à l'avantage de la femme proprement nègre au sens culturel du terme.
Il en sera de même à l'arrivée du christianisme. Le Livre Saint des chrétiens la transforme en une émanation de la côte d'un homme endormi, en l'occurrence Adam : elle a cessé dêtre, dans cet universalisme sémitico-chrétien conquérant, l'être divin construit avec précaution dans l'imaginaire et le vécu des anciens africains. La femme de chez nous devient ouvertement blâmable. Elle est battue, humiliée, répudiée. La femme baisse la tête quand elle sadresse à l'homme, que pourtant elle porte neuf mois dans son ventre. La femme devient objet de plaisir : elle fait commerce de son corps pour vivre, car son indépendance tient désormais aussi de ces travers, pour n'être plus en paix dans un foyer.....
Toute bonne relation entre les membres d'une société dépend de la nature et de la qualité du contrat social qu'ils se sont octroyés. Parallèle à ce contrat doit être érigé un corps spirituel et moral en rapport avec la cosmogonie du peuple, c'est lui qui porte le corpus de traditions qui balisent l'ensemble des options de progrès, d'avenir.
Est un "bon" peuple, celui qui accorde priorité à la place que doivent occuper les maillons faibles de sa chaîne sociale au sein de son échelle d'intérêt. Que vaut un handicapé? Quel regard porter sur la femme? Quelle est sa place? Quelle place pour l'adolescent, l'adolescente? Comment les éduquer? Selon quelles valeurs? C'est dans ces chaînons de la vie en commun que s'opèrent les valeurs de cohésion par la solidarité. Aucune femme ne vaut moins qu'un homme. De même, un handicapé n'ayant pas choisi de l'être, il ne devrait souffrir d'aucune discrimination au sein de la chaîne de vie et d'évolution humaines.
......................fin de l'extrait.....................................................
[1] Plusieurs noms de ces villes sont des correspondances grecques des villes kémétiques rebaptisées durant la période ptolémaïque.
Pour avoir été
En cinq millénaires de pratique de mots
Le rare à être monté sur l’échafaud
Le silence porté en bandoulière
Pour recevoir le sacre invectivé
Des langues qu’on pend
Pour être trop pendues
Ils m’ont rendu hommage ce matin
Pendu au bout d’une plume sèche
La feuille noircie de goudron comique
La tête fière du sage qui s’apprécie
A défaut d’être aimé des siens
Qui en le voisin venant voient toujours
Le sage qu’il ne peut qu’être en lieu nouveau
Son verbe si vieux ailleurs est là innocent
Ils m’ont rendu hommage
Car j’aime enfin me taire en mourant
Les vaches, les lions, les hyènes, les aigles
Le collège était là
Qui hochait le chef
Les commissures retroussées
Le port droit
Episcopat de la préciosité
La pipe fumant
Prêt à transformer en inventaire à la Prévert
Où est-il donc passé
Cet émérite oiseau de veille
Qui tant veillait sur le toit du monde
Que son œil entrait partout en force
Forçant les seuils les plus tenus
Tenant les positions les plus raides
Raidissant les cheveux les plus lissés
Lissant les espoirs les plus chaotiques
Où est-il passé, mon ami
Où est-il donc allé
S’il n’est pas mort ?
Ah, dieux
Il est mort !
Le philosophe est mort
Il est mort
La ville porte à peine son deuil
Fluide qu’elle s’empresse de lui trouver
Un héritier juste avec le Prince
Gracieux avec le commerçant
Complaisant avec l’armurier
Ses mots orphelins tremblent d’effroi
Sur les trottoirs où défilent les émeutiers
Qui bavent sous les pages d’encenseurs
De l’ordre du spectacle de nus télévisuels
Le philosophe est mort
Il est mort
Vive sa mort
Désormais voici le Prince qui s’épanche
Planche sur ses propres orties
Bariolées de mauvaise pisse
D’herbe et de poudre d’automeurtrissure
Il verbalise les chapitres à peine insoumis
Exile les insoumis
Affame les réservés
Seul sur le pupitre
Il jubile de ses gouttes bornées
Rémunère l’applaudimètre infâme
Le spectacle est pathétique
La médaille nauséeuse
Le philosophe est vraiment mort
Oui, vraiment mort !
Ah, mon ami
Ne me disais-tu pas
Que les temps à venir éclairciront
Les sombres voilures étalées
Sur ce pays souvent de sagesse
Ne me disais-tu pas
Que jamais les philosophes ne meurent
Parce que du temps leur raison décoiffe l’arrogance
Je suis à peine arrivé que la peur d’être
Ecume la patience de mon âme
Le temps s’est paré de nuages
Et l’air de longs filets de gaz
Le pavé résonne de cadence
De la mort en treillis qui avance
Vers l’étranger qui est le mal
L'étranger qui est sale de ses mains à son âme
Je suis cet étranger qui sale sur ta tombe
Seul frémis en silence
Portant sur mes lèvres épaissies
Par subtil décret permanent
La sentence qu’il n’y a point
De délégation vers le salut
Es-tu Sartre
Es-tu Camus
des mots précieux pour sublimer l’angoisse d’être.
L'éventualité qu'un livre soit bien écrit de nos jours relève presque d'une exception, tant la logique dont se nourrissent les éditeurs l'a peu à peu transformé en un champ infesté de dominos difficiles à remettre en ordre, accompagnant rageusement nos idoles (Ernest Miller Hemingway, Jean-Paul Sartre, André Gide, Albert Camus, Guy De Maupassant, Richard Wright ...) dans le double-fond des cryptes du dépassé.
L'éloge au sexe et le culte du sang sont à la littérature occidentale devenus la pancarte bipolaire d'une condition humaine réduite à sa plus simple expression : le sensationnel. Les mots (des écrivains) ont été vidés de leur sens par l'exigence de l'ordre marchand, transformant le meilleur de nos jus de cerveau en une industrieuse artisanerie de phraséologies de quais de gares. Ils ne portent plus le sensuel parfum d'un premier rendez-vous galant et délicat avec la découverte d'un auteur : les mots arrachés à la langue des immortels sont devenus l'exposition du signifié dans une vitrine de concussion nauséeuse où le puriste est contraint au suicide avec, sur sa poitrine, l'épitaphe: "ce siècle veut du sang, il exige de discourir sur le sexe violent".
Pourtant, mon collègue Eric Van Hamme, sans discourir sur le sexe violent, sans faire étalage d'une possible maîtrise des lieux obscurs de la sublime cité du vice, a fait belle oeuvre. Sans sueur.
Le roman qu'il vient de commettre aux éditions Menaibuc, porte bien son titre : La Croisée des Chemins. Sa thématique, portée par deux voies qui mêlent aisément les préoccupations d'une littérature au style classique et les angoisses de l'homme du vingt-et-unième siècle, pose une question simple : comment être heureux? Comment se dire Homme dans un espace de vie où être c’est exposer « ce qu’on fait » ? Ce qu’on s’accole alors au verbe être comme si sans ce qu’on fait, on n’est plus. Qu’est-ce que l’identité ? Qu’est-ce au fond, dans tous les cas, sans un contrat de travail qu’on brandit toujours avec subtilité en travaillant chacune des phrases étalées à la face de l’interlocuteur ?
L'ivresse de se réaliser professionnellement mérite-t-elle qu'on en oublie sur soi-même? Cet autre soi-même qui n'a rien à voir avec le rendement statistique et les courbes chiffrées? Qui est-on au fond? Où va-t-on? Deux questions litotiques qui surgissent au hasard d'une mission que le héros vanhammien, Marc, un consultant, effectue dans une ville de la France rurale (la Corrèze) et qui lui donnent enfin l'occasion de se demander s'il reste capable d'opérer sa propre lecture intérieure, son changement d'homme de haine et de colère vers quelque autre chose de lui-même.
Il se demande ce qu'il lui resterait si ce soir il tirait un trait sur toute son existence? L'argent? Mais l'argent est-il tout? Est-il le sens, le but de la vie?
Eric Van Hamme a le mérite, pour un premier roman, de mettre le doigt là où l'homme moderne a mal : son incapacité à un dialogue avec lui-même pour se connaître en vue de s'améliorer. Happé par les ressorts les plus élaborés qui lui cèdent à la marchandise et aux services la primeur des considérations, il dérive lentement vers son propre effacement, embrassant la haine de soi et des autres comme ultime bouée de sauvetage.
Voilà comment, au prétexte de suivre et de nous narrer les tribulations d’un expert des temps informatiques avec lui-même, Eric Van Hamme repose la question du devenir de l’homomodernicus.
Il vient à la suite des grandes plumes, (André Malraux, Pablo Neruda) qui ont su comment mettre l'Homme au centre de la littérature, rendant au temps et à ses exigences matérielles le peu de place qui leur est dû: la vacuité.
L'homme est la mesure de la modernité et devrait redevenir le fléau à partir duquel s'observe le sens du bonheur, semble nous dire le tout nouvel écrivain. Un régal.
Thierry Mouelle II
Poète et écrivain.
Confidences d'un citoyen de nulle part devant un collège d'hommes libres
Et si mon rapport à la vie manquait tant dambition qu'il se résumait finalement en cette phrase somme toute banale, mais que je porte depuis toujours comme projet dexistence : un jour je voterai ? Ici, là-bas, peut-être. Portant comme un flambeau qui illumine ma nuit d'incertitude sociale l'enveloppe qui berce mon choix, ma décision, ma sélection, mon autorisation pour illustrer définitivement mon appartenance à la colonne des citoyens, ces hommes libres en leurs droits et actions, bâtisseurs du sens historique, garants du bien-être et de la cohésion au sein de la nation.
Et si mon rapport à la vie manquait tant d'élan qu'il s'est contenté d'échouer là où ailleurs les impulsions républicaines ont posé leur pied d'appui pour se lancer vers d'autres conquêtes où les idées en fusion de sens et de contresens se nourrissent d'utopies et d'espoir d'un mieux être pour tous par tous ?
Je les ai vu éconduire les rois ; domestiquer l'arrogance des reines. Je les ai vu ramener l'égoïsme des tenanciers du profit dans le socle commun d'une chaîne de solidarité active, passive, de génération en génération.
Je les ai vu se déchirer, pétris par les sombres voilures d'une haine qui, un temps, a fortement limité leur imagination constructive. Pourtant un soir, ou peut-être était-ce un matin, je les ai vu, claudiquant, l'oeil gris, sec dans sa froideur des steppes enneigées, la peau en hardes, dire : « plus jamais ça ! » . Unis dans et devant l'adversité, ils sont revenus à l'humanité et ont buriné le marbre de la division chaque fois que le peuple, la nation, a pris du sable en son âme.
Aujourd'hui, chaque matin, je les vois toucher en souvenir la cicatrice de celles de leurs plaies qui ne guérissent pas, ou peut-être est-ce la plaie de celles de leurs cicatrices qui ne cessent de saigner ?
Mais, dis-moi, démocratie : ta vie est-elle vraiment, comme le disent tes inconditionnels, le socle commun minimum de la modernité ?
Eh bien, éclaire-toi encore plus vivement, car moi, j'ignore toujours ce que sont tes lumières. Je lève mon pas au petit matin pour arpenter les traces de ton passage, ici, et ne vois de plus en plus que des maldormants cartonnés sous les réverbères au port altier et suffisant, des malodorants coincés dans leurs pets d'odeur Macdo, des malregardants regardés par les malmarchants qu'escroquent les malpayants, sont-ce les malpayeurs? Ces derniers, sombres oiseaux de caca aux cous blancs et proprets, dégraissent à feu doux les malpayés en les chatouillant au plumeau pour qu'ils rient devant les caméras, ils se sont constitués une chaîne de solidarité souterraine avec quelques malpercevants (tu sais, ces illuminés qu'on appelle affectueusement les politiques) qui, d'évidence, ne voient, ne sentent, en chaque réclamation sociale, que la vile conspiration d'une horde de malnés, d'envieux, enviant, qui espèrent une prompte mainmise sur les deniers des héritiers idéologiques des féodaux guillotinés avec raison dès 1789.
Cruelle utopie d'un possible rapt des mondialisés sur les mondialisateurs.
C'est pour cela, démocratie, chère amie ambiguë, que te regardant secouer ton manteau à phrases, te regardant parée de grelots à salive endormante, c'est grand-père qui me revient toujours à l'esprit. Lui qui me disait (remarquez que sa Seigneurie était déjà morte à ma naissance): « mon enfant, j'aime la vie. Et en la vivant, j'aime ceux qui me la rendent douce et un tantinet honnête. J'ai de la peine à prendre dans mes bras ceux qui me la compliquent ». (Son livre silencieux, comme tous les acteurs majeurs qui meurent sans dire mot des actes et sous actes de leurs temps, m'était destiné, et je le lis mieux en l'écrivant moi-même, lointain témoin des ombres qui conspirèrent au nom du même nom que lui et moi portons, moi plus encore, car debout et transpirant ; lui : allongé à l'horizontal, éteint des fumées de ces temps de pitié sur l'avenir de l'humain. Au nom des mêmes peines endurées. Au nom de tous les oublis oubliés d'être remis sur l'estrade de la Revendication du bien-être mort avec les derniers Samori et les ultimes Sankara, les Soumagourou et les Manga Bell, et les Ndumb'a Mpacko, les Muel'a Ibon, et... à la fin l'Afrique, sans fric, piquée dans son âme de seule foule de l'Histoire qui refuse rageusement de faire vraiment foule).
Où je veux en venir, irrévérencieux que je suis ?
A ceci, amie Démocratie, à ceci : rassure-toi de ne pas laisser trop de tes enfants sur le bord du chemin vers le puits aux eaux de paix et de félicité, car alors tu serais devenue l'alliée objective de la dictature, tu sais, ce frère androgyne banni de la famille humaniste et qui ne vit que de persécutions, de mensonges, d'assassinats multiformes (politiques, sociaux, économiques), de viols de conscience et de la morale. Lui qui n'hésitera pas à rendre publique (en l'amplifiant) cette terrible comparaison qui se murmure déjà : « La différence entre la dictature et la démocratie pourrait aussi être qu'en démocratie chacun a le doit de descendre dans la rue réclamer fortement son pain, ce qui est interdit en dictature ; et là sarrête la différence car, autant en dictature qu'en démocratie, personne n'a la garantie de recevoir le pain attendu. »
Malgré tout je t'aime, toi. Car Ici, dire 1968 a un sens historique.
Pour moi, venir au jour la même année refuse toujours de m'aliéner la quiétude des pavés débarrassés des dictateurs, ces monstres dont l'instinct de vie restera toujours d'affamer la liberté.
Un jour je voterai. Un jour. Pour bâtir les fondations ultimes de l'Histoire. La vraie qui sait se regarder, s'aimer ou se dédire. Enfin. En toute souveraineté.
Je livre ici de larges extraits de ma contribution au Troisième Colloque International Kamit organisé à Paris du 7 au 9 juillet 2006 en Hommage à Cheikh Anta Diop, père de l'historiographie africaine moderne.
Extraits ...
Dans l'avant-propos de la première édition de son éblouissant ouvrage L'Unité Culturelle de l'Afrique Noire (Présence Africaine, Paris, 1959) Cheikh Anta Diop persistait et signait, après la publication de Nations Nègres et Culture (Présence Africaine, Paris, 1954), qu'une démarche critique tournée vers l'étude diachronique du passé se pose comme la seule arme anthropologique capable de lutter efficacement contre les divisions au sein des jeunes Etats multi-nationaux africains. Trois facteurs englobants vont illustrer ce propos :
1- le facteur ethnocentrique
2 - le facteur idéologique
3- le facteur géostratégique (contré par larésistance culturelle nègre)
De ces trois facteurs, seul le premier peut entièrement être imputé à la responsabilité entière des Etats africains de la période post-coloniale, pour n'avoir pas su faire émerger de nouveaux facteurs de fusion des enjeux et aspirations micronationaux au sein des perspectives macroétatiques. Au contraire, la tribu, que nous appelons ici "micronation" a supplanté l'Etat par la volonté de ses ressortissants faiseurs de décision au sein des administrations et de l'exécutif. Son rôle est ainsi devenu de se faire l'instance d'inpulsion et d'arbitrage des décisions applicables à l'ensemble des pleuples du pays, lesquels,frustrés de ne jamais s'y reconnaître vont nourrir l'envie de résister et de freiner toute politique ainsi mise en oeuvre, bonne ou mauvaise.
Les deux autres facteurs (idéologique et géostratégique), par ordre de gradation, d'inféodation et/ou de filiation sont du ressort de la néocolonisation, et sans pour autant que les responsabilités des Africains y soient complètement exclues, du ressort de la nouvelle mue de l'éternelle philosophie génératrice de dépendances nommée cette fois : la mondialisation.
Souvent, ces trois facteurs s'emmêlent sans qu'aucune possibilité soit donnée à l'analyste sociologiste de les démêler.
Nous illustrerons notre propos par des clins d'œil aux ouvrages écrits par quelques auteurs des deux derniers siècles, qui, soucieux de comprendre où va le peuple d'Afrique, ont énoncé quelques pistes de réflexion, lesquelles restent toutes d'une fervente actualité.
1 - L'ethnocentrisme comme facteur de continuité de la division des Africains
Nous posons Cheikh Anta Diop comme celui qui, le premier, a attiré l'attention sur les risques endogènes et /ou les dangers réels que courront les jeunes Etats de la nouvelle Afrique post-indépendances.
En écrivant : « Seule une véritable connaissance du passé peut entretenir dans la conscience le sentiment d'une continuité historique, indispensable à la consolidation d'un état multi-national », le savant met concrètement le doigt là où l'édifice de la nouvelle Afrique post-indépendance aura le plus de mal à valoriser ses acquis, si acquis coloniaux il y a, et/ou à construire des piliers capables de la maintenir debout tout en lui permettant d'imaginer le futur avec sérénité.
Il s'agit des incohérences fusionnelles nées de la coexistence (et non pas de la cohabitation) de plusieurs micronations (dévalorisées par le terme ethnie) au sein d'un ensemble politique et géographique supposé moderne et construit autour d'une certaine idée de droit fort, centralisé (répressif). Personne (ni au préalable ni a posteriori) n'aura pensé à établir (pour tous en urgence) puis à sédimenter le sentiment d'une appartenance à une histoire commune et à une communauté de destin.
Anta Diop sait déjà que cette bombe à retardement finira par achever le décompte de sa minuterie et exploser. Car les Etats post-coloniaux africains, à défaut de se donner des instruments de la construction d'une vaste Nation efficiente, humaniste et économiquement viable, même à l'échelle d'abord des frontières élargies aux régions comme certains le penseront et le proposeront à l'assemblée constitutive de l'OUA à Addis-Abeba, Ethiopie, en 1963, (contre le rêve unitaire de Kwamé Nkrumah à l'échelle continental, lire à ce sujet Africa Must Unite) ne pourront survivre que si leurs intellectuels apprennent l'Histoire. La vraie histoire africaine déroulée de manière linéaire, ininterrompue, depuis 6 000 ans.
Le savant crée là, pour la première fois en Afrique de son temps, une trilogie opérative « Intellectuel-Histoire-Construction de l'Etat ».
Il sait que viendra très tôt le règne de ce qu'il appelle « les différences non essentielles» mais qui ne peuvent être « relatives entre les peuples » d'Afrique ou les Etats, que si l'insulte coloniale « indigène » ne trouve pas un synonyme local dès le départ du colon, que si l'ethnie ne devient pas le baromètre des actions et actes des nouveaux hommes au pouvoir, que si, les intellectuels, ces hommes d'influence, plus nocifs par nécessité que constructeurs par devoir, apprennent l'Histoire, diffusent et vulgarisent les principes unificateurs de la nation entre toutes les composantes humaines du pays. Car l'histoire est à la conscience ce que la boussole est au navigateur. Il faut l'apprendre non pas pour « s'y complaire mais pour y puiser des leçons ou s'en écarter en connaissance de cause si cela est nécessaire » prévient-il.
Au crédit de ce que C.A.D appelle « les différences non essentielles », il y a le tribalisme ou ethnocentrisme.
La guerre civile du Biafra en est la première parfaite illustration, elle qui a causé plus d'un million de morts entre 1967 et 1970.
Au-delà des raisons sous-jacentes et des interférences étrangères, notamment françaises, pour contrôler le pétrole du golfe de Biafra, il va s'agir de rêves de paix et d'unité brisés pour le peuple nigérian qui, par les Igbo souhaitant s'affranchir de la tutelle fédérale en créant un Etat uni-national (tribal), est contraint de voir d'un jour sombre l'avenir du pays.
Cheikh Anta Diop a si bien raison de demander aux intellectuels africains d'étudier l'histoire, que Odumegwu Emeka Ojukwu le « héros » de la sécession biafraise en fait son affaire. Malheureusement il n'a, apparemment pas, appris la bonne Histoire: celle de son peuple.
Né en 1933, ce fils d'un riche commerçant est licencié d'histoire contemporaine à Oxford et diplômé de l'école militaire d'Eaton Hall.
Dans son recueil de nouvelles (12 au total) Girls at War And Other Stories (Heinemann Educ. avril 2001), l'écrivain, dramaturge et poète nigérian Chinua Achebe livre une série de réflexions incisives sur cette guerre du Biafra et ses effets sur la vie quotidienne des gens qui la vivent.
D'un réalisme saisissant, et au-delà de la douleur, du macabre des images froides qu'offre une guerre comme celle-là où tout est permis, viol, émasculation, et selon la propagande biafraise, empoisonnement massif des populations par des farines infectées, l'auteur connu de Things Fall Appart (Le monde s'effondre) parvient à nous faire partager quelques éléments et traits sociologiques surhumains où le Igbo, transcendant ses peines, parvient à rire de tout, et même de la mort.
Un autre auteur, cette fois anthropologue, va amplement se pencher sur l'absurde que constitue l'exacerbation du sentiment tribal dans les nouveaux Etats africains.
Le Prince Bétotè Dika Akwa Nya Bonambéla, à la suite de Cheikh Anta Diop sur lequel il s'appuie entièrement, dans son ouvrage Les Problèmes de l'Anthropologie et de l'Histoire Africaines (Les Editions Clé, Yaoundé, 1982) expose clairement l'arbre généalogique illustré et commenté de l'Afrique Noire. Cet arbre, soumis à bonne lecture, rend totalement impossible toute discrimination intrasociale dans les nouveaux Etats, car un même foyer humain est à la base de toutes les branches sociolinguistiques africaines, de toutes les ramifications micronationales de nos temps.
L'exemple des ngala-dwala, communément appelé les duala au Cameroun, enrichit sa thèse.
Ils sont en réalité les composantes de la « sous-ethnie raciale » Bomdedi (descendants de mbédi) qui est à l'origine des micronations duala stricto sensu, abo, pongo, bojongo... aujourd'hui réunies au sein d'un ensemble sociopolitique et géographie : le peuple sawa.
Plus loin dans sa démonstration, l'égyptologue camerounais démontre une impossibilité litigieuse entre l'ouest du Cameroun et le littoral, car la Tradition assure que la famille princière de Bangangté, parexemple, est issue de la tribu Bakem qui est sœur des duala et des abo-nord, et qui a évolué en direction de l'ouest du pays où elle aura rencontré successivement les Banka (ndobo-bamiléké) et les Bamoun pour générer la micro-nation Bangangté.
Le même schéma se présente avec les Ewondo dont les travaux de Dika font remonter l'ancêtre totémique à Mbédi qu'on appelle localement Mbédé.
En continuant, nous pourront, avec lui, remonter jusqu'aux Luba de la Dynastie Luba du Congo, descendants de Mbédi par son fils Mulunda ; ou encore les Mbangala du Kenya qui ont le même ancêtre que Mbedi, l'ancêtre des Duala.
Il en va de même avec les Bassa qu'on trouve autant au Libéria, au Nigéria (actuellement appelé les Biafra), au Congo (ici appelé Bassa-La-mpassou) qu'au Cameroun (Bassa-mpo).
En démontrant par ce schéma l'unité culturelle, linguistique et humaine de l'Afrique moderne, Dika dessine en fait la carte géographique même de l'ancienne Egypte : Kemet.
L'histoire des migrations sur laquelle Dika table une partie de ses démonstrations illustre plus nettement comment, et à partir de quand, le peuple qu'il prend en référence (les ngala-duala du Cameroun, du Gabon, du Congo, de la Guinée, du Nigéria, du Zaïre, du Kenya, de la Zambie, Ruanda-Urundi, Tanzanie, Uganda…) quitte la vallée du Nil.
Ce sont les descendants de la Dynastie pharaonique Gara ou Kara ou encore Zaghara (en langue arabe) et plus précisément celle des Maghara ou encre Garamantes, localisés le long de la mer rouge et dans l'arrière-pays de la Lybie, et qui fondent l'empire du même nom au VI è siècle avant notre ère. Ils seront appelés Wangara sur tout le territoire qui va des rives du Nil jusqu'au Sénégal (entre le 7è au 11è siècles).
Une telle connaissance historique rend totalement inopérante les théories de la haine ethnocentrique telle que développée par les maquisards libériens. Je rappelle que La guerre civile au Liberia (1989- 2003), en faisant l'économie des blessés et mutilés à jamais, a coûté la vie à près de 150 000 personnes, des civils pour la plupart, et a provoqué un effondrement total de l'État.
Un étudiant québécois, David Forest, dans un mémoire de maîtrise en Relations Internationales, a montré les causes et les motivations de cette guerre. L'une des causes : l'avidité des individus qui s'entourent d'un noyau dur ethnique généralement formé dans des corps d'armes.
Les motivations relèvent,elles, d'une volonté de puissance développée au sein de l'ethnie comme suprastructure étatique. Citant une source, il déclare :
« Ce n'est pas un hasard si les Etats [africains] défaillants par excellence des années 1990 ont été dirigés par des militaires ». Le noyau sécuritaire tribal qui assure et développe l'impunité et la barbarie. On se souviendra des images des personnes humaines désintégrées et traînées dans les rues, on se souviendra des colliers d'oreilles coupées, des sexes, surtout des têtes empalées le long des pieux…
C'est le même phénomène ethnocentrique qui fut utilisé pour provoquer le génocide rwandais. Des êtres humains nommant d'autres "les cafards"…
Les annales modernes des barbaries humaines retiennent le génocide Rwandais comme le génocide le plus rapide de l'histoire. De 500 000 à 800 000 Rwandais, en majorité tutsis, ont été tués pendant cent jours, du 7 avril au 4 juillet 1994.
« Ceux qui parmi les Hutus se sont montrés solidaires des Tutsis, confie un observateur, ont été tués comme traîtres à la cause Hutu ».
Ce massacre inégalé en terre africaine a fondé son alibi de haine ethniste sur une période de presque quarante ans.
« L'ONU a mis 7 mois pour mettre en place en 1994, la première Commission d'Enquête en vue de recueillir les premiers témoignages tardifs pour le TPR (Tribunal Pénal International censé juger les crimes contre l'Humanité et crimes de guerre commis au Rwanda d'avril à juillet 1994), s'insurge l'association PLUS JAMAIS ÇA, qui entretient la mémoire des morts.« Des dossiers d'enquête ont été dérobés, des preuves ont disparu, des suspects ont été libérés faute de libertés laissées à Kigali, aux quelques magistrats instructeurs encore en poste après la tragédie. Près de 130.000 présumés coupables de tous âges, croupissaient début 1999 dans les prisons insalubres du Rwanda, souvent sans aucun chef d'inculpation. 22 d'entre eux parmi les cadres du génocide ont été condamnés à mort et fusillés fin avril 1998 en "place publique", pour l'exemple. Les médias n'y étaient pas autorisés. D'autres condamnations ont été prononcées depuis, par exemple pour les deux derniers mois de 1999, 4 peines de mort et 44 peines de prison à perpétuité. 11 acquittements sont à verser pour la même période au crédit d'une sérénité renaissante de la justice rwandaise.Si l'ethnisme, la peur et la haine ont été les moteurs des massacres, il apparaît vital d'en démonter les mécanismes génocidaires, de dénoncer l'organisation froide et préméditée de la "solution finale", et sa planification hiérarchisée...Une recherche au terme relatif de laquelle, des responsabilités diluées loin des charniers, mais pas très loin des bonnes consciences, devront aussi s'exhaler.
Mais le temps passe, déplore l'association : « depuis 1994, le négationnisme fait son chemin sous diverses bannières, et la banalisation du génocide est en route jusque dans les dictionnaires et autres encyclopédies populaires. Comble de cynisme, les sites du génocide sont en péril et le climat chaud et humide du Rwanda accélère la décomposition des ossements. Voilà que les moyens manquent pour la préservation des preuves irréfutables de la folie de l'homme... »
Certains, écrit Habibou Bangré d'Afrik.com, «estiment que ces événements, dont le petit pays d'Afrique centrale peine encore à se remettre, seraient le fruit d'une haine ancestrale entre Hutus et Tutsis ».
Les tutsi seraient des envahisseurs venus de l'est pour ravir les terres hutues, orchestrent la force coloniale belge, « désireuse de garder une population docile sous sa coupe, même après l'Indépendance. Selon cette théorie, donc, le génocide a bien été planifié. Mais en premier lieu par les Belges, qui ont fait des Hutus des machines à haïr et tuer », et la journaliste d'aboutir à la conclusion que les tutsi et les hutu ne sont pourtant qu'une même et unique entité « ethnique » qui l'ignore ! Ou n'est plus apte à l'accepter…
Et c'est ici qu'intervient l'idéologie
2 - le facteur idéologique
En introduction à son excellent ouvrage Civilisation Ou Barbarie paru chez Présence Africaine en 1981, Cheikh Anta Diop énonce quelques prolégomènes majeurs indispensables à la démarche qui devrait désormais animer l'intellectuel négroafricain. Il pose l'Egyptologie ramenée à sa base socioculturelle africaine comme point de repère d'une nouvelle expérience scientifique capable de dégager les prémisses d'une nouvelle philosophie de l'homme et de l'Histoire, pour le mieux-être et la paix.
Nous venons de montrer comment à partir de ses travaux et de ceux de Bétotè Dika Akwa une bonne connaissance de l'histoire des peuples d'Afrique peut empêcher le règne du chaos et l'exégèse des marchands de mort.
L'ignorance et la manipulation couplées à d'autres facteurs géostratégiques hérités de la colonisation et relevant de la néocolonisation ont conduit au drame du Rwanda.
L'encyclopédie en ligne WIKIPEDIA. ORG narre les faits :
« Pendant trois mois, la Radio Télévision des Mille Collines encourage et guide jour après jour, heure par heure le génocide, citant nommément les Tutsi non encore tués à tel ou tel endroit ».
Réduit au statut de cafard sur les ondes de la radio haineuse, le tutsi ou le hutu « modéré » le vivent dans les faits : on peut écraser des cafards sans conséquence. Coupables simplement d'exister. Ils sont en effet massacrés, à l'échelle industrielle.
« Les massacres atteindront des sommets dans l'horreur. L'ampleur du massacre (en trois mois, 1 million de personnes sont tuées selon le FPR, 500 à 800 000 selon l'ONU), sa cruauté (on éventre les femmes enceintes, la violence sexuelle est générale, des tueries ont lieu au sein de familles mixtes, on s'efforce de faire souffrir les victimes...) et l'implication générale de la population en font un des événements les plus atroces du XXe siècle.
Les Tutsi ne pourront trouver refuge nulle part. Les églises par exemple ne seront d'aucune protection et seront au contraire le théâtre de massacres de masse quand les Tutsi s'y sont réfugiés. Le génocide constitue en outre un désastre économique avec les destructions de biens (notamment les troupeaux) et les pillages. »[...]
Et pour cause, observe Cheikh Anta Diop : «Au cours de l'histoire, lorsque deux groupes humains se disputent un espace vital, économique, la plus petite différence ethnique peut prendre un relief particulier, servant de prétexte pour un clivage social et politique : différence d'apparence physique, de langue, de religion, de mœurs et de coutumes » (C.A.D, Civilisation ou Barbarie, p 159).
Entre en ligne de compte le phénotype : l'apparence physique. Elle aide à stigmatiser la haine autant que les castes, les croyances, ce qui n'aurait jamais pu exister dans un « Etatvéritablementsocialiste », ayant intégré une haute philosophie morale.
Pendant toute la période du génocide, la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR) tente d'obtenir un cesser le feu entre le FPR et les FAR et un arrêt des massacres. Quinze jours après le début du génocide, l'ONU, très inquiète du fait de l'assassinat de dix casques bleus belges, réduit fortement les effectifs de la MINUAR. Sous l'influence déterminante des États-Unis qui ne veulent absolument pas être interpellés par l'opinion internationale et devoir intervenir (le fiasco somalien est encore récent), l'ONU tarde à qualifier de « génocide » les massacres. Mais à partir de mai 1994, devant la gravité de la situation, elle met sur pied la MINUAR 2 qui se révèle dans l'impossibilité d'intervenir immédiatement. Devant ce retard, la France obtient des Nations unies d'organiser le 22 juin 1994 l'opération Turquoise, jusqu'au 22 août 1994, date prévue de déploiement de la MINUAR 2. Elle obtient ensuite de créer, dans le sud-ouest du Rwanda, une « zone humanitaire sûre » (ZHS), le 4 juillet 1994, après quelques accrochages avec le FPR.
Malgré la progression rapide du FPR vers la capitale Kigali, qui est prise le 4 juillet 1994, le génocide coûtera la vie à près d'un million de Tutsi et Hutu modérés. Les miliciens Hutu et les FAR battent en retraite au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo), entraînant avec eux environ deux millions de réfugiés Hutu qui redoutent les représailles du FPR. Le 19 juillet 1994, un gouvernement fondé sur les derniers accords d'Arusha, mais dominé par le FPR, prend les rênes du Rwanda. Le président de la République et le Premier ministre sont des Hutu modérés. Celui qui a conduit le FPR à la victoire, le général-major Paul Kagame, vice-président et ministre de la défense, devient l'homme fort du Rwanda. [...]
Le Journaliste d'investigation Charles Onana, dans un ouvrage intitulé « Les Secrets du Génocide Rwandais, enquêtes sur les mystères d'un Président » (Duboiris, 2002), à la lumière des premières conclusions de l'enquête du TPR, indexe nommément l'actuel président Paul Kagamé comme « le suspect numéro un de cette folie meurtrière qui a ébranlé le Rwanda en 1994. C'est ce que montrent, dit-il, les premières révélations de l'enquête du juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière. »[...]
3- le facteur géostratégique (contré par la résistance culturelle nègre)
« L'Africain qui nous a compris est celui-là qui, après la lecture de nos ouvrages, aura senti naître en lui un autre homme, animé d'une conscience historique, un vrai créateur, un Prométhée porteur d'une nouvelle civilisation et parfaitement conscient de ce que la terre entière doit à son génie ancestral dans tous les domaines de la science, de la culture et de la religion ». Cheikh Anta DIOP.
Pour ceux donc qui ont lu C.A.D, nul besoin d'expliquer que l'Afrique depuis plusieurs siècles est un enjeu stratégique. Dans les chancelleries occidentales, l'esprit est clair sur le sujet, disent ceux qui y ont leurs entrées : il faut aimer l'Afrique. Mais surtout sans les Africains. C'est la mamelle nourricière du monde. Qui contrôle ce continent contrôle l'avenir. Son propre avenir et celui du monde. C'est pour cela que depuis la guerre froide, sa fin et le début de l'unilatéralisme de Bill Clinton et de la Dynastie Bush, les Etats-Unis d'Amérique, héritiers et gagnants sur tapis vert de la guerre froide, ont intégré que l'Europe seule ne peut plus gérer le dominion africain. Il faut qu'ils y pénètrent et de façon affirmée, cette fois. Pas comme dans les années 1975 sur la « ligne de front » où les Etats africains luttaient contre l'Apartheid, que les Etats-Unis soutenaient y compris (avec) lsraël.[...]
Dès lors et désormais, le Département d'Etat et la chancellerie américains contrôlent la quasi-totalité des structures de pensée et d'action des pays africains de toutes expressions linguistiques. Une nouvelle période de guerre froide aurait pu s'enclencher en terre africaine depuis la nouvelle orientation de la politique étrangère américaine, si elle n'avait pas à mettre ainsi en belligérance ses alliés de l'OTAN. [...]
Une si longue route de peines depuis des siècles... pour le contrôle des richesses du sol, du sous-sol, du mental et du spirituel africains.
En son temps, et dans son ouvrage intitulé Les âmes du peuple noir, le Docteur William Edward Burghardt Du Bois observait déjà, dans un contexte étasunien, que le fait de considérer le Noir comme un animal religieux a permis aux maîtres esclavagistes de mêler le religieux au spirituel et de faire prospérer chez les esclaves un christianisme capable à la fois d'exprimer leur morale et leur vie intérieure.
Du Bois affirme : « L'Africain déplacé vit dans un monde animé de dieux et de démons, d'elfes et de sorcières. L'esclavage pour lui représenta le triomphe des puissances ténébreuses ». Ses révoltes, son désir de vengeance vont en conséquence se nourrir de tout ce qu'il semble ne pas avoir laissé derrière lui dans le tumulte des océans : exorcisme, sorcellerie, cultes ancestraux les plus affirmés, traînant les dieux aussi redoutables qu'actifs comme Obi, Orisha, Babalu, Jengu, injectés dans la vie quotidienne pour l'adoucir d'un peu de projection ou d'illusion d'existence et/ou de puissance.
Mieux qu'un chapelet de cultes, et dans un contexte plus large au sein de la totalité du Nouveau Monde, l'Africain parvient à adapter la Religion du maître à un spiritualisme d'essence purement ancestral, comme la Santeria à Cuba ou le Candomblé dans les favelas brésiliennes, en attendant le jour où, [Cahier d'un Retour au Pays Natal]« au bout du matin, comme un crépitement de friture d'abord, puis comme un tison que l'on plonge dans l'eau avec la fumée des brindilles qui s'envole », les chaînes seront brisées, les gorges déployées au chant de la liberté, l'espoir rené des souvenirs génétiques d'une terre lointaine où veillent les âmes des ancêtres et où sous peu ils verront le vent de l'amour porter les parfums de semences des dieux vieux de milliers d'années.
Après une très longue nuit de sang et de sueur, de râles et de hoquets, « au bout du petit matin », l'espoir se concrétisa : la liberté vint.
Mais la liberté retrouvée pour ces « enfants-marchandises » ne signifiait nullement un retour aux sources ancestrales, une renaissance immédiate avec pour but de s'enraciner de nouveau dans le socle des valeurs qui leur étaient propre : le temps avait passé et une remodélation du panthéon ancestral rendait l'exercice complexe.
Il a fallu attendre les années 1920, la deuxième guerre occidentale (39-45), et plus tard sa fin, pour que les échanges entre américains noirs enfin autorisés à sortir de leurs ghettos se veuillent riches et orientées vers la mère Afrique, mother africa, idéalisée, et rendue Véritable Terre promise après la première tentative du mouvement back to Africa du 19 ème siècle [mon roman, Le Pharaon Inattendu, développe sur plusieurs chapitres les relations désastreuses entre africains et africains-américains qui ont résulté du retour des seconds sur leur terre de départ] . Des échanges, ils sont passés à une fusion d'intérêts.
Sur le sol européen, à Londres d'abord, puis à Paris, les africains, les antillais, et négroaméricains à la faveur d'une pause sur les champs de batailles, rendent possible l'émergence des mouvements tels la Negro Renaissance, la Négritude, la Tigritude, tous ancêtres émérites de l'afrocentricité, l'afroréalisme, l'afrocentrisme, etc.
Ces mouvements chantent la spécificité nègre. Ils disent de manière kaléidoscopique la richesse de la cosmogonie africaine transportée dans les cales de bateaux négriers, déversée sous les palétuviers des îles ou dans la chair des chaînes liberticides, par elle les poètes africains deviennent des élus du sens qui jettent au visage de l'Amérique blanche ou des colons européens la rage muette des laissés-pour-compte, c'est cette richesse spirituelle africaine qui inspirent les dramaturges comme Laurence Hansberry donnant à voir de véritables réquisitoire pour l'humanité à rendre aux Noirs, notamment dans sa pièce la calebasse ou celle antonyme : les blancs.
Certains scénarisent l'autre Afrique qu'asphyxie la pseudo modernité en lui opposant celle des valeurs traditionnelle, le nigérian Chinua Achebe, Things Fall Appart, (Le monde s'effondre) etc. L'Afrique des temps modernes est dite de manière quantitative, par ses propres enfants, à des tons et sens souvent opposés, mais irrémédiablement induits.[...]
Tout ce travail de réaffirmation de l'exception Nègre n'a pu trouver sa véritable filiation au sens Noir à travers les temps que dans la production multidisciplinaire de Cheikh Anta Diop.
Et toute la richesse de cette production diopienne tomberait sous le sens si les Africains du continent et de la Diaspora ne se posent pas à eux-mêmes, d'ici deux décennies, de nouveaux et urgents postulats de liberté et d'affirmation de soi par un développement humain intégrant tous les paramètres de la science et de la technique régulés de manière endogène.
A défaut, elle est perdue.
MOUELLE II,Journaliste-Ecrivain
Paris le 8 juillet 2006
Ce texte est un extrait d'une conférence donnée à l'Ecole des Mines à Paris le 7 mai 2006 à l'occasion de la Journée Aimé Césaire initiée par l'Association Internationale Cheikh Anta Diop
Questionnements sur la renaissance spirtituelle africaine
Par Thierry MOUELLE II
A force de le retrouver sur toutes les lèvres averties ou non averties, c‘est presque passé dans l’usuel chez certaines personnes que de se poser la question de savoir « quelle spiritualité pour quelle Afrique ? »
Cela se voudrait plus sérieux encore si ces personnes sont elles-mêmes d’extraction de la grande famille africaine.
Comme si les relations de l’Africain contemporain avec le divin sont désormais passées de la psychose (provoquée par diverses guerres de civilisation qui l’ont jusqu’ici pris en tenailles) à un état de normalisation qui autorise de réfléchir aujourd’hui sereinement sur le sujet, en jouant les équilibristes entre un monde passé, plus ou moins idéalisé mais réel, et le présent héritier d’un temps qui pèse encore de tout son poids dans la mémoire douloureuse des « damnés de la terre », nous les récemment convertis à l’occidentalisme qui se veut omnipotent.
Comme si, inévitablement, la question de la spiritualité africaine est de celles-là dont l’esquive coûterait son avenir même du Monde Noir.
Et si c’était le cas ?
La question ne serait alors pas nouvelle. Et ce n’est pas parce qu’elle porte son âge qu’il nous paraîtra aisé d’expliquer clairement l’état critique dans lequel se trouve la spiritualité noire aujourd’hui.
En son temps, et dans son ouvrage intitulé « Les âmes du peuple noir », le Docteur William Edward Burghardt Du Bois observait déjà, dans un contexte étasunien, que le fait de considérer le Noir comme un animal religieux a permis aux maîtres esclavagistes de mêler le religieux au spirituel et de faire prospérer chez les esclaves un christianisme capable à la fois d’exprimer leur morale et leur vie intérieur.
« L’Africain déplacé vit dans un monde animé de dieux et de démons, d’elfes et de sorcières. L’esclavage pour lui représenta le triomphe des puissances ténébreuses », et ses révoltes, son désir de vengeance vont en conséquence se nourrir de tout ce qu’il semble ne pas avoir laissé derrière lui dans le tumulte des océans : exorcisme, sorcellerie, cultes ancestraux les plus récents, Obi, Orisha, Jengu ; mieux qu’un chapelet de cultes, et dans un contexte plus large, l’Africain parvient à adapter la Religion du maître à un spiritualisme d’essence purement ancestral, comme la Santeria à Cuba. [ J'ai, dans plusieurs chapitres, mis en exergue les rapports entre la Santeria, le Candomblé brésilien et la diaspora noire dans mon roman Le Pharaon Inattendu, ed Menaibuc, 2004]
En attendant le jour où, [Cahier d’un Retour au Pays Natal, poème d'Aimé Césaire, Présence Africaine, 1947]« au bout du matin, comme un crépitement de friture d'abord, puis comme un tison que l'on plonge dans l'eau avec la fumée des brindilles qui s'envole », les chaînes seront brisées, les gorges déployées au chant de la liberté, l’espoir rené des souvenirs génétiques d’une terre lointaine où veillent les âmes des ancêtres et où sous peu ils verront le vent de l’amour porter les parfums de semences des dieux vieux de milliers d’années.
Et puis, après une très longue nuit, « au bout du petit matin », l’espoir se concrétisa : la liberté vint. Mais la liberté retrouvée pour ces « enfants-marchandises [ Le Pharaon Inattendu, ouvrage de l'auteur] » ne signifiait nullement un retour aux sources ancestrales, une renaissance immédiate avec pour but de s’enraciner de nouveau dans le socle des valeurs qui leur étaient propres, pour la simple raison que le temps avait passé et qu’une remodélation du panthéon ancestral rendait l’exercice complexe.
Il a fallu attendre les années 1920, la deuxième guerre occidentale (39-45), et plus tard sa fin, pour que les échanges entre américains noirs enfin autorisés à sortir de leurs ghettos, entre africains, antillais et africains-américains, sur les champs de batailles, rendent possible l’émergence des mouvements tels la Negro Renaissance, la Négritude, la Tigritude, tous ancêtres émérites de l’afrocentricité, l’afroréalisme, l’afrocentrisme, etc.
Du constat du Dr Du Bois relevant notre vulnérabilité due à la nature de notre rapport au spirituel, au mystérieux, au divin, il en découle un autre plus récent encore : la terre où les dieux apparurent pour la toute première fois dans l’histoire de l’humanité, et où d’Imhotep à Akhenaton l’homme s’est expliqué l’univers, l’a interprété, est aujourd’hui une terre de désolation et de déshérence, où l’obscurantisme spirituel le dispute à une misère morale et matérielle d’une violence inouïe.
Y règnent : la haine, le désespoir et le doute.
Pour autant, lorsque Aimé Césaire, traite les Antillais en 1947 d’« anetons de l'espérance et punaise de moinillon »[Cahier d’un retour au pays natal], termes rappelant des insectes et qui renvoient à leur confiance naïve ou paresseuse face aux fausses promesses des hommes politiques, et peut-être des autorités religieuses. En les accusant de porter malheur à leur peuple, en les traitant de mauvais grigris, de lépreux aux chairs en décomposition qui acceptent le mensonge et ne protestent pas lorsque la vérité est bâillonnée, le poète amorce une dénonciation des plaies qui minent non seulement les Antilles, mais également l’Afrique, cette Afrique mère qui se bataille déjà pour son indépendance.
Césaire permet de dresser une parallèle entre le contexte insulaire et caribéen qui est le sien et les premiers mouvements de libération des peuples d’Afrique. Il veut tant rendre l’espoir à ses compatriotes aliénés par une colonisation qui les prive de tout avenir en les coupant de leur passé, que son cri de révolte est entendu jusqu’en Afrique. Quelques biographes, certainement de bonnes intentions, créditent ce cri d’avoir eu un écho enrichi dans les tempes de quelques bonnes âmes africaines, telles Senghor.
Il semble bien que cela reste à prouver au-delà des textes du Président Poète, où, s’il apparaît le moindre conflit soucieux de changer les choses en Afrique coloniale, il s’agit plus du conflit du poète président opposé à lui-même au sein de sa parole poétique et son action politique.
Comme Césaire, Senghor veut la célébration d'une Afrique primordiale et harmonieuse. Mais contrairement au premier, Senghor préfère cette Afrique primordialeoù le roi est poète et le poète roi. Le beau langage le supplantant à l’action. L’élitisme à la cuvée sociale, la forme au fond, ne l’oublions pas, il s’agit d’une Afrique où « le roi est poète et le poète roi ». Il est pour lui question d’une négritude de la sympathie, et de participation sensible au cosmos.
D’évidence, cela paraît étrange qu’au moment où les Noirs du monde entier, caribéens et négroaméricains, se tournent vers l’Afrique Mère pour y puiser le supplément d’âme qui leur servent de glaive contre l’oppression et de bouclier contre l’adversité, l’Afrique elle-même reste dans une attitude d’apathie spirituelle chronique. Elle semble avoir cessé de s’écouter.
En ces années là comme de nos jours, grande est la publicité (au sens de l’effort de vulgarisation) faite aux apparats des us et coutumes corrupteurs des chapelles de pensées qui aiment l’Afrique sans les Africains.
L’Afrique officielle, dite désormais cartésienne, rationnelle, se lève Jésus, déjeune Bouddha, goutte Allah, s’endort anti-Afrique,
Consciente que l’amalgame est séculaire entre le religieux et le spirituel, et que l’un dans l’autre personne dans cette nouvelle Afrique n’est apte à tout sacrifier pour démêler la vraie graine de l’ivraie.
Que le discours dominant soit pour l’heure à la mondialisation, comme jadis l’on parla de bonne gouvernance, et avant de démocratisation, du nouvel ordre mondial, de pluralisme politique etc, ne résonne que pour ceux qui attendent que les clés du bien-être demeurent celles qu’offre le diktat de l’ordre marchand du présent siècle.
Qui serait assez futé pour comprendre que ces notions plus ou moins humaines, mais davantage inhumaines en leur application aveugle et sans contexte, ne sont rien d’autres que de cruels gadgets de distraction à la solde des tribunes et des médias ?
Que l’essentiel est ailleurs ? A-t-on osé simplement définir l’ailleurs en question ? Et c’est là que notre réflexion sur la spiritualité africaine, ou si vous voulez sur la Nécessité d’une Renaissance spirituelle africaine, se voudrait pratique.
Toute société humaine se fabrique des instruments de compréhension du monde, de l’univers. De la justesse de ces instruments dépend la bonne lecture et la compréhension de cette lecture suppose qu’on maîtrise le langage utilisé.
Si la question que nous nous sommes posée se prétend de celles dont l’esquive coûterait son avenir à l’Afrique, donc qu’elle intègre tous les paramètres de l’Afrique d’aujourd’hui, qu’elle se pose parce qu’elle souhaite une Afrique et des Africains prospères et équilibrés comme aux temps de Kemet et de nos glorieux ancêtres,
alors posons-nous ces autres questions : dans quel monde vivons-nous ? Nous sommes-nous donnés des instruments pour le lire ? Pouvons-nous le lire ? Donc, savons-nous le langage qui est parlé ? Par qui ? Pour qui ? À quelle fréquence ? Pour quelles conséquences ?
Ceci nous ramène pratiquement à la méthode proposée par Frantz Fanon : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ».
Nous avons vu que Du Bois s’est posé des questions liées à son temps et au contexte étasunien. Quel est nôtre temps ? Quel est notre contexte, et pour qui nous interrogeons-nous ?
Est-ce pour la diaspora ou pour ceux des nôtres qui sont sur le continent ?
Est-ce pour une image commune à l’Afrique et à la Diaspora fédératrice comme celle de la Première Cause dont parle Molefi Kete Asante, évoquant la création du monde telle que se l’expliquaient nos ancêtres négroégyptiens?
La fréquence des débats en cours sur la Renaissance spirituelle africaine supposerait-elle que notre génération a découvert sa mission et qu’elle voudrait la mener à bien ?
Notre mission se résume-t-elle à la seule volonté de maîtriser ce que Doumbi Fakoly appelle « les mystères négro-africains anciens » ?
Si nous nous interrogeons pour nous qui sommes loin des nôtres, prenons garde de nous poser les bonnes questions. Qu’entendons-nous par spiritualité africaine ?
Lorsqu’on y aura répondu, quel en serait le but ? Serait-ce une spiritualité spéculative ou une spiritualité opérative. Autrement dit : recherchons-nous des réponses de bien-être intérieur, une relation entre soi et soi-même, autrement dit ésotérique, que seule peut nous procurer cette « Renaissance spirituelle » répondant aux codes et rites ancestraux les plus établis ?
Ou voudrions-nous y trouver des réponses prêtes, vivantes depuis des temps immémoriaux, et qui nous indiquent l’écorce à mâchonner ou l’onguent à porter pour rendre nos trouvailles technologiques plus efficaces ? Nous permettront-elles de répondre avec plus d'efficience au manque cruel des emplois durables? A la morale publique, politique? L'éthique de vie de nos ancêtres peut-elle être celle qui nous sauvera enfin du ridicule de nos temps? Pourrions-nous "battre" enfin Jésus sur son terrain, renvoyant Allah en Arabie, Bouddha dans l’Himalaya ?
Si nous nous interrogeons plutôt pour ceux des nôtres restés sur la terre mère, ont-ils exprimé ce besoin, ou le sentons-nous d’ici par quelque intuition d’un ordre… justement immatériel ?
Qu’est-ce qui nous fait croire que notre Renaissance spirituelle tant courtisée n’est pas ce qui se vit dans l’Afrique non urbanisée et dont les églises et mosquées sont vides ?
Qu’elle est ce qui se vit dans cette partie de l’Afrique où la parole de l’homme est encore l’homme ?
Là encore il faut nous poser les bonnes questions. De quelle Afrique il s’agit : la citadine ou la rurale ?
La moderne ou la traditionnelle ?
Celle dont nous portons le métissage ou celle qui nous a définitivement échappée mais qui reste vivante là-bas ?
Y a-t-il urgence ? Pourquoi ?
Dans ce cas, où puiser les éléments vrais de cette Renaissance ?
Seront-elles adaptées au contexte d’aujourd’hui ? Sinon comment procéder ?
Autant de questions qui, rassemblées, nous imposent une certaine humilité. Humilité face au sujet évoquée, car la spiritualité africaine, à mon sens, ne peut être mieux saisie que si l’on y greffe le fil nous ramenant à la culture Vérité-Justice, la Maât, le legs le plus riche que nous tenons de nos aïeux. Seule la Maât contient suffisamment d’éléments du neter (lire netchèr, le divin) pour que l’homme dans son quotidien soit bon envers lui-même et envers son prochain. La Maât se désarticule comme la philosophie de l’homme en tant que prolongement du divin, il est le souffle vivant et vivifiant dans sa matérialité agissante, par la Maât le cœur l’homme est préparé pour entreprendre une relation saine avec lui-même (ésotérisme) et avec le divin (la religion).
L’ésotérisme étant de l’ordre spirituel, il permet un travail sur soi en vue d’un équilibre entre soi et soi-même, entre soi et autrui, par-delà, entre soi et l’univers. Un retour sur ces valeurs est faisable si chacun fait don de sa personne pour la qualité des rapports entre les hommes. La Maât est un humanisme.
La religion, est, de par son étymologie, le lien entre soi et les autres et le divin ; il est de l’ordre commun de lui reconnaître une fonction sociale de régulateur des us et coutumes au point que, par extrapolation, on peut lui attribuer d’être située en amont des civilisations. On retiendra donc que la religion crée la culture, et la culture engendre la civilisation. L’esprit se met en marge, ou bien y opère de manière transversale pour orienter chacun de ces éléments vers le haut ou vers le bas.
Un mauvais esprit influence négativement une religion, une culture, une civilisation. Il en est de même pour l’esprit brillant, en tant qu’individu. La civilisation se mesure donc à l’aune de sa valeur spirituelle (souffle de positivité).
Pour ce qui est du rapport entre spiritualité en elle-même et religion, la religion matérialise la spiritualité qu’elle organise en terme de rites et d’administration. La religion chrétienne rend vivante la doctrine supposée être celle du Christ : le christianisme. Il en est de même de l’Islam, du judaïsme, etc. La spiritualité chrétienne n’est rien d’autre, dans ce cas, que la doctrine elle-même en tant que concept, idée, philosophie.
En conclusion,
La réflexion sur la nécessité d’une Renaissance spirituelle africaine nous impose d’identifier le réel besoin, la nature du besoin, et le but de ce besoin, son applicabilité.
Il nous restera que toutes les sociétés qui se sont construites, toutes les civilisations qui se sont faites ont d’abord et avant tout réalisé une unité spirituelle (une idée précise de leur lecture du monde) sur laquelle s’est greffée une religion qui a enfin créé une civilisation.
La question morale de la valeur de ces civilisations est un autre débat, comme il peut convenir aujourd’hui de se poser la question, que d’ailleurs je soupçonne en toile de fond de notre sujet, de la valeur morale de la civilisation occidentale.
Je vous remercie.
Mouelle II
Paris, le 07/05/06
Ma contribution à la Conférence à laquelle participait également l'éminent Professeur ThéophileObenga (dont photo ci-dessus)à Paris le 3/06/06 au Centre Culturel La Clé portant sur la création d'une Nouvelle Coordination des Associations Nègres et Une Maison des Cultures Noires à Paris. Texte intégral.
"Pourquoi créer aujourd’hui une nouvelle Coordination des Associations Nègres (C.A.N.) à Paris ? Ses objectifs ? Quelles stratégies aujourd’hui pour bâtir une Maison des Cultures Noires (M.C.N.) à Paris ?
Là sont réunies deux problématiques qui d’apparence, de par leurs intitulés respectifs, empruntent deux pistes d’action, mais avant l’action, deux pistes de réflexion distinctes.
Pour autant, à y regarder de près, il s’agit d’une même problématique subdivisée en deux angles réfléchissant, comme un miroir, l’un sur l’autre, et appelant à la visibilité, à la dignité, à la représentativité, la respectabilité, l’expressivité, la créativité, et au-dessus de tout, dans un contexte d’adversité, la défense des intérêts d’une minorité qui se veut plus que jamais agissante, à l’intérieur d’une République laïque soucieuse de l’équité et de l’égalité des chances.
La première problématique étale clairement sa nature. Elle se veut refondatrice d’un acquis avec la présence, dans son intitulé, de l’adjectif « nouvelle » qui nous rappelle sans le dire qu’il y a en filigrane quelque chose « d’ancien ». La légitimité d’une telle interrogation [Pourquoi créer aujourd’hui une nouvelle Coordination des Associations Nègres (C.A.N.) à Paris ? Ses objectifs ? ] tient du fait qu’un ordre de rupture a lieu, que soit une Coordination des Associations Nègres existait à Paris, et qu’elle n’existe plus, donc qu’elle est morte ; soit elle existe mais ne répond pas ou plus aux attentes de ses adhérents, aux aspirations de ses sympathisants, bien mieux, qu’elle ne cesse de surprendre (peut-être négativement) par ses actions et prises de position sur des sujets d'importance, et qu’il faut conséquemment opter pour deux solutions : la tuer, c’est-à-dire la dissoudre, ou la quitter, et faire acte schisme.
Deux autres voies sont également possibles. La première : créer une Coordination d'associations parallèle, avec des objectifs cette fois nobles dans le sens entendus par tous ses adhérents, ceci dans un pacte de respect des principes communs.
La seconde consisterait à reprendre les mêmes objectifs que l’ancienne Coordination, changer son nom par un nouveau qui ne s'éloignerait pas trop du premier afin de bénéficier d'un doute favorable sur son identité et sur le capital publicitaire engrangé par l'ancienne, capital auquel on aura tout compte fait, participé. Ensuite, il s'agit de changer les dirigeants, et faire là acte de mue régénérative.
Si en revanche une Association fédératrice des associations nègres existait il y a longtemps à Paris et qu’elle est morte, que c’est elle que l’adjectif « nouvelle » évoque en filigrane, nous sommes en droit de nous poser quelques questions : quand elle-t-elle morte ? De quoi a-t-elle souffert jusqu’à y perdre son souffle de vie ? Un accident ? Une longue ou courte maladie inhérente à la structure elle-même, comme il en existe depuis toujours dans une assemblée d’hommes et de femmes ? Ou s'est-il agi des facteurs exogènes?
Si, à l’opposé de tout ce qui vient d’être dit, cette association existe toujours mais qu’elle ne répond pas ou plus aux attentes de ses adhérents, aux aspirations de ses sympathisants, l’on est en droit de se demander : pourquoi ?
Pourquoi ramerait-elle à contre-courant de ses propres statuts ?
Le fait-elle seulement? Que sait-on des statuts qu'elle serait en train de profaner? Que savons-nous de ses objectifs dont elle s'écarterait? Seraient-ils les mêmes que ceux énumérés en tête de mon intervention et qui visent, je reprends : « la visibilité, la dignité, la représentativité, la respectabilité, l’expressivité, la créativité, et au-dessus de tout, dans un contexte d’adversité, la défense des intérêts d’une minorité qui se veut plus que jamais agissante, à l’intérieur d’une République laïque soucieuse de l’équité et de l’égalité des chances » ?
A moins, dans ce cas, que les adhérents, éclairés par leurs porte-parole et leaders, s’estiment dans la lignée même de leurs buts et objectifs et que ce soit plutôt les observateurs non adhérents qui, mus par un sentimentalisme aveugle, prêteraient des aspirations par trop humanitaristes à des personnes qui n’en demandaient pas tant, et qui au prétexte de répondre au droit de survie d’une minorité haïe par quelques brebis galeuses de la République, pactisent avec la Peur, font allégeance à l’inhumanité de la Parole agissante et abusivement tolérée; devrais dire : autorisée?
Dans ce cas, et dans ce cas seulement, c’est acquis, il faudrait une parole nouvelle sur des lèvres que nous légitimerons, parce qu'elles consultent la base chaque fois qu'elles s'ouvrent par parler, agir, elles seront ainsi autorisées par la base à parler et à agir véritablement au nom et aux intérêts d’une communauté intégrée dans la République, laquelle République en retour aura en face d’elle un diagnostic social et économique fidèle à la réalité vécue par cette communauté, notre communauté. Loin de toute complaisance ou de refus d'affronter plus fort que soit, sur le terrain de la loi et du respect des valeurs humaines.
C'est pour toutes ces raisons qu'il faut savoir lire et garder en mémoire les us et coutumes de la République. Que la nécessité de s'unir pour des principes de solidarité de premier niveau ne puisse dériver en communautarisme, en reléguant le rôle transversal de l'Etat et de la République fédérateurs de toutes les communautés premières en une communauté nationale (la nation) à un simple rôle d'observateur plus ou moins passif, ou selon le cas extrême répressif, là nous nous serons mis en marge des préceptes de la légalité.
Car, il s’agit ici de dynamiser les capacités de tous à créer, à agir et à vivre dans un cadre républicain où la haine de l'autre, le racisme, les exclusions de toutes sortes seront combattus avec force; rester vigilants sur des cas de dérive, dénoncer le victimisme, renforcer des liens familiaux et culturels des hommes et des femmes vivant dans le respect de la loi et utiles au questionnement permanent relatif à l’amélioration du Vivre-Ensemble qui fonde les nations, plus encore une Nation comme la France, riche de ses entités humaines aux cultures diverses qu'une longue chaîne d'histoire mouvementée a permis de rassembler sur un même territoire.
Les spécificités de cette histoire n'ont pas cessé d'être interrogées. Elles livrent chaque jour davantage de documents et de témoignages souvent douloureux. Plus les questions y relatives seront les bonnes, mieux les réponses apportées pourraient contribuer efficacement à la saisie globale des richesses humaines inexplorées, inexploitées, tenues aux minima de leur expressivité, mais qui, dans un contexte de concours de chacun et de tous à la construction de l'avenir commun engendreraient des forces vives et des forces de proposition pour un mieux-vivre et un mieux être de tous.
A la lecture du présent, posons-nous la question : quel sens porterait une Coordination nouvelle des associations (une de plus?) si l'état des lieux n'est pas fait? Ou si l'état des lieux fait n'est pas rigoureux? Si le contexte entourant cette création n'est pas mieux étudié, et si les principes unificateurs ne sont pas clairement définis?
Pour ma part, la pertinence de l’initiative à prendre pour créer une Association (nouvelle) fédérant diverses autres associations de la communauté afrocaribéenne de France doit impérativement répondre à un souci de cohérence avec nous-mêmes et non se faire un reflet mimétique de notre rapport aux autres.
Nous devons en amont nous demander une énième fois, "qui sommes-nous?", "Où voulons-nous aller"?
Alors seulement, la Coordination reflétera l’âme même de ce que nous sommes (devenus), nous les fils d’Osiris (Le Grand Dieu Noir, Ausar de son nom originel africain), quoique éparpillés dans le monde. Un personnage (permettez-moi de me citer) affirme avec foi dans mon roman Le Pharaon Inattendu : « les fils d’Osiris éparpillés à travers le monde ne doivent jamais oublier la grandeur qu’on a fait taire en eux».
Associons-nous par rapport à nous-mêmes. Répondons par l’union aux questions d’ordre de vie qui s’imposent à nous par l’époque que nous vivons, car elle serait périlleuse, voire éphémère l’association qui naîtrait d’un contexte de joutes de leaderships, d’auto-gloriole, elle en ajoutera simplement au ridicule qui couvre souvent plusieurs unions de courte ou de moyenne durée qui tapissent le pas de l’Histoire des Nègres modernes. Ici en France, aux Etats-Unis, j’évoquerais à peine l’autre ridicule géant qu’a constitué l’Organisation de l’Unité Africaine, sur le continent, une OUA qui s'est construite sur le rejet de l'unité de l'Afrique par une confédération des Etats voulue par Kwamé Nkrumah.
Théophile Obenga dans son ouvrage L’Université africaine dans le cadre de l’Union Africaine fait ce constat : « les peuples qui luttent, vivent et survivent, le doivent surtout aux bonnes et positives décisions prises à temps ».
Nous sommes en lutte partout où nous nous trouvons. Lutte de survie, lutte de visibilité, de considération, nous "les damnés de la terre" pour reprendre avec légèreté les mots forts de Frantz Fanon dans on ouvrage Les Damnés de la Terre. Notre plus grande lutte reste celle de la démocratie dans notre terre d'extraction, l'Afrique.
La malgouvernance et l'obscurantisme politiques de presque tous les Etats du continent resteront un frein à notre intégration et à notre épanouissement véritable partout où nous irons, plus encore que l'état réel de notre vie sur place. C'est l'ombre ou la lumière qu'on traîne qui fera de nous l'invité du roi ou l'hôte du valet. Dans l'Occident moderne, l'Africain doit perpétuellement prendre en compte cette ironie du sort : "Dis-moi d'où tu viens et je te dirai où loger, où aller à l'école, où travailler, où aimer, où mourir". C'est elle qui devra constituer son fer de lance pour changer les choses et conquérir, puis garder, sa dignité en terre d'accueil. Le regard des autres le déshabille quotidiennement. Il doit donc se vêtir d'un mieux être moral et comportemental, car il est toujours celui qui un jour est venu. Même si sur la question, il n'est pas le seul. Mais lui est visible de loin, et ne fond pas dans la foule uniforme. Sa peau est son treillis militaire. Mais son combat doit rester d'étaler l'humanité qui se cache sous sa peau, pour lui-même, par lui-même, vers lui-même. Et comme par ricochet, une humanité bien vécue rejaillie sur les autres, elle se sera, par accident, faite conquérante. La banane a beau durer au fond de la rivière, si elle doit mûrir, elle mûrit toujours.
Toute union ou toute réunion intégrant ces subtilités pourrait permettre de changer, par petites échelles concentriques, le cours de l'histoire.
Je crois en l’Union de l’Homme Noir avec l’Homme Noir, autant que je crois en l'Homme universel, en l'amour entre peuples. Le contexte sinistré de l'homme noir sur son sol de naissance (l'Afrique) comme souvent dans celui d'accueil ne doit pas pousser au désespoir. Les solutions existent. Elles sont aussi vieilles que ne l'est l'ordre marchand actuel. Mais elles dépendent aux trois quarts de l'Homme Noir lui-même.
Nous vivons une époque où notre rapport à l'argent n'est pas celui qui convient. Soit il est naïf, soit nous n'accordons pas à l'argent la place qui lui revient aujourd'hui. Si l'argent est roi, reconnaissons lui sa place, avec en réserve une dose de contrôle sur son pouvoir. Car l'argent ouvre à un pouvoir aveugle et inconditionnellement insensible aux souffrances humaines. Créons des richesses matérielles. Elles nous donneront de quoi défendre nos acquis civilisationnels. Donc, entamons une nouvelle connivence avec l'ordre marchand qui doit nous permettre de comprendre le sens du monde, définitivement. C'est lui qui permettra l'émergence pérenne d'un entreprenariat Noir en France. C'est cette dynamique qui permettra de débarrasser notre communauté de son laid manteau d'assistés, ou d'éternelles victimes sociales.
Mais si la volonté existe de notre part de faire partie d'une classe moyenne et même d'accéder à la classe de dirigeants, il faudra aussi de la part des pouvoirs publics une réelle volonté d'aider à cette émergence.
C'est à la poussée vers cette prise de faits que doit servir, en plus d'une vue culturelle africaine adaptée à l'époque présente, une Coordination (nouvelle) des associations noires. Elle doit se faire un centre de réflexion pluridisciplinaire, pluridimentionnel, où des départements d'actions spécifiques et orientées le disputeraient aux audaces de créations tant d'opportunités que de chances.
Cela est possible ici. Par nous la Diaspora. Le rayonnement de ces possibilités conquérantes réalisées en Occident finira par s'étendre sur l'Afrique, car il apparaît de plus en plus certain que l’impulsion du changement espéré pour le mieux être et le mieux vivre en Afrique, viendra de la dynamique de ses diasporas. La Diaspora n'a de sens que si elle polit perpétuellement la pierre de foi qui la lie à sa terre d'origine. La force vitale du devenir de notre terre Kemet, viendra de la force et de la foi que nous mettrons à défendre nos êtres et nos idées humanistes, justes, non seulement pour l’équilibre de l’Homme noir mais pour le recul de la violence et de la haine entre les hommes, sans distinction de peau, car fils d’Osiris, nous avons le devoir de répandre et de faire partager la beauté philosophique de la Maât, le principe de la Vérité-Justice.
Je le disais en introduction, créer une nouvelle association nègre à Paris, comme bâtir une Maison des cultures Nègres, répondent de la même problématique : la dynamique de l’action par l'union.
Personne ne bâtira cette maison à notre place, mais le plus urgent c’est de bâtir une maison pour nos âmes en perdition.
Car, au stade actuel de ma modeste contribution à la réflexion, il m'apparaît nettement que le concept de la création d'une Maison des Cultures Noires à Paris (Maison Afrique) ne peut se saisir pleinement que si cette Maison s'intègre dans un vaste projet de revalorisation de l'être Nègre en lui-même. Ici en France, en Afrique, en Europe. Je vois bien volontiers la Coordination des Associations Noires comme un département de la Maison Afrique, et je vois la Maison Afrique davantage comme un contenant des sciences et techniques modernes vues par nous à travers l'Histoire, la Culture, la civilisation nègres; je la vois comme un tout nègre où le visiteur, selon les calendriers, pourrait être convié à la découverte de l'Afrique d'hier, d'aujourd'hui et de demain telle qu'elle se vit et se perçoit par les Africains eux-mêmes, et non telle qu'elle se laisse dire dans les média à la médiamétrie africanophage.
Ces mots ne sont qu'un point d'étape de la réflexion. L'organisation de la Coordination et l'approche concrète de la Maison Afrique appelleront certainement à d'autres travaux. Très prochainement, si les ancêtres y sont favorables.
Je vous remercie.
Paris le 03/06/06
Mouelle II
3ATELESUD, la première chaîne de télévision panafricaine ::::::::::::::::::::::::: Janvier 2006
Comme tous les observateurs attentifs nous nous félicitions à peine de la pause que s’imposaient les nouveaux spécialistes de l’histoire de l’Europe dans le monde, le philosophe eurocentriste Alain FINKELKRAUT et d’autres exégètes de la « Suprématie Blanche » se taisaient-ils à peine, que ce qui est qualifiable d’insulte historique vint de la plus haute institution représentant la voix du peuple de France : l’Assemblée Nationale.
La France entière, par la voix de ses élus de droite comme de gauche, demandait aux hommes chargés de confectionner les manuels scolaires, aux maîtres, maîtres auxiliaires, aux professeurs des écoles et des universités, de faire réciter aux petits français les bienfaits de la colonisation sur les pays colonisés.
Etonnante démarche qui passe une nouvelle fois par l’épée des millions de pauvres gens encore meurtris dans leur chair et dans leur âme par les horreurs de l’esclavage et de la colonisation.
L’Afrique entière se sent humiliée, insultée une nouvelle fois, les Antilles se voient renvoyées dans leur statut d’îlots d’esclaves.
Par cet acte de loi du 23 février 2005 les élus de la droite majoritaire, suivis des socialistes mués dans un silence coupable, n’ont pas craint de donner le visage d’une France dont personne n’avait besoin, encore moins elle-même.
La communauté internationale, les défenseurs des droits et libertés, les tenants d’un nouvel ordre mondial plus juste, chacun s’en est trouvé désarçonné, d’autant que c’est encore la France officielle qui par la voix du Président CHIRAC se dit aux côtés de l’Afrique pour qu’elle bénéficie des retombées d’un commerce internationale équitable.
Ferait-on entre quatre murs le contraire de ce qu’on dit sur les tribunes internationales ?
Les agitations tardives de la gauche républicaine depuis le 29 novembre 2005, en faveur de l’abrogation de l’article 4 de cette loi sur les Réparations des expatriés Français de la Guerre d’Algérie, ne viennent que renforcer le sentiment de discrédit qui pèse sur le Parti Socialiste traditionnellement dit proche des populations issues des récentes immigrations.
En voulant éduquer les décideurs de demain que sont les petits français écoliers et étudiants à la fierté de l’héritage colonial, aux honneurs d’être colons, donc aux « bienfaits » de l’esclavage et de la colonisation, le parlement français a-t-il eu conscience de fabriquer de potentiels monstre de la paix ?
En voulant faire de ses enfants les adeptes de la guerre, de la convoitise et de la justice du plus fort, a-t-il oublié les leçons de l’Histoire ?
A moins qu’il ne s’agisse là d’une volonté délibérée d’annoncer pour bientôt l’heure de revisiter les sentiers du Mal ?
Ce sera alors le nouveau triomphe du philosophe allemand HEGEL pour qui les conquêtes impérialistes sont justes et souhaitables, parce que l’Etat qui les perpétue fait avancer l’Histoire en amenant « les peuples arriérés vers les lumières ».
L’on sait aujourd’hui ce que de telles idées ont produit : les impérialismes sauvages, les totalitarismes, le fascisme, le nazisme.
L’année 2006 en France sera pour les partis politiques celle de l’accélération des plans de conquête de la Présidence de la République en 2007.
Grands dieux fassent que, en panne d’idées novatrices et humanistes, la haine de l’étranger, le Noir, l’Arabe, ne constitue pas le principal programme de politique générale des états-majors.
La mise à mort de la démocratie commence souvent par la persécution des étrangers, puis de petites phrases glissées çà et là dans des textes publics touffus et/ou dans des lois d’exclusion.
La peur des démocrates que nous sommes naît de ce que certaines de ces énumérations sont depuis longtemps dépassées, des partis politiques de droite extrême ne faisant plus ni dans l’allusion ni dans la métaphore pour désigner l’étranger, l’ancien colonisé présent sur le sol français, comme le lieu où la France a Mal.
2006 devra donc être une année de grande vigilance pour tous les démocrates de France et du monde.
Au nom de la Rédaction de 3A Télésud, je vous souhaite une bonne et heureuse année 2006 !
Le Pharaon Inattendu de Mouelle II : Roman africain
sur fond D'Egypte Ancienne, A Découvrir !
Par Ze Belinga
Une bonne surprise que cette livraison de dernière minute de l'année 2004, cinquantenaire du Livre Nations nègres et Culture de Cheikh Anta Diop, Le Pharaon Inattendu de Mouelle II [Menaibuc] se veut un jalon pionnier du roman africain moderne. Héritier littéraire du savant sénégalais dont l'œuvre poursuit sa transformation des représentations du monde, Mouelle II innove en proposant sur le mode de la fiction une relecture rebelle mais sans effusion apparente, de l'histoire africaine à travers le conte initiatique de la réincarnation d'un pharaon illustre…
L'intérêt de la démarche est pour les Africains, leurs Diasporas et Descendants de reprendre possession de la totalité existentielle et spirituelle continentale telle que les Africains aujourd'hui la conçoivent et se la représentent. Cette réappropriation de l'antiquité africaine devient une matière fertile à imaginaire, matière débridée et passerelle vers des questionnements et renouvellements identitaires. Les Non Africains y verront une Egypte nouvelle dialoguant avec son bassin socioculturel authentique, l'Afrique subsaharienne, avec d'étonnants effets de fiction et de relecture de l'histoire universelle. Les Africains contemporains expliquant l'Egypte mieux que quiconque, les parentés qui structurent la trame du récit éclairent d'un jour distinct les égyptophiles autant que les curieux amateurs de fresques et d'épopées africaines.
Certes les ratiocinations des thrillers «égyptiens» vus de Paris, Londres, New York, inlassablement orientalisés ou méditerranéisés par la confrérie des auteurs de best-sellers a ceci de lassant qu'elles exploitent la même poussive antienne du mystérieux, en prenant soin d'éloigner, d'ignorer le caractère nègre de l'Egypte pharaonique. Et la nouveauté d'un auteur africain assumant l'Egypte négro-africaine comme un fait historique avéré et incontestable apporte de l'aération dans la mesure où ce royaume-référence africain qui a abrité plusieurs dynasties, ethnies et peuples aujourd'hui émigrés en Afrique subsaharienne, ne se comprend que dans le grand ensemble négro-africain. Et vice versa.
Aussi les trajectoires spirituelles, mnémoniques, les initiations à la sagesse des Anciens et aux sciences et techniques traditionnelles renvoient t-elles au corpus égypto-nubien et soudanais. Le roman africain peut donc replonger dans un air frais et éthéré, nouer les intrigues du présent et du passé, se faire contemporain ou historique, mais avec une partie en plus de son être à vivre, à inventer.
Il reconquiert sa liberté de mouvement de création, de re-création, de régénération osirienne… Il peut vibrer décomplexé en acteur et diseur de sa propre cosmogonie exhumée pour soi et dans un élan authentique vers et pour tous.
Comment Mouelle II s'y prend-il pour articuler la vie d'une réincarnation à Cuba d'un pharaon d'Egypte revenu assumer une mission sacrée et hautement importante, dans le monde d'après les déportations négrières, d'après les «indépendances» ? C'est à voir, à lire. Toujours est-il que la compagnie des Lumumba, Césaire, Um Nyobé, Savimbi, Shona, côtoie aussi le long de l'œuvre les Castro, Che Guevara,…
La jonction implicite de l'Antiquité à l'époque actuelle se fait par la période négrière que l'auteur s'impose de travailler. Esclavage, Napoléon, Révolution, sont happés dans le tableau du narrateur qui les emmêle dans des tribulations spatio-temporelles où initiations, rituels, sommeils, réminiscences embaument les personnages et la trame du récit.
Avec tout l'intérêt que représente cette démarche qui se ré-enracine dans l'antiquité nègre égyptienne pour féconder l'imagination créatrice du roman, il n'est pas toujours dit que l'ambition encyclopédique de l'auteur, de même que des concessions un peu spectaculaires à une tendance à la saisie brute crue soient d'un apport décisif au contraire.
Le Pharaon Inattendu porte cela dit bien son nom, et il est à espérer qu'il fasse école ou qu'il laisse … une colonne indispensable au temple prospère de l'imaginaire revivifiant de demain. A découvrir donc.
Ze Belinga
Les miroirs du temps se sont ouvertsAu-devant de moi ce jourEt mon visage comme mon âmeOnt souri au soleil qui m'accueilleJe suis NeferâQu'il me soit donné que l'amour soitQu'il vive, rayonne, et la vie couleraEntre l'homme et l'homme et les êtresAutant que la sève des étoiles d'où je viensQue la langue et la voie de mes pèresMontent de nouveau sur la cime de l'existenceDe même qu'il en a été au temps de leurs tempsAinsi qu'ils me l'ont dit alors que je venaisJe suis NeferâMes yeux chantent la lumièreMes paumes dansent le parfum des angesMon cou dessine le pas des guerriers de la paixEn ma poitrine résonne le tambour des âgesDans lequel les regards et les sceptres divinsS'illuminent d'étoiles impérissablesJe suis NeferâEt père m'a dit que mon pied droitMarche sur l'empreinte des seigneursLe gauche frémit sur la paille sacréeMon front s'ouvre aux magies des souriresSoustraits à la pâle souillure des hommesAlors, que viennent les miensQue les pieux s'assoientQu'en ce triangle de pierres les cœurs solidifientLes ferments d'espoir en peur dans les couloirs sombresDe ce monde qui m'accueille et déjà me soupçonneQu'ils fermentent l'humus de l'être en devenirEt je dirai : j'aime que soit vieux mon regardCar ma vie redit la vie de ceux pour qui je suis iciJe suis NeferâQue le bien en vous bénisse ma venueMouelle II
Chronique d'une fiction nous ramenant aux heures de gloire de notre civilisation
Par Elisabeth Vieyra
Shona a fui le Cameroun avec ses deux frères et est devenue cubaine. Mariée à un descendant de colon espagnol, héros de la révolution cubaine, elle se découvre prêtresse d’Isis, messagère du passé et initiatrice du futur, destinée à préparer l’arrivée d’un « guide », incarné par son enfant à naître. Son fils, Kuando, est la réincarnation d’un envoyé des dieux, Neferptah. Intermédiaire entre les Absents, les morts, et les Vivants, le présent, sa mission sur terre est de comprendre le présent pour préparer l’avenir. Quel est le destin de cet enfant, quel est son rôle et le sien ? C’est ce que nous découvrons à travers ce livre sur fond historique et de rites magiques ancestraux.
Derrière le destin d’une jeune femme, Shona et de son frère, Père, tous deux devenus citoyens cubains après avoir fui le Cameroun, l’auteur nous fait découvrir Cuba et son histoire. Une histoire basée sur le génocide des premiers occupants de l’île, la traite des africains, les guerres d’indépendance face aux Etats-Unis d’Amérique et face à l’Espagne, et pour finir, la révolution et le régime Castriste. Mais au-delà de l’histoire de Cuba, nous plongeons dans l’histoire de l’Afrique et du destin des africains de l’esclavage à aujourd’hui. L’île est la porte d’embarquement pour le retour vers « Kemet, la Terre sève ».
L’histoire du peuple noir est devenue indissociable de l’histoire du peuple blanc, c’est l’histoire de l’humanité, et l’histoire de Cuba représente cette humanité : ses défauts, ses forces, son peuple métissé, la place que sa société donne aux descendants des africains…
A travers les réflexions de ses héros, Thierry Mouelle II nous amène à nous interroger et à apporter des réponses, sur des sujets rarement évoqués tels que les responsabilités de nos ancêtres sur le destin de leurs descendants aujourd’hui.
La naissance du fils de Shona, Kuando, réincarnation d’un émissaire du passé, est le prétexte sur fonds de rites de l’Egypte antique, à des réflexions sur les travers de l’humanité, sur la capacité de l’homme à faire souffrir son prochain, au nom des préjugés, de la force, de l’économie…
L’auteur porte un regard cynique sur les soi-disant démocraties occidentales et les républiques communistes du sud, mais surtout « sur les terres africaines pour leur indolence et passivité ».
L’une des qualités de ce livre est de nous amener à faire face aux tabous de notre histoire et à replacer celle-ci dans l’histoire de l’humanité. Ainsi, le rêve récurrent de Père sur la mort de P. Lumumba, est en quelque sorte le réveil de sa conscience qui dénonce la faiblesse de ses contemporains. L’histoire de Shona, c’est l’histoire d’une fuite suivie d’une quête vers une identité perdue ou plutôt étouffée pour se protéger. Son passé, son histoire la rattrape. Elle réalise que ce qu’elle est aujourd’hui est non seulement le résultat de sa construction personnelle ici et maintenant, mais aussi des drames de l’Histoire de l’humanité.
Mais dans le roman de Thierry Mouelle II on trouve aussi du surnaturel, des rites magiques, des fantômes, des sorciers. Il y a aussi de l’amour, de l’humour, de la passion, du théâtre, de la peinture, de la poésie… éléments essentiels à l’être humain ; ils ont une place importante dans l’histoire de nos personnages et dans l’histoire du livre lui-même. Tous les ingrédients sont en place pour se passionner pour cette fresque historique passionnante qui se lit d’une traite et que l’on termine presque avec regret.
Le Pharaon Inattendu, est un conte initiatique, vers une quête de soi, de son identité et de son bonheur. C’est un message d’espoir pour tous, un message qui dit que notre avenir est entre nos mains et que nous en sommes responsables seuls.
Quelques questions à Thierry Mouelle II
Pouvez-vous m’expliquer ce qui vous a amené vers l’écriture ?
C’est d’abord la lecture. Une lecture qualitative orientée vers la connaissance de soi. A travers des œuvres majeures, autant des philosophes que des idéologues, mais également des poètes. A ceci de particulier que j’avais comme guide, mon père, un révérend pasteur très cultivé qui s’intéressait au monde entier et surtout aux religions révélées qu’il enseignait au tant qu’il les expliquait. Ceci m’a amené à lire la bible de la genèse à l’Apocalypse pour maîtriser la cosmogonie judéo-chrétienne telle qu’elle s’offrait à ma culture d’enfant et telle que plus tard je devrais la prendre comme socle de réflexion sur l’univers.
A côté de cet apprentissage de la bible j’ai également, toujours aidé par mon père et par ma tante magistrate qui a également participé à mon éducation, plongé dans la lecture transversale des philosophes tels que Nietzsche, Kant, Ebenezer Njoh Mouelle, Kwamé Nkrumah, Jomo Kenyatta, Julius Nyerere.
Ma rencontre littéraire avec Aimé Césaire, au travers de son poème Cahier d’un Retour au Pays Natal, sera le déclic qui me permettra de saisir que le peuple Noir à une histoire spécifique qui interpelle qu’on s’y plonge densément. Il en sera de même lorsque je lirais Senghor dans son recueil Ethiopiques ou dans bien d’autres poèmes de lui où l’accent est mis sur la revalorisation de l’image du Noir dans l’univers des Hommes. S’ensuit Léon Gontran Damas, Langson Hugues, Richard Wright… un trop plein de créateurs qui finissent par me convaincre qu’il y a de la place pour continuer l’œuvre de mise en orbite de notre manière de voir le monde, nous les Africains que nous soyons du continent que j’appelle dans mon roman « Kemet la sève terre », ou de la diaspora (nos pays de déportation et d'exil). Pour autant, en parachevant ce parcours d’édification d’une conscience Noire, j’ai rencontré Cheikh Anta Diop à travers son œuvre majeure Nation Nègre et Cultures. Le lien a été tissé pour que je reste désormais lecteur de mon histoire avec les clefs que désormais je pouvais avoir à travers ces recherches. Voilà ce qui m’a conduit à l’écriture.
Quelle est l’idée qui conduit "Le pharaon Inattendu "? Pourquoi l’Egypte ancienne ?
Toute quête identitaire, pour peu qu’elle se veuille sérieuse, doit à mon sens avoir un point de chute le plus éloigné possible du présent, pour être à même de dresser une linéarité généalogique. Il se fait que les travaux de Cheikh Anta Diop (suivis de bien d’autres chercheurs et scientifiques africains ou africains américains) couronnés de succès au colloque du Caire en 1974 par l’Unesco, ont démontré le caractère négro-africain de l’Egypte pharaonique. Notamment dans son édification spirituelle, économique, politique et culturel, bien avant la rencontre de ce peuple du nom de « Kemet » ou « Kemiou » avec le monde leucoderme (les européens).
Le pharaon Inattendu se réapproprie toute cette richesse. Il s’agit de perpétuer le lien entre hier et aujourd’hui, nous et nos ancêtres ayant bâti l’une des plus splendides civilisations que l’univers ait jamais édifiées. Surtout que, ayant traversé les ouragans historiques les plus terribles tels que l’esclavage, la colonisation, et aujourd’hui la néo-colonisation et l’exacerbation du racisme eurocentriste, notre mémoire nous est amplement disputée, elle nous est vertement déniée. En écrivant un ouvrage comme le Pharaon Inattendu, ouvrage qui scénarise l’histoire du peuple noir en la replaçant dans la lecture universelle de l’humanité, je tente pour ma part non pas de revendiquer mais de construire l’homme nouveau, un homme dénué de toute considération haineuse mais qui s’enrichit des particularités et des particularismes.
La grande richesse de ce livre est de proposer une lecture du monde et de l’histoire sous le prisme de ce qui parfois n’est pas dit, en essayant de rester dans le domaine de la fiction, bien que cette fiction soit tirée d’une histoire vraie.
J’insiste sur l’idée qui conduit ce roman ?
On dit que les noirs n’ont rien apporté… au concert universel du donner et du recevoir. J’ai la prétention de dire que c’est farfelu d’avoir des idées comme celles-là. Combien de gens savent que le réfrigérateur a été inventé par un Noir ? Combien de gens savent que la machine à réguler et à contrôler les transmissions électriques a été inventée par un Noir ? En France par exemple, qui sait que le vrai père du nucléaire civil est un Antillais [Georges NICOLO]? Que c’est grâce à lui qu’aujourd’hui on a le courant électrique continu à portée d'un interrupteur? Je pourrais citer jusqu’à épuisement de mon souffle un nombre impressionnant de systèmes, d’objets et d’appareils du quotidien qui sont issus du génie nègre. Lire à ce sujet le livre de Yves AntoineInventeurs et Savants Noirs.
Il faut donc amener les Africains à ne plus douter d’eux-mêmes. Surtout les jeunes à s’investir d’un capital de confiance leur permettant de créer, d’inventer, parce qu’ils auront su que le génie du peuple Noir ne s’est jamais éteint entièrement.
J’attire cependant l’attention sur le fait qu’il ne faut pas faire comme les autres : tomber dans le piège de la haine.
Un homme équilibré est un homme qui ne sait pas ce que la détestation de l’autre veut dire.Le Pharaon Inattendu est un livre qui enseigne la tolérance, la maîtrise de soi, la culture de l’amour.
Mes personnages revendiquent une seule identité : l’identité humaine. Ils peuvent avoir à être des mélanodermes (noirs), des métisses, des leucodermes (européens), les actions qu’ils portent dans le livre ne traduisent pas seulement leur appartenance socioculturelle mais l’influence de l’éducation, mais l’influence de leur libre arbitre.
Chaque acte posé par un homme peut engager l’humanité entière et par-delà, la liberté ou l’enfermement de l’Homme. Je raconte donc l’histoire du monde. Avec cette fois aux premières loges, les Africains. Car, pris dans le tumulte de la mondialisation et de l’anéantissement des particularités identitaires, ils sont devenus une « quantité négligeable » dans un système où la marchandise qu’on vend a plus de valeur que l'être humain. Ma prétention est de dire que l’Africain dans son contexte de « sous-développé » est peut être l’avenir du monde.
Victoire. Le mot s'est envolé. Combien de temps a-t-il dû jouer à cache-cache avec la suspicion, la constriction, le bâillon ? Vingt ans ? Quarante ? Soixante ans ? L'envie me submerge de dire à pleins poumons : des siècles. Car quel visage donner au temps réel dans cet espace de non-vie où tous les matins l'histoire du mot devait se construire au rythme d'une marche qui toujours dépendait de l'humeur de la flicaille, du sens et de la couleur des casques de combats ? Qu'est-ce que le temps quand par la magie du verbe rebelle, l'auteur se permet de (re)plonger dans cette anse de non-être où les bouquetins du mal se pavanent, où les brodequins et les matraques jouent d'émulation permanente dans leur prétexte d'intangibilité entre la légitime vocation d'une jeunesse avide de savoir et de mieux-être et le Pouvoir incapable d'accéder au premier des principes républicains : la santé du corps et de l'esprit de ses enfants ? Pourtant c'est le même temps incompressible qui me donne aujourd'hui, témoin de tant de corolles d'inhumanité portée en bandoulière, à revoir à même distance d'exil que l'auteur, le bal des fœtus avortés de notre génie. Victoire. Le mot s'est envolé. Loin de nos vieilles âmes paillassons. Loin des pectoraux mollassons, des seins inutilement papayes, des regards bouffis de rance et de vermine de mauvais vin, des jambes rondes aux mollets maudits de sommeil, aux bras de tellement de beurre qu'on ne comprend pas pourquoi ils sourient au soleil.
Il s'est envolé le mot. Pour nous qui rêvons de sourire au matin qui se lève. De chasser un soir, un matin, le soupir d'indécence qui meuble les soirs de ventre de faim, les midis de vertige et de tangage sur un sol qui ondule dans son silence des chansons qui peinent à être claironnées devant tant d'enfants qu'on accompagne à la fosse commune. Tant d'adultes qu'on laisse aux oiseaux de proie sur leur chemin vers un peu d'espoir. Un peu. Simplement. Comme tant de chacun assassiné depuis … que le pays a un nom. Un visage. Une carte. Une couleur. Un sens économique, politique, culturel. Malheureusement sans âme. Ni cœur. Souvent. Toujours.
Le mot s'est envolé loin de la « colline du savoir ». Enigmatique patronyme d'une Université tropicale que le géniteur dictateur et son héritier ont voulu faiseuse de brailleurs au perroquétisme parfait. Au nanisme intellectuel. A la plume cassée. A l'esprit enrhumé. Mais qui, en pourvoyant d'hier à aujourd'hui « la colline aux oiseaux», triste monceau de chairs torturées et exposées aux intempéries de Yoko, de New-Bell, de Tcholliré, de Nkondengui, de Mantchum ou de la rue en guenilles, démontre que les dictatures resteront toujours les alliées objectives des plus belles révoltes des esprits justes. C'est au cœur de l'humus du mal humain et de la négation des droits et libertés qu'apparaîtront toujours les plus belles fleurs d'emblème de l'espoir en l'Homme. Pour avoir été de cette « colline au savoir », pour avoir bu dans la mare du « non » social et jeune, qui donc mieux que Martin Momha pourrait tenir la légitimité d'une révolte juste ? Qui mieux que lui devrait étaler en peinture le ras-le-bol de toute une génération illusionnée d'indépendance et d'aisance sociale et économique ? Qui mieux que le poète saurait ce qu'est la dictature du singulier contre le collectif ? C'est donc avec sens qu'il peut écrire : « L'infini m'attire et me fascine comme une ferraille mobile dans un champ magnétique ». Car il est à l'étroit dans un monde qui ne produit que deux collines: la colline du savoir et la colline aux oiseaux. L'une étant sans qu'on ne veuille se l'avouer mère de l'autre. Fils bâtard de ces deux monstres, il se débat énergiquement pour échapper au «misérabilisme » ambiant, voit partout des « vieillards dépenaillés au regard de détresse », décrit la jeunesse exilée, livrée à tous trafics même celui de beaux corps de reines abandonnés aux «toubabs friqués ».
De la colline du savoir à la colline aux oiseaux, le poète traîne sa bave d'insoumis, son dos piétiné, sa poitrine concassée sur l'enclume de l'indicible, il voyage dans le mal du frère et de la sœur dont le sourire ne veut plus rien dire. Malade de l'être et du sens des gestes humains, il refuse pourtant de se laisser aller à autre chose que d'«accompagner le peuple dans la rue séditieuse pour débouter des souverains tyranniques » des palais et de sa vie de chaque jour. Pour autant riche de tout ce sens pluriel, il convient quand même d'avertir que l'œuvre de Martin Momha est un terrain délicat. S'y aventurier exige des pièges à éviter. Par exemple celui qui consisterait à vouloir cerner ce discours révolutionnaire comme une autobiographie qui fusionne l'auteur et le narrateur. Leurs expériences bien que comparables sont loin d'être identiques : Martin Momha n'a jamais été emprisonné, il n'a jamais déposé une demande d'asile dans un bureau d'immigration. Cependant, comme son héros, il réside en Suisse avec un statut d'étranger. Il a participé à des rebellions estudiantines et a souffert des affres d'un système politique et universitaire odieux. Le retour au pays natal et son implication politique qu'il prône n'adhèrent pas pour le moment à sa stratégie de vie. Son rêve d'une vie équilibrée tient d'une maxime qu'il a faite sienne : « Là où on est mieux, c'est là la Patrie ». L'œuvre de Martin Momha rompt ainsi avec les techniques et les canons classiques d'écriture. C'est une fresque littéraire qui échappe à tout postulat de catégorisation. Poème ou prose ? Narration ou réquisitoire ? Monologue ou album de souvenirs ? Superflues que toutes ces questions prises à l'unicité car tout indique qu'il s'agit de tout cela à la fois. Un nouveau genre englobant. Car c'est avec facilité qu'il migre d'un registre à un autre, sautant par-dessus les frontières étanches entre les genres et les peuples pour créer la «globalisation de l'écriture ». Ainsi va-t-il de la première station à la dernière, dans un accent satirique et un verbe lourd de vérité. Ancien séminariste, l'auteur est allé fouiller dans le vocabulaire ecclésiastique pour trouver une nomenclature systémique à son discours. Il tente de créer un rapprochement entre la mission du divin fils sur la terre et celle de son héros.
Ainsi, le concept de « station » renvoie symboliquement à la représentation cadencée de lapassion de Jésus Christ. Il s'agit d'une cohorte d'évènements pathétiques qui retracent la trahison, l'arrestation, la condamnation, la crucifixion, la mort et la résurrection du Christ. Le héros momhaïque accepte volontiers de faire don de sa vie pour que la paix, la liberté, la démocratie, la justice sociale et le développement règnent. Un contexte qui n'est pas sans rappeler la vie et l'œuvre de Nelson Mandela, Thomas Sankara, Alexandre Doualla Manga Bell, Um Nyobé Etc. des héros se donnant à l'holocauste pour des causes justes.
De l'autre côté des fils de barbelés est donc un verbe émouvant. Il en appelle au constat de la terrible circularité du temps africain, donne à lire les dommages des indépendances qui n'ont pas pu accoucher d'autre chose que la sinistrose collective à même visage de squelettes rabotés, comme si espérer le développement de sa terre est une œuvre contre-nature qui ne peut induire que la prison, la mort et l'exil, comme si quiconque ose dire le peu qu'il ne faut pas est conduit irréversiblement vers le ban de sa propre lignée, ne lui restant qu'un voyage de cent quarante escales ou stations pour catalyser le mot jusque-là indigeste en le transformant en train verbal, pour abattre des palissades de la haine et « des murs funèbres où mugit l'hydre des pyromanes ». Qui oserait nier que ceux qui s'exilent sont encore plus mal que ceux qui restent conscrits dans les cachots du désespoir ? Le chant poétique du héros Momhaïque est le mal de celui qui est parti sans jamais quitter véritablement sa terre. Il la voit. La sent. Respire ses moindres frémissements. Pense et dort à l'étroit dans l'immensité généreuse de l'espace-gîte qui l'accueille. Pauvre parmi les riches du pays de TELL, il sait que sa place est au pied de l'arbre sacré où «son nombril négroïde a été inhumé ».
Cet attachement aux origines est incontestablement une réactualisation de l'idéologie de la Négritude dont l'un des principes caractéristiques est le retour aux sources. Dès les premières pages de ce livre, l'on comprend vite que l'exil est le plus grand mal qui puisse arriver à un homme de liberté. Mais une victoire aussi parce qu'on respire hors d'une Terre impie où le bourreau vit d'imaginer ce qui ralentit l'agonie, accentue la mortification, pour qu'entre les deux jamais ne jaillissent les architectes d'une nouvelle colline entêtée comme il en faut sur un sol où plus personne n'ose s'entêter de bon sens. C'est pourquoi, ayant lui-même écumé les rages de son pays mouroir, ayant blâmé tôt l'encensement de sa terre de poussière assommante, ayant mis à ses pieds le verbe-serpillière et la langue-savon, donné de son énergie pour lui rendre ses chatoiements d'antan, l'auteur nous offre aujourd'hui le miroir où son héros vide son défilé de souvenirs dans une sociologie comparée entre lui et lui-même, entre son pays dévasté et les terres d'ailleurs, un ailleurs dans lequel il a trouvé refuge. Mais même le refuge n'est pas un antre de paix. « Xénophobes » et «vilains perquisiteurs » le traquent avec « matraques et chiens policiers ». Doublement rejeté, le combat qu'il livre se déroule sur deux fronts diamétralement opposés, séparés entre eux par un mur en barbelés : sur le versant Sud il y a le pays natal où sévit la dictature, la corruption, la misère… Et sur le versant Nord il y a le pays d'accueil où règne la discrimination, le racisme, la dérision... Eternel bâtisseur, son retour n'aura donc de sens que s'il bâtit l'espoir, édifie la part de bonheur qui revient au Peuple. Mais quand serait-ce ? L'auteur a le don de nous faire vivre ses multiples moments d'interrogations. De convictions. De larmes. Homme ? Enfant ? Adolescent ? Lequel de ce lui-même multiple en son unicité tient ici la torche qui tente l'éclairage de ses propres nuits d'incertitude ? Répondre à cette question c'est admettre aussitôt que l'univers de ce monologue d'une rare densité refuse d'appartenir à son contexte typiquement africain pour épouser l'angoisse universelle de l'homme face à l'obsédant désir de liberté, de dignité et de joie. Jamais poète n'a été aussi politologue. Philosophe. Jamais poète n'a été aussi économiste. Momha saisit la totalité de la société moderne pour l'exposer à la critique espérante de la restitution de l'homme à l'humanité et de l'humanité à son premier devoir : le bonheur de l'Etre.
Paris le 24 novembre 2005
*texte intégral
De l'autre côté des fils de barbelés est un livre de Martin Momha publié aux éditions Le Manuscrit à Paris.
Qu’est-ce que le destin
Qu’est-ce que la vie
Loin du soleil de mes terres
J’embrasse l’angoisse du sage
Ce pourtant qu’à trente-sept ans
La haine rampe
Au seuil de ma porte
M’empêche de sortir
M’empêche de rire
M’empêche d’aimer
Et de porter
Mes sandales
Mes belles sandales de lumière
Père, ô Père
Etait-ce donc là l’école de la vie
Vivre de voir toujours muselées
Les vertes réponses
Aux abaissements de l’homme
Quand la faim de leurs chairs
Vient tromper encore
Mes sourires
Mes sourires du matin
Père, ô Père
Mes murs du soir m’enlacent de silence
Ceux du jour
Me donnent des losanges d’indifférence
Je regarde au loin
Le vent danser sur les visages
De ceux que j’ai en mémoire
Quand sur mes yeux
Transpirent la peur et le vide
Aux noces du deuil
De mes amours
Mes amours bâtardes
Père, ô Père
Comme le bonheur
Les douleurs d’un enfant
Se lisent sur les lèvres
D’un parent qui l’aime
Les miennes reposent
Sur le corps flottant de tes visites rares
Je viens à ta porte
Demander le Livre des Songes
Car ma vie a cessé
Oui, je songe sans comprendre
Sans comprendre
Père, ô Père
Mes mots ont perdu de leur écho
Dans les labyrinthes de mon dedans
Ecarte mes actes des abords
Des miroirs qui mentent
Fixe mes pas dans le souvenir
De tes plats de miel
Que le sourire me revienne
Qu’il fertilise
Mon champ d’être
Que ma main tendue
Froisse la dignité du Mal
Et apporte la lumière
Sur le regard des miens
En bave de fatigue
Que les étoiles me laissent encore
Déambuler en cette poussière de sens
Car de tous ceux que tu as aimé
Il n’y a pas mieux que toi qui résonnes en moi
Pour écouter le silence de mes bruits liquides
Père
Ne me laisse pas aller
A la facilité du péremptoire
Car je suis la continuité de ton sang
Et le ciel marche
Le ciel marche en moi.
Mouelle II
Paris le 17 juillet 2005
Ton visage m’est si lointain
Si proche
En ce parfum que je sens
Par ton absence
Pays mien
Souffle de mes pas
Nombril de mon regard
Temps de mon âme
Ton cœur m’est si près/ si loin
Dans son élan d’insoumission
Aux alibis du bien-dire
du peu-dire
du peut-être-dire
du pas souvent-dire
du rien-dire
quand les lèvres se tendent en silence
au-dessus du puits sec du verbe des hommes
lacéré à coup de crachat menteur
et d’espoir éteint sur les visages émaciés
de peur et de faim
je n’attendrai plus
non
plus longtemps
sur cette route sévère
où dorment déjà tant d’esprits féconds
je n’attendrai plus que le soleil vienne
me réveiller à l’aube de toutes mes vieillesses
du corps
du cœur
et de l’âme
au soir des enfances abâtardies
par le cœur de la République assassine
je me suis fait hier soir le ciseau redouté
qui tailladera les ventres gloutons
et les iris d’indifférence
Il exposera des chairs immondes
au préau des enfants de la Révolte juste
pour que la joie me revienne
par eux joyeux
du malheur des dictateurs
oui, ton cœur m’est si loin
ton parfum si aérien
que ma larme s’est solidifiée
assise longtemps
sur l’étal de l’impossible étreinte
Pays mien
Souffle de mes pas
Nombril de mon regard
Temps de mon âme
Je t’ai vu Révolte
Dans le sang asséché
De mes marais de pus
De mes palais de jasmins brisés
quand me diras-tu le moment
le lieu
quand me diras-tu le nom et l’âge
des démagogues à déshabiller des mots
pour qu’enfin ma main frappe
à l’équilibre de l’essentiel ?
mon cri se peignera
tôt ou tard
sur leur crinière capitonnée
et alors mon sourire pluriel
s’affichera
pour l’éternité.
Mouelle II
10/2005
ROMAN Par le journaliste camerounais Thierry Mouelle Il,
un thriller africain sur fond d'Égypte ancienne ...
Un pharaon à Cuba !
Par Alex Siewe
L'histoire est menée tambour battant, les personnages sont crédibles et attachants. Thierry Mouelle II n'est pas encore une icône dans le paysage littéraire africain, mais ce roman, son premier, ne manque pas d'audace. Entre fresque historique, fiction classique et conte initiatique, l'auteur met en scène l'Égypte pharaonique pour mieux faire passer ses réflexions sur la société africaine actuelle.
L'histoire commence à Cuba. Shona Mandèsi, l'un des personnages principaux, est historienne. Grande prêtresse d'Isis, elle s'apprête à mettre au monde un fils. C'est en cet enfant qu'elle puise sa capacité à remonter l'histoire jusqu'au XVIIIe siècle avant notre ère quand les Hyksôs, «une horde de barbares venus de l'Est ", envahissent la terre sacrée des pharaons. Ils seront suivis par Alexandre le Grand en - 333. Ses descendants formeront la dynastie des Ptolémées, à laquelle appartiendra Cléopâtre. Comment les Négro-Africains, « bâtisseurs des pyramides", ont-ils pu se laisser surprendre par l'évolution de la modernité au point de ne plus compter que comme quantité négligeable dans un monde en pleine ivresse scientifique et technologique? Avec l'aide de Sia, le dieu de l'intuition des causes, Mambingo, encore appelé Père, joue du clair-obscur et plonge quand il le veut dans l'Égypte sacrée pour quérir des réponses à des situations dépassant son entendement. Mais pourquoi hurle-t-il à longueur de journée les effroyables détails de l'assassinat de Patrice Lumumba?
Autour de cette famille étrange gravitent d'autres personnages hauts en couleur. Au premier rang: le grand prêtre d'Osiris qui conduira Shona dans la clairière des Cèdres, pour recueillir l'âme de l'enfant et l'insuffler dans l'enveloppe charnelle qu'elle porte. Pedro Montoya, artiste peintre, infirme et provocateur. Sa compagne, Mélina Cordélia, médecin, amie et belle-sœur de Shona. Mêlée à une sombre histoire de trafic d'art avec la mafia russe présente sur l'île de Cuba, elle croise, au lendemain de l'exécution de Pedro, le chemin des services secrets, lesquels, au nom de la « raison d'État ", exercent violences et pressions psychologiques. L'initiation est rude, l'émotion vive. Chaque personnage supplie qu'on prenne en compte sa personnalité double.
Derrière l'apparence se poursuit une quête de l'homme profond. Comme si l'auteur nous faisait comprendre qu'aucune identité de nos jours n'y échappe. Que le règne du métissage est là. Le grand métissage de l'humanité, appelé à mettre fin aux égoïsmes, car en nous cohabitent une ou plusieurs parts de l'autre .
Cette scénarisation de l'Égypte pharaonique est inédite dans le roman négro-africain francophone. Écrit en quatre parties (le Livre de la Source; le Livre du Milieu; le Livre de l'Enfant; le Livre de la Déchirure), Le Pharaon inattendu est un regard à la fois distant et englobant sur le monde depuis les temps anciens jusqu'à nos jours, à travers quelques morceaux d'actes majeurs. Une sociologie politique et culturelle de l'Afrique actuelle où l'humanisme de l'auteur impose à ses personnages de pleurer sur l'âme d'un monde fait de violence, de bruit et de mensonges. Il pose un constat : si l'homme d'hier vaut celui d'aujourd'hui par sa station debout, tout les oppose pourtant, à commencer par l'incapacité de l'homme moderne à se remettre en question, si ce n'est son manque total de volonté de se regarder dans un miroir. Le miroir intérieur.
Le journaliste et homme de radio camerounais Thierry Mouelle II signe là un livre dense, d'une force poétique étonnante. Au-delà de la trame romanesque, il énonce avec froideur et sans faux-fuyants des vérités qui dérangent. Le Pharaon inattendu puise dans l'histoire et la légende pour entonner des chants d'espoir.
JA/L'INTELLIGENT N° 2308 - DU 3 AU 9 AVRIL 2005
Ce texte est un extrait d'une conférence donnée à l'Ecole des Mines à Paris le 7 mai 2006 à l'occasion de la Journée Aimé Césaire initiée par l'Association Internationale Cheikh Anta Diop
Questionnements sur la renaissance spirtituelle africaine
Par Thierry MOUELLE II
A force de le retrouver sur toutes les lèvres averties ou non averties, c‘est presque passé dans l’usuel chez certaines personnes que de se poser la question de savoir « quelle spiritualité pour quelle Afrique ? »
Cela se voudrait plus sérieux encore si ces personnes sont elles-mêmes d’extraction de la grande famille africaine.
Comme si les relations de l’Africain contemporain avec le divin sont désormais passées de la psychose (provoquée par diverses guerres de civilisation qui l’ont jusqu’ici pris en tenailles) à un état de normalisation qui autorise de réfléchir aujourd’hui sereinement sur le sujet, en jouant les équilibristes entre un monde passé, plus ou moins idéalisé mais réel, et le présent héritier d’un temps qui pèse encore de tout son poids dans la mémoire douloureuse des « damnés de la terre », nous les récemment convertis à l’occidentalisme qui se veut omnipotent.
Comme si, inévitablement, la question de la spiritualité africaine est de celles-là dont l’esquive coûterait son avenir même du Monde Noir.
Et si c’était le cas ?
La question ne serait alors pas nouvelle. Et ce n’est pas parce qu’elle porte son âge qu’il nous paraîtra aisé d’expliquer clairement l’état critique dans lequel se trouve la spiritualité noire aujourd’hui.
En son temps, et dans son ouvrage intitulé « Les âmes du peuple noir », le Docteur William Edward Burghardt Du Bois observait déjà, dans un contexte étasunien, que le fait de considérer le Noir comme un animal religieux a permis aux maîtres esclavagistes de mêler le religieux au spirituel et de faire prospérer chez les esclaves un christianisme capable à la fois d’exprimer leur morale et leur vie intérieur.
« L’Africain déplacé vit dans un monde animé de dieux et de démons, d’elfes et de sorcières. L’esclavage pour lui représenta le triomphe des puissances ténébreuses », et ses révoltes, son désir de vengeance vont en conséquence se nourrir de tout ce qu’il semble ne pas avoir laissé derrière lui dans le tumulte des océans : exorcisme, sorcellerie, cultes ancestraux les plus récents, Obi, Orisha, Jengu ; mieux qu’un chapelet de cultes, et dans un contexte plus large, l’Africain parvient à adapter la Religion du maître à un spiritualisme d’essence purement ancestral, comme la Santeria à Cuba.
En attendant le jour où, [Cahier d’un Retour au Pays Natal]« au bout du matin, comme un crépitement de friture d'abord, puis comme un tison que l'on plonge dans l'eau avec la fumée des brindilles qui s'envole », les chaînes seront brisées, les gorges déployées au chant de la liberté, l’espoir rené des souvenirs génétiques d’une terre lointaine où veillent les âmes des ancêtres et où sous peu ils verront le vent de l’amour porter les parfums de semences des dieux vieux de milliers d’années.
Et puis, après une très longue nuit, « au bout du petit matin », l’espoir se concrétisa : la liberté vint. Mais la liberté retrouvée pour ces « enfants-marchandises » ne signifiait nullement un retour aux sources ancestrales, une renaissance immédiate avec pour but de s’enraciner de nouveau dans le socle des valeurs qui leur étaient propres, pour la simple raison que le temps avait passé et qu’une remodélation du panthéon ancestral rendait l’exercice complexe.
Il a fallu attendre les années 1920, la deuxième guerre occidentale (39-45), et plus tard sa fin, pour que les échanges entre américains noirs enfin autorisés à sortir de leurs ghettos, entre africains, antillais et africains-américains, sur les champs de batailles, rendent possible l’émergence des mouvements tels la Negro Renaissance, la Négritude, la Tigritude, tous ancêtres émérites de l’afrocentricité, l’afroréalisme, l’afrocentrisme, etc.
Du constat du Dr Du Bois relevant notre vulnérabilité due à la nature de notre rapport au spirituel, au mystérieux, au divin, il en découle un autre plus récent encore : la terre où les dieux apparurent pour la toute première fois dans l’histoire de l’humanité, et où d’Imhotep à Akhenaton l’homme s’est expliqué l’univers, l’a interprété, est aujourd’hui une terre de désolation et de déshérence, où l’obscurantisme spirituel le dispute à une misère morale et matérielle d’une violence inouïe.
Y règnent : la haine, le désespoir et le doute.
Pour autant, lorsque Aimé Césaire, traite les Antillais en 1947 d’« anetons de l'espérance et punaise de moinillon »[Cahier d’un retour au pays natal], termes rappelant des insectes et qui renvoient à leur confiance naïve ou paresseuse face aux fausses promesses des hommes politiques, et peut-être des autorités religieuses. En les accusant de porter malheur à leur peuple, en les traitant de mauvais grigris, de lépreux aux chairs en décomposition qui acceptent le mensonge et ne protestent pas lorsque la vérité est bâillonnée, le poète amorce une dénonciation des plaies qui minent non seulement les Antilles, mais également l’Afrique, cette Afrique mère qui se bataille déjà pour son indépendance.
Césaire permet de dresser un pont entre le contexte insulaire et caribéen qui est le sien et les premiers mouvements de libération des peuples d’Afrique. Il veut tant rendre l’espoir à ses compatriotes aliénés par une colonisation qui les prive de tout avenir en les coupant de leur passé, que son cri de révolte est entendu jusqu’en Afrique. Quelques biographes, certainement de bonnes intentions, créditent ce cri d’avoir eu un écho enrichi dans les tempes de quelques bonnes âmes africaines, telles Senghor.
Il semble bien que cela reste à prouver au-delà des textes du Président Poète, où, s’il apparaît le moindre conflit soucieux de changer les choses en Afrique coloniale, il s’agit plus du conflit du poète président opposé à lui-même au sein de sa parole poétique et son action politique.
Comme Césaire, Senghor veut la célébration d'une Afrique primordiale et harmonieuse. Mais contrairement au premier, Senghor préfère cette Afrique primordialeoù le roi est poète et le poète roi. Le beau langage le supplantant à l’action. L’élitisme à la cuvée sociale, la forme au fond, ne l’oublions pas, il s’agit d’une Afrique où « le roi est poète et le poète roi ». Il est pour lui question d’une négritude de la sympathie, et de participation sensible au cosmos.
D’évidence, cela paraît étrange qu’au moment où les Noirs du monde entier, caribéens et négroaméricains, se tournent vers l’Afrique Mère pour y puiser le supplément d’âme qui leur servent de glaive contre l’oppression et de bouclier contre l’adversité, l’Afrique elle-même reste dans une attitude d’apathie spirituelle chronique. Elle semble avoir cessé de s’écouter.
En ces années là comme de nos jours, grande est la publicité (au sens de l’effort de vulgarisation) faite aux apparats des us et coutumes corrupteurs des chapelles de pensées qui aiment l’Afrique sans les Africains.
L’Afrique officielle, dite désormais cartésienne, rationnelle, se lève Jésus, déjeune Bouddha, goutte Allah, s’endort anti-Afrique,
Consciente que l’amalgame est séculaire entre le religieux et le spirituel, et que l’un dans l’autre personne dans cette nouvelle Afrique n’est apte à tout sacrifier pour démêler la vraie graine de l’ivraie.
Que le discours dominant soit pour l’heure à la mondialisation, comme jadis l’on parla de bonne gouvernance, et avant de démocratisation, du nouvel ordre mondial, de pluralisme politique etc, ne résonne que pour ceux qui attendent que les clés du bien-être demeurent celles qu’offre le diktat de l’ordre marchant du présent siècle.
Qui est assez futé pour comprendre que ces notions plus ou moins humaines, mais davantage inhumaines en leur application aveugle et sans contexte, ne sont rien d’autres que de cruels gadgets de distraction à la solde des tribunes et des médias ?
Que l’essentiel est ailleurs ? A-t-on osé simplement définir l’ailleurs en question ? Et c’est là que notre réflexion sur la spiritualité africaine, ou si vous voulez sur la Nécessité d’une Renaissance spirituelle africaine, se voudrait pratique.
Toute société humaine se fabrique des instruments de compréhension du monde, de l’univers. De la justesse de ces instruments dépend la bonne lecture et la compréhension de cette lecture suppose qu’on maîtrise le langage utilisé.
Si la question qui nous est posée prétend être de celles dont l’esquive coûterait son avenir à l’Afrique, donc qu’elle intègre tous les paramètres de l’Afrique d’aujourd’hui, qu’elle se pose parce qu’elle souhaite une Afrique et des Africains prospères et équilibrés comme aux temps de Kemet et de nos glorieux ancêtres,
alors posons-nous cette nouvelle question : dans quel monde vivons-nous ? Nous sommes-nous donnés des instruments pour le lire ? Pouvons-nous le lire ? Donc, savons-nous le langage qui est parlé ? Par qui ? Pour qui ? À quelle fréquence ? Pour quelles conséquences ?
Ceci nous ramène pratiquement à la méthode proposée par Frantz Fanon : « Chaque génération doit trouver sa mission, la remplir ou la trahir ».
Nous avons vu que Du Bois s’est posé des questions liées à son temps et au contexte étasunien. Quel est nôtre temps ? Quel est son contexte et pour qui nous interrogeons-nous ?
Est-ce pour la diaspora ou pour ceux des nôtres qui sont sur le continent ?
Est-ce pour une image commune à l’Afrique comme celle de la Première Cause dont parle Molefi Kete Asante, évoquant la création du monde telle que se l’expliquaient nos ancêtres négroégyptiens?
La fréquence des débats en cours sur la Renaissance spirituelle africaine supposerait-elle que notre génération a découvert sa mission et qu’elle voudrait la mener à bien ?
Notre mission se résume-t-elle à la seule volonté de maîtriser ce que Doumbi Fakoly appelle « les mystères négro-africains anciens » ?
Si nous nous interrogeons pour nous qui sommes loin des nôtres, prenons garde de nous poser les bonnes questions. Qu’entendons-nous par spiritualité africaine ?
Lorsqu’on y aura répondu, quel en serait le but ? Serait-ce une spiritualité spéculative ou une spiritualité opérationnelle. Autrement dit : recherchons-nous des réponses de bien-être intérieur, une relation entre soi et soi-même, autrement dit ésotérique, que seule peut nous procurer cette « Renaissance spirituelle » répondant aux codes et rites ancestraux les plus établis ?
Ou voudrions-nous y trouver des réponses prêtes, vivantes depuis des temps immémoriaux, et qui nous indiquent l’écorce à mâchonner ou l’onguent à porter pour avoir le titre de séjour ? L’emploi ? Battant Jésus sur son terrain, renvoyant Allah en Arabie, Bouddha dans l’Himalaya ?
Si nous nous interrogeons plutôt pour ceux des nôtres restés sur la terre mère, ont-ils exprimé ce besoin, ou le sentons-nous d’ici par quelque intuition d’un ordre… justement immatériel ?
Qu’est-ce qui nous fait croire que notre Renaissance spirituelle tant courtisée n’est pas ce qui se vit dans l’Afrique non urbanisée et dont les églises et mosquées sont vides ?
Qu’elle est ce qui se vit dans cette partie de l’Afrique où la parole de l’homme est encore l’homme ?
Là encore il faut nous poser les bonnes questions. De quelle Afrique il s’agit : la citadine ou la rurale ?
La moderne ou la traditionnelle ?
Celle dont nous portons le métissage ou celle qui nous a définitivement échappée mais qui reste vivante là-bas ?
Y a-t-il urgence ? Pourquoi ?
Dans ce cas, où puiser les éléments vrais de cette Renaissance ?
Seront-elles adaptées au contexte d’aujourd’hui ? Sinon comment procéder ?
Autant de questions qui, rassemblées, nous impose une certaine humilité. Humilité face au sujet évoquée, car la spiritualité africaine, à mon sens, ne peut être mieux saisie que si l’on y greffe le fil nous ramenant à la culture Vérité-Justice, la Maât. Seule la Maât contient suffisamment d’éléments du neter (le divin) pour que l’homme dans son quotidien soit bon envers lui-même et envers son prochain. La Maât se désarticule comme la philosophie de l’homme en tant que prolongement du divin, il est le souffle vivant et vivifiant dans sa matérialité agissante, par la Maât le cœur l’homme est préparé pour entreprendre une relation saine avec lui-même (ésotérisme) et avec le divin (la religion).
L’ésotérisme étant de l’ordre spirituel, il permet un travail sur soi en vue d’un équilibre entre soi et soi-même, entre soi et autrui, par-delà, entre soi et l’univers. Un retour sur ces valeurs est faisable si chacun fait don de sa personne pour la qualité des rapports entre les hommes. La Maât est un humanisme.
La religion, est, de par son étymologie, le lien entre soi et les autres et le divin ; il est de l’ordre commun de lui reconnaître une fonction sociale de régulateur des us et coutumes au point que, par extrapolation, on peut lui attribuer d’être située en amont des civilisations. On retiendra donc que la religion crée la culture, et la culture engendre la civilisation. L’esprit se met en marge, ou bien y opère de manière transversale pour orienter chacun de ces éléments vers le haut ou vers le bas.
Un mauvais esprit influence négativement une religion, une culture, une civilisation. Il en est de même pour l’esprit brillant, en tant qu’individu. La civilisation se mesure donc à l’aune de sa valeur spirituelle (souffle de positivité).
Pour ce qui est du rapport entre spiritualité en elle-même et religion, la religion matérialise la spiritualité qu’elle organise en terme de rites et d’administration. La religion chrétienne rend vivante la doctrine supposée être celle du Christ : le christianisme. Il en est de même de l’Islam, du judaïsme, etc. La spiritualité chrétienne n’est rien d’autre, dans ce cas, que la doctrine elle-même en tant que concept, idée, philosophie.
En conclusion,
La réflexion sur la nécessité d’une Renaissance spirituelle africaine nous impose d’identifier le réel besoin, la nature du besoin, et le but de ce besoin, son applicabilité.
Il nous restera que toutes les sociétés qui se sont construites, toutes les civilisations qui se sont faites ont d’abord et avant tout réalisé une unité spirituelle (une idée précise de leur lecture du monde) sur laquelle s’est greffée une religion qui a enfin créé une civilisation.
La question morale de la valeur de ces civilisations est un autre débat, comme il peut convenir aujourd’hui de se poser la question, que d’ailleurs je soupçonne en toile de fond de notre sujet, de la valeur morale de la civilisation occidentale.
Je vous remercie.
Mouelle II
Paris, le 07/05/06
L’aile du temps suspend son battementLe souffle de la vie s’éteint sur la pierreEt sur la pierreMon âme danse d’un pas légerLa danse du départ brusqueAlors que ma main tendueEntend la résonance des tôlesLa cacophonie des amasElle entend la terrible voix du silenceEn cette terre de plaisanceOù accidentellement j’ai dresséMa tente d’éternité
Soudain le grand vide
L’aile du vent avance sa cadenceLa cadence du départ devanceMa ferme envie de rester parmi les miensDe vivre ma joie d’êtreD’être debout à l’appel des souriresEt des dents écarlatesPosés par-dessus les lisérés de soieCe matinEt les autres aussiPour chanter le chant des cannesL’altière symphonie des murmures de vaguesL’orage des amours et des peines vieilles de sept sièclesEt donner au pipiwit chantantLes confidences saignantes d’une mauvaise nuitOù la lune assassine voulut m’aspirerVers le néant et l’oubli des sensMais, les enfants, je n’ai pas puJ’ai essayé mais je n’ai pas puRésister à la pesanteur qui me tendait les brasA la vrilleMe souriant comme un boucherAu veau qu’il élimera bientôtEt lorsque la porte de la fin s’ouvrit vers le commencement
Juste un petit bruit me confia les mots
De ce testament de vol
« Soyez heureux, je ne suis pas mort : je dors »J’ai offert mes chairs aux anges de l’infiniQui exécutent la chorégraphie de mes morceauxDe vieDe corpsD’êtreDe mes morceaux d’attenteD’espoirD’espéranceEparpillés un soir d’étéAu passé sanglantAu présent d’incertitudeDe tristesseDe videD’impuissanceSur cette glande de destinDécorée aux ailes de ferFermée aux nouvelles naissancesPrête aux mises en abîme de mon âmeJ’ai confié mon sang au nénuphar sacréDonné mes os aux plastiques des mains du retardMon souffle dort avec moiDans la forge où se fabriquent les larmes du soleilPuissiez-vous dessiner ma voixDans les gorges des enfants qui naissentDans les soupirs de ceux qui diront l’histoirePuissiez-vous intégrer mon regardDans les lumières des réverbèresQui hantent les têtes silencieusesPour que je voieCe que voient ceux qui marchentQui rampentQui coulentQui disent au tempsLa force de l’amourDe la mémoireCar je sais : vous à ma base Je renaîtrai au temps d’éternitéPuisque je ne suis pas mortJe dorsEn vousEt je suis lumièreJe suis soleil.
Journaliste, poète, écrivain, informaticien et banquier et Consultant en Business International, Mouelle II est de ces auteurs pluridisciplinaires dont le génie ne cesse de surprendre. Il voyage aussi bien sur les sujets politiques que sur le sport, la culture, l'économie mondiale et consacre depuis une dizaine d'années l'essentiel de ses recherches sur l'Égypte ancienne. Son premier roman, Le Pharaon Inattendu, publié fin 2004 aux Ed. Menaibuc, a eu un accueil des plus chaleureux de la part de la critique spécialisée et du public demandeur d'une littérature scénarisant les racines Noires de l'Égypte pharaonique. Œuvre dense et profondément spirituelle, Le Pharaon Inattendu continue de susciter un engouement aussi fiévreux auprès des lecteurs qu'à son premier matin. Des médias internationaux comme RFI, Africa N°1, Jeune Afrique, ITélévision, 3A Télésud, Canal2, des sites Internet de nombreux pays suivis par la presse locale lui ont consacré de longues pages d'analyses et de commentaires encensés. Nul doute que le meilleur reste à venir...
En attendant sa prochaine publication annoncée pour les toutes prochaines semaines, nous vous invitons à prendre connaissance des contributions de Mouelle II à l'entendement de son Temps à travers ses poèmes et articles scientifiques contenus dans ce blog. Entre deux lectures, détendez-vous en visionnant des clips vidéo d'une excellente qualité thématique. Au programme: Bob Marley, Michael Jakson, Richard Bona, Sting, Etienne Mbappe, Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Grâce Decca, Paul Simon and the Graceland crew au Zimbabwe...
Bonne visite.
(c) Le cercle des amis de l'écrivain